L’arbre de la fraternité, avec Monsieur le Maire

Comité de la Jupe

Photo Michelle JuhelAu début de notre vie religieuse, on nous apprenait à appliquer des règles, et à nous soumettre aux Supérieures, notre vie était bien structurée. L’enseignement qu’on nous communiquait ne rejoignait que très peu la Bible et l’Évangile. Le monde dans lequel nous vivions était hors de nous.

Le concile a apporté un souffle et une liberté dans nos congrégations avec des formations bibliques, humaines, professionnelles, des rencontres entre congrégations et une ouverture sur le monde. Á partir de là, beaucoup de choses ont changé. Pour nous, depuis plusieurs années, nous vivons dans un quartier populaire de 17000 habitants et la tour où nous sommes accueille une population très variée. Nous y avons repéré tout récemment 22 pays différents sur 73 appartements.

Notre souci en arrivant dans ce lieu était de rejoindre les différentes personnes dans des rencontres gratuites, les enfants, les jeunes, les plus âgés. Avec le temps, après « avoir traîné les pieds » dans le quartier, Claudine a rencontré des enfants, leurs parents, un club ACE est né. Chaque semaine, ils viennent, partagent des activités, apprennent à vivre ensemble. Á la suite de ces rencontres, la Mission Ouvrière du Blosne, avec qui nous travaillons et réfléchissons, a pris en compte cette réalité et organise chaque année depuis 6 ans la Fête de la fraternité. En 2007, après un temps de repas partagé ensemble, avec comme support une peinture d’arbre, nous avons dit nos racines, ce qui nous rassemblait dans un même tronc, et quels fruits de fraternité nous portions. Nous avons continué par une prière dans laquelle chrétiens et musulmans se sentaient respectés.

Tout naturellement, plusieurs personnes l’ayant suggéré, nous avons décidé de planter, au cœur du quartier, l’arbre de la fraternité. Tous ceux qui le souhaitaient ont apporté de la terre de leur pays (environ une vingtaine) et l’arbre fut arrosé de l’eau du Jourdain. Monsieur le Maire de Rennes avait tenu à être présent à cette manifestation. Ce fut une grande fête pour les habitants. Chaque année nous renouvelons cette fête, que ce soient les circuits de la fraternité, les jeux de la fraternité, le pain de la fraternité, les ateliers de la fraternité.

Ces temps forts de fraternité nous invitent à la vivre chaque jour au milieu de toutes les personnes que nous rencontrons. Tout récemment, à la suite de la rénovation de notre tour, avec deux autres personnes en situation de fragilité, nous avons décidé d’organiser un après-midi convivial avec tous les habitants. Ensemble, nous sommes allées frapper à leur porte pour les inviter à venir à ce temps fraternel. Quelques-uns ont répondu et chacun fut invité à situer sur une carte son pays d’origine. Tout au long de l’après-midi des partages spontanés ont permis de mieux se connaître les uns les autres. Nous avons aussi dégusté les bons plats que chacun avait apportés.

L’après-midi du vendredi nous tient aussi beaucoup à cœur. Au rez-de-chaussée d’une tour voisine, nous partageons « l’Évangile au bas des tours ».

En résumé, nous sommes très heureuses de vivre comme religieuses au milieu de ce peuple et souhaitons continuer longtemps.

Claudine Hamard et Michelle Juhel, sœurs du Christ Rédempteur

 C’est en 1831, dans le diocèse de Rennes, que naît la congrégation des Sœurs du Christ Rédempteur, fondée par Anne Boivent. Elle a eu dans la prière la révélation qu’en Jésus, le Christ Rédempteur, Dieu dévoile sa justice et sa sainteté. Les sœurs annoncent à tout homme qu’il est aimé de Dieu, se mettent au service de leurs frères, notamment là où le mal et l’injustice sont présents et se laissent « ajuster » à Dieu et aux hommes.

 

Share

Commentaires

Je ne voudrai pas vous vexer mais il me semble que depuis l'ouverture de votre dossier sur la vie des religieuses (mais ce n'est peut-être qu'une coïncidence), le Comité de la Jupe est en train de mourir puisqu'il n'y a pratiquement plus de commentaires de proposer. Je me pose la question si cela veut dire que le Comité de la Jupe n'intéresse plus personne ou si c'est seulement le sujet qui n'est pas source d'inspiration...

Il est à craindre que ce soit le sujet sur les religieuses qui soit très peu inspirant. Nous l'avons fait parce que nous voyons le nombre de religieuses diminuer de façon très importante dans l'indifférence générale. Indifférence qui est confirmée par l'atonie des commentaires.

