Une avocate pour les femmes.

Comité de la Jupe
Crédit photo : Andreae.

Les violences subies par les femmes ne nous sont pas étrangères et le Comité de la Jupe reste en alerte.

Dernièrement,nos colonnes se sont fait l’écho des sévices sexuels subis par les femmes du Congo (RDC). Aujourd’hui, c’est un rayon de soleil printanier qui se pose sur les ténèbres de toute cette souffrance.

En effet, la défense des droits de la femme a trouvé une avocate. La jeune lycéenne Majda el Alaoui, a convaincu l'auditoire de la 16e édition du concours lycéen de plaidoiries pour les Droits de l’Homme du Mémorial de Caen.

Elle a seize ans. « Sans la moindre note, écrit La Croix du 3/2/13, cette élève de 1ère littéraire a vaincu son trac pour dénoncer une législation en vigueur en Afrique du Nord et dans certaines contrées du Moyen-Orient qui permet à tout violeur de «racheter son crime et l’honneur de sa victime en l’épousant ».

Elle a reçu le premier prix du jury que présidait l’humoriste Patrick Timsit. » 

L’affaire avait fait débat. Il s’agissait du suicide d’Amina Filalo dans un village du nord du Maroc, le 10 mars 2012.

Pourtant les mots de Majda, originaire du Maroc elle aussi, porteront un éclairage nouveau sur la force de libération et de résistance qui anime les femmes du Maghreb et du Proche Orient.

Écoutons sa plaidoirie : « Aujourd’hui, une jeune fille de 15 ans s’est donné la mort.

Encore une qui n’a pas survécu à l’adolescence me direz-vous. Seulement voilà, cette adolescente avait des préoccupations qui n’étaient vraiment pas de son âge. Toute la journée, elle attendait le retour à la maison de cet homme qu’elle devait désormais appeler « mon mari ». Non, elle n’a pas fait cette folie d’épouser son amoureux du moment. Non, elle n’a pas choisi qu’elle appellerait cet homme ainsi. C’était là, posé devant elle et elle n’a pas eu le choix. » 

C’était là, posé devant elle, et elle n’a pas eu le choix.

« Cette adolescente, c’est Amina El Filali, mariée  à son violeur alors qu’elle n’était qu’une enfant. Et comme si cela ne suffisait pas, elle a été battue pendant un an par son mari »

En effet,  depuis toujours, il existe une loi en Afrique du Nord et dans certains pays du Moyen-Orient qui autorise un violeur « à épouser sa victime sous prétexte de lui rendre son honneur et d’échapper lui-même à la prison. » (Au Maroc, Code pénal, art. 475)

La jeune femme n’a pas eu le choix. Dans son désespoir, elle s’est suicidée.

Le mari a témoigné, mais n’a pas été accusé…

« Après avoir déclaré que la belle-famille était responsable de la mort de la jeune femme et que leur mariage était un accord des deux parties, il a été relâché et vit aujourd’hui paisiblement au nord du Maroc, dans la campagne de Larache. »

Dérangeant cette légalisation du viol, n’est-ce pas ?

La jeune femme est elle seulement victime d’une société qui fait des différences entre les hommes et les femmes ? Ou y a-t-il autre chose, interroge Majda ?

La nouvelle Constitution du Royaume du Maroc, votée en 2011 énonce par son article 19 que l’homme et la femme jouissent à égalité des droits et libertés à caractères civil, politique, économique, social, culturel et environnemental.

Le Code Civil du Maroc pour tout ce qui concerne la famille applique les lois dictées par la religion. Or, lorsque Majda El Alaoui interroge le Coran, elle constate qu’il est « préconisé » d’avoir son avis avant d’épouser une femme.

Alors de quoi et de qui est victime la jeune Amina ? Simplement de la contradiction entre des deux textes de loi.

« Il n’existe aucune statistique qui prenne en compte le nombre de vies brisées par ces pratiques ancestrales. Qui peut dire combien de timides mariées sur la photo ont d’abord été violentées par leur époux et négociées pour l’honneur de leur famille ? »

La voix de cette jeune lycéenne émeut. Elle émeut car aujourd’hui les pays arabes sont à un tournant.

Les femmes ont pris conscience de leur égale dignité de droits.

Les féministes marocaines se sont battues pour révéler au grand jour cette loi ancestrale qui bafoue les droits des femmes.

« Que les femmes puissent s’émanciper demande Amina, que l’éducation leur permette  une insertion dans tous les domaines de la société, qu’elles atteignent la parité, car «  il n’est plus possible d’attendre encore d’autres crimes d’honneur comme celui d’Amina El Filali pour faire changer les choses. »

« Aujourd’hui, Mesdames, Messieurs, c’est le monde que j’accuse d’avoir ignoré ce drame. J’accuse mon pays d’origine de bafouer ainsi ses filles et  j’accuse la société de faire encore des différences entre hommes et femmes. »

La jeune voix de Madja nous interpelle tous. Elle nous rappelle que l’éradication de telles pratiques est aussi notre devoir à tous.

 

Jacqueline LACH-ANDREAE

 

 

 

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Commentaires

Ces pratiques archaïques, encore en vigueur au Moyen Orient,en Afghanistan, et dans certaines contrées du Maghreb, n'ont effectivement pas grand chose à voir avec l'Islam, mais avec des fonctionnements claniques. L'important est de préserver l'honneur du clan; et pour ce faire, la vie d'un individu peut être aisément sacrifiée , au propre ou au figuré, puisqu'elle est de valeur moins importante que la survie du clan. L'honneur d'une famille ou d'un groupe étant placé dans la virginité des femmes, on en arrive à ce genre de tractation. A peu de choses prés, la même coutume existait encore en Sicile voici 50 ans: toute jeune fille "raptée" par un homme (donc contre son consentement) pouvait "réparer" par un mariage.

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