L’important, c’est d’être avec les autres

Comité de la Jupe

Le témoignage suivant vient d’une autre sœur des Sacrés Cœurs, comme Soeur Claudia Logeais. Elle s’appelle Soeur Odile. Elle a repris dans l’ordre les questions posées par le Comité de la Jupe et nous donne sa réponse :

 

La passion de votre vie ?

« Quelqu'un : Jésus-Christ ». « Son Nom jaillit en moi, comme une Source vive », suite à la prise de conscience d'un appel : viens et suis-moi" (Marc 10,21.)

Au point de départ, c'était une exigence intérieure, liée à mon être : risquer le don de ma vie sur la route du don de soi, à la suite de Jésus.

La conscience claire d'un appel venu d'un Ailleurs qui nous dépasse et qui a goût de vie, permet de traverser sereinement des sentiments éprouvés un jour ou l'autre par la suite : par exemple : « un homme comme "x" je l'aurais "aimé"… Mais ce n'est pas ma route ! »

Et la vie continue.

 

Comment l'incarnez-vous ?

Avant l'étape de la retraite, dans une vie professionnelle comme un chacun, (pour moi dans l'éducation), avec les engagements et toutes les relations qui s'ensuivent. Et depuis, par une présence toute simple dans notre milieu de vie, scandée par divers services.

Le tout porté personnellement et communautairement dans un climat nourri par la foi, la prière personnelle, communautaire et le partage.

(cf Luc 5,4) : « Avance en eau profonde » : l'appel est singulier, unique, il engage chacune dans son identité authentique. Et Jésus d'ajouter : « et jetez les filets. » La mission est communautaire ; c'est l'invitation à la dépossession de son agir, l'appel au partage, au discernement réalisé ensemble.

Ce sont, par exemple des engagements avec des laïcs dans des mouvements ecclésiaux, dans des associations humanitaires. Et aussi une démarche d'accueil fréquent à la communauté : après l'échange personnel attendu, il y a le partage du goûter avec l'ensemble des sœurs ; c'est l'occasion pour des gens de redécouvrir le côté humain de la vie religieuse trop souvent vue comme une vie à part, plus ou moins désincarnée.

L'important, c'est d'être avec : avec les gens qui nous sont donnés alentour, ceux que nous nous découvrons appelées à rejoindre, les mal-aimés, ceux qui souffrent de toutes formes de pauvreté.

 

Influence du Concile Vatican II

Cela a été une expérience dilatante, responsabilisante, qui nous a donné un regard neuf sur l'Église et sa place, sa vocation dans le monde, avec un retentissement sur tous les aspects de la vie (cf . l'encyclique Lumen Gentium).

L'Église n'est plus considérée comme une institution hiérarchique figée ; elle est définie dans sa réalité profonde, qui est un mystère, selon son origine Trinitaire. Un mystère de communion et de mission ; un peuple où chacun a sa place à part entière. Un peuple ouvert à tous les hommes …

Et dans ce peuple, il y a des vocations particulières, (dont la vie religieuse), toutes appelées à déployer leur être spécifique, en complémentarité les unes des autres, pour une même mission.

En ce qui concerne la vie religieuse, la grâce du Concile a été l'appel à revenir aux sources fondatrices :

  • recueillir de façon nouvelle la grâce faite à nos fondateurs ;
  •  réécrire nos règles de vie à partir du souffle initial qui interpelle chacune et l'éveille sur son propre chemin de service, invitant à l'initiative, à la créativité ;
  • continuer sans cesse à discerner ensemble et avec les laïcs concernés, au sein de nos Églises diocésaines, comment cette grâce de la vie religieuse peut servir la vie dans le monde de ce temps.

Cela implique une exigence de relecture à différents niveaux pour découvrir ensemble les lieux où l'Esprit nous devance et nous appelle, là où quelque chose germe, si petit que ce soit et qui signifie sa présence agissante.

 

Quelles évolutions paraissent souhaitables ?

  •  Oser davantage une parole sur le sens de notre chemin de vie, sur ses exigences bien sûr et sur le bonheur qu'il apporte.
    •  À ce sujet, il est bénéfique d'échanger avec des couples, en vérité, de laisser pressentir comment le « oui » à Jésus-Christ peut purifier la manière d'aimer toute personne, dans la dépossession, le goût de l'épanouissement de l'autre pour lui-même. C'est une manière de communier à ce qu'exige aussi l'amour au sein du couple et c'est grandir tous ensembles, chacun étant renvoyé, affermi, sur son propre chemin.
  •  Rappeler, au sein de nos Églises paroissiales, diocésaines, ce qu'est la vie religieuse selon le projet de Dieu ; le mystère de Dieu, dans sa profondeur, attend d'être dévoilé par différentes formes de don de soi, selon l'appel reçu par chacun(e).
  • Ouvrir toujours davantage nos cœurs, nos esprits à tout ce que le monde charrie … (courants de pensée religieuse, philosophique…)
  • Apprendre à écouter intensément … et dans un dialogue respectueux, oser dire sereinement ce qui fonde notre propre choix de pensée et d'action.

Cultiver davantage l'espérance qui est nôtre, fondée sur un Dieu qui nous parle au cœur, qui nous aime chacun(e) d'un amour unique : « Tu as du prix à mes yeux et moi je t'aime » (Isaïe 43,4.)

Nous n'aurons jamais fini de chercher comment annoncer, en actes et en paroles, le vrai visage de ce Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, secret de notre vie, source de bonheur pour qui l'accueille et entre en relation avec Lui.

Tel est l'appel à accueillir, neuf chaque jour !

 

Soeur Odile – 28 février 2013

 

 

 

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