Le nombre des religieuses diminue, celui des prêtres aussi. Ce n'est pas nouveau. Je pense que ces modes de vie ne correspondent plus à grand chose dans notre société où tout va trop vite, où tout bouge, tout évolue. La baisse des "vocations" correspond avec l'augmentation des divorces. Il me semble que les engagements "pour l'éternité" ne valent plus grand chose. Il y a rien qu'un siècle en avant, l'espérance de vie était beaucoup plus courte et donc les engagements "pour la vie" ne durait pas aussi longtemps qu'aujourd'hui. Ceci est valable autant pour le mariage que la vie religieuse. Bien sûr que des prêtres ont fait des choses formidables, bien sûr qu'un bon nombre de religieux en ont fait aussi. Bien sûr que des couples savaient traverser le nombre des années. Bien sûr que quelques unes de ces personnes arrivent encore à assumer ce choix de vie. Mais, alors que nous sommes des êtres de chair et de sang, fragiles et changeants, pouvons-nous prétendre pouvoir assumer totalement cet absolu que représente l'engagement à vie avec nos vies "à rallonge"?(vie tellement rallongées qu'on est obliger de réfléchir et de proposer des textes de lois qui règlementerait "le droit de mourir"! Quel société absurde!!!)

Je ne sais pas si, comme le pense Marie-Jeanne, c'est l'engagement à vie qui fait peur et empêche les jeunes de s'aventurer sur la voie religieuse. Le renoncement à la vie sexuelle pèse aussi très lourd, c'est probable. Mais ces deux obstacles, qui existent, ne sont probablement pas les seuls. Ce dossier sur les religieuses n'a pas recueilli que de l'indifférence. Il y a eu aussi des réactions très négatives, le rappel de ce que fut, dans un passé pas si lointain, la vie dans les couvents de femmes, et le rôle que certaines religieuses ont accepté de jouer. Soumission aveugle à des règles absurdes et humiliantes, valorisation malsaine des mortifications, autorité tyrannique et mesquine des responsables de communauté, règne de la bêtise, de l'ignorance et du mépris des individualités... On nous dit que tout ceci a disparu. Je l'espère, mais comment en être certaine? Les religieuses qui sont intervenues dans ce dossier appartiennent à des congrégations qui ont tourné ces pages noires. Là où cette culture de mort subsiste, aucune religieuse n'a la moindre chance de connaître l'existence du "Comité de la Jupe". Quand à la baisse des vocations au ministère presbytéral, elle ne tient pas seulement à ce que l'obligation du célibat est considérée, dans la culture ambiante, comme inhumaine et malsaine. Elle tient aussi à l'incertitude considérable sur l'avenir de l'organisation ecclésiale. L'Église ne peut survivre qu'en se transformant profondément. Comment nos communautés seront-elles organisées dans trente ans? Quel sera le rôle des prêtres dans ces communautés transformées? Vu le peu d'empressement des autorités de l'Église pour poser franchement ce genre de question, on comprend que les candidats soient peu nombreux. Sauf évidemment ceux qui pensent qu'il ne faut pas se les poser.

Anne-Marie, de par notre baptême, nous sommes tous et toutes: prêtre, prophète et roi (ou reine). Alors, même si le clergé l'oublie, tant qu'il y aura des baptisé(e)s, il y aura encore des prêtres et des prophètes! Comme vous, je suis persuadée que l'Eglise de demain aura un tout autre visage que celui d'aujourd'hui. Je me demande même parfois si ceux qui sont considérés comme "évêques" aujourd'hui, seront encore considérés comme chrétiens dans 30 ou 40 ans tant leurs propos, leurs actions, leurs dogmes et leurs habitudes sont loin de l'Evangile. Il suffit de lire le dernier témoignage de Sylvie sur ce site: ça fait peur! Non, l'Eglise de Dieu, ce n'est pas ce tissu de mensonges et d'absurdités. Je pense que dans l'évolution du monde et de la société, la vie religieuse, la vie consacrée va évoluer elle aussi. Et puis, après tout, toute vie de chrétien n'est-elle pas appelée à être "consacrée" aussi?

Une alternative existe à la profession religieuse communautaire: les vierges consacrées. Cela permet à des femmes de pouvoir ne pas abandonner une certaine indépendance financière, un métier, une passion, une vie dans le monde mais de pouvoir témoigner d'un réel engagement religieux au travers du métier choisi. Je pense à la danseuse Mireille Nègre qui après un temps chez les carmélites a choisi cette voie et y semble très heureuse. Après, ce qu'on observe, c'est un engagement religieux des femmes dans des communautés charismatiques. Mais là, le gros souci, c'est qu'il y a de nombreuses dérives. Combien de couples, de femmes ont vécu et vivent des horreurs dans ces communautés sous couvert d'engagement. Entre les étreintes mystiques demandées par les bergers masculins de ces communautés, l'abandon des enfants (victimes parfois de pédophilie), le renoncement à toute vie professionnelle ou seulement pour financer la communauté, la manipulation mentale...c'est franchement pas la joie (voir les récits du couple Michelena mais aussi de Murielle Gauthier et de soeur Gisèle). La voie opusienne des numéraires auxiliaires n'est pas mieux et présente les mêmes dérives, les mêmes sévices (voir le procès gagné par Catherine Tissier dernièrement mais aussi le livre de Véronique Duborgel). Et comme les congrégations féminines qui osent un peu l'ouvrir face au clergé masculin, sont immédiatement opprimées (voir ce qui arrive aux soeurs américaines actuellement), la vocation religieuse féminine n'apparait pas comme génératrice de bien-être. La vocation féminine dans l'Eglise est appelée à changer, évoluer et à s'inscrire beaucoup plus dans un engagement laïc indépendant et individuel qu'un engagement communautaire. Justement pour sortir d'aliénations mortifères que les expériences communautaires génèrent.

Les remarques de Marie-Jeanne et de Christine me donnent envie de donner quelques compléments sur notre choix : peut-être que le sujet n'est pas "inspirant", mais la reconnaissance faite aux religieuses dans l'Eglise est proprement scandaleuse. Alors, on fait quoi? On se tait? Ou on essaie d'agir? La cause des religieuses n'est-elle pas une "vraie" cause du Comité de la jupe? Ne sont-elles pas ignorées parce que femmes? N'est-ce pas la plus évidente, la plus choquante discrimination de notre Eglise? Je suis convaincue que oui, et je pense que les visiteurs du site sont invités par ce dossier à être mieux informés et actifs, quand ils le peuvent. Cela vaut en particulier pour les religieuses elles-mêmes, dont je regrette parfois que, sous couvert d'humilité "évangélique", elles ne préfèrent se taire, perpétuant ainsi une situation non seulement injuste, mais qui contribue à éloigner encore l'espoir éventuel d'une relève.

Anne, pour ma part, il ne s'agissait pas de "critiquer" les religieuses et leurs choix de vie. C'était juste une interrogation sur l'indifférence que les articles les concernant généraient. Je pense que nous vivons une époque charnière où beaucoup de choses, beaucoup de concepts sont appelés à évoluer. Je ne vous fais aucun reproche sur le choix de votre dossier car je pense, comme vous, qu'il faut soulever le débat sur des sujets comme celui-ci. Je regrette très fortement qu'il y ait eu si peu de commentaires en face. Mon intervention n'était absolument pas dans le but "d'enfoncer" les religieuses car je respecte énormément ces femmes, pour ne pas dire que je les admire. Je désirais plutôt que la réflexion prenne un peu plus de profondeur pour essayer d'imaginer une forme de vie religieuse pour demain.

Entièrement d'accord avec Marie Jeanne. Il faudrait réinventer la vie religieuse en donnant davantage de place et de reconnaissance à ces femmes qui ont donné leur vie au Christ. Elles sont souvent amener à côtoyer des malades, des mourants, des personnes profondément blessées par la vie. Si elles pouvaient donner le sacrement des malades, du pardon ce serait génial! Certaines enseignent avec talent, dans les écoles, les collèges... Laissons leur la possibilité de porter la parole du Christ et pas seulement à un petit groupe de caté de 8 enfants, mais bien au delà, en faisant des homélies, par exemple. Et si tout cela est impossible alors réinventons des sacrements autour de l'accueil, de l'écoute, de l'accompagnement, de la transmission de la vie de Dieu, de Sa tendresse...

A toutes, à propos de vie consacrée. N'est-ce pas, comme dit Marie-Jeanne une question de cadre? Le "statut" classique implique une forme d'obéissance qui affecte le fond de la personne et altère ses latitudes de choix au fil de la vie, en les remplaçant par "un moment" de choix définitif englobant tout ou presque. La "grandeur" de cette forme d'abandon de soi n'est pas en cause, simplement il ne passe plus. Aujourd'hui, le temps de l'adolescence et de l'entrée dans la vie adulte dure plus longtemps et le sentiment d'incertitude qui baigne la société conduit le jeun à explorer les possibles avant de se fixer un objectif qui n'est que rarement définitif, il faut être en mesure de changer de projet si le changement de la société l'exige. L'exigence de l'abandon d'une vie de couple de père et de mère selon la chair est probablement la partie la plus visible de l'iceberg, sans être l'essentiel.

Merci pour votre article Claudine et Michelle ! Cet engagement qui est le vôtre me touche d'autant plus qu'il est actif dans la vie de tous parce que vous vivez avec tous.

Ajouter un commentaire