Ces religieuses trop peu reconnues

Comité de la Jupe
Choisir la vie religieuse est un signe fort, qui questionne aujourd’hui plus qu’hier.

En effet, dans le monde actuel, qui s’engage pour l’absolu de Dieu, à la suite du Christ ?

- Qui témoigne que la valeur première de sa vie est le partage et la solidarité, et non l’argent ?

- Qui montre que des femmes peuvent se réaliser autrement qu’en étant épouse et mère, et ainsi être signe de liberté ?

- Qui s’engage pleinement pour l’être humain, particulièrement celui qui souffre, par ses divers engagements humanitaires et spirituels ?

Mais qui connaît l’ampleur de l’engagement des religieuses ?

Trop de catholiques et même de non catholiques, ne le savent pas, ou pas assez, ou ne connaissent que les plus médiatisées d’entre elles.

Or, il est important pour la crédibilité de l’Évangile du Christ de faire connaître davantage leurs initiatives, leurs engagements, le sens profond qu’elles donnent à leur vie. Sortir de l’ombre, en sorte. Jésus nous y invite dans sa parabole de la lampe (Mt 5/ 13-16). Et ce qui permet à la lampe de rester allumée, aujourd’hui, ce sont les moyens de communication.

C’est pourquoi nous leur avons tout simplement demandé de nous écrire. Pour que nous les connaissions mieux, et aussi pour ouvrir avec elles le dialogue, sur ce site, mais aussi dans les rencontres que nous pouvons avoir avec elles sur nos lieux de vie. Dans notre demande, figuraient quatre thèmes :

  • Quelle est la passion de votre vie et comment l’incarnez-vous dans votre vocation ?
  • Quelle initiative personnelle ou communautaire vous tient à cœur ?
  • En quoi le Concile de Vatican II a-t-il transformé la vie religieuse et le rapport au monde de votre Institut, parce que vous aurez vécu ces changements ou parce que vous en avez bénéficié ?
  • Quelles évolutions vous paraissent encore souhaitables dans la vie religieuse pour être plus fidèle à l’Évangile du Christ ?

Beaucoup d’entre elles nous ont répondu, avec leur foi et les mots de leur cœur. Nous nous apprêtons à publier leurs témoignages sur votre site. Visitez le site, lisez, réagissez par vos commentaires, parlez-nous de celles que vous connaissez, de vos échanges et de vos liens. Dites-nous aussi comment vous envisagez l’avenir de la vie religieuse, en l’occurrence celle des femmes. Il est bon de débattre ensemble de ces questions. Elles sont notre bien commun.

Le Bureau du Comité de la Jupe 

 

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Commentaires

Merci de mettre à l'honneur les religieuses, dont, nous le savons , la vie est témoignage de l'amour de Dieu pour le monde. Si beaucoup appartiennent à des congrégations très ouvertes, je me pose des questions sur ces femmes qui intègrent des ordres très traditionnels. Je connais en particulier un ordre, qui certes, fait un super travail auprès des plus défavorisés, mais qui impose aux sœurs une vie austère (le mot est faible) , voire dépersonnalisée( contrôle du courrier, interdiction de recevoir des coups de téléphone...). Cela fait peur. D'autant plus que le noviciat semble faire le plein. (Et pourtant cet ordre est ancré dans une tradition de plusieurs siècles.) Alors , dans quelle mesure l' Eglise ne se fait-elle pas complice de la possibilité pour ces femmes d'enterrer une partie d'elle-même, un peu comme dans la parabole des talents ?

Oui, la vie religieuse est essentielle à la vie de l'Eglise. Mais aujourd'hui, des jeunes filles hésitent à se lancer dans l'aventure : le célibat consacré fait-il peur ? Il offre pourtant une extraordinaire liberté, comme vous le soulignez.

Moi qui est longtemps "rêvé" de la vie religieuse, avec le temps, je me suis détournée de ce projet. Ce qui me gêne le plus dans toute vie religieuse, c'est l'empressement, voir la dévotion, qu'ont ces femmes envers les prêtres, jeunes ou vieux, qui viennent célébrer au sein de leur communauté. Elles les servent avec une telle déférence qui me fait presque peur je l'avoue. Elles semblent se délecter de leurs paroles comme si elles-mêmes en étaient dépourvues... Ce ne sont que quelques conclusions que j'ai tiré de quelques expériences auprès de religieuses. Je suis sans doute loin de les connaître toutes! Cependant, je ne peux pas m'empêcher de me demander si ces vœux de vie religieuses ne servent qu'à masquer une sorte de fuite afin d'éviter une véritable confrontation avec l'autre sexe (et je pense que ceci est valable autant pour les religieuses que les religieux, voir même les prêtres...???)

J'ai oublié: "vie donnée" ou "vie préservée". "Mis (es) à part" ou mis(es) à l'écart", loin des soucis de la vrai vie, de la véritable confrontation avec l'autre...

Le jour où congrégations de religieux et religieuses se rendront compte qu'à rester scotchées à leur passé et à l'institution, le petit doigt sur la couture des pantalons ou des jupes, elles perdent leur "âme", elle sera perdue. La qualité des personnes y sera pour peu de choses, encore que, maintenir des organisations en train de mourir -comme en susciter de "nouvelles"- semble une erreur de discernement de la part de chaque individu constituant le tout, même s'il est tentant de croire à un noble héroïsme*. Évidemment, je peux me tromper, mais savoir le rejet de toute forme de cléricalisme ** et refuser de s'interroger sur sa cause est surprenant. Une seule réponse entre "le monde est mauvais" ou "nous sommes mauvais"! L'autre manière d'être est le déni: refus de savoir et s'enfermer dans sa bulle. * Héroïsme d'une nature proche de celle du suicide/martyr devant l'autel de Notre-Dame. ** depuis ses origines le système a démontré son incapacité à se remettre en cause, en coupant tout ce qui ne lui convenait pas, et cela ne peut plus être caché. Les phobies de l'unicité, de la pureté, ... l'ont tué.

Combien de mes jeunes amies et pas forcément les moins gaies et les moins coquettes m'ont annoncé un beau matin, quelles entraient dans les ordres religieux. Combien de femmes (moins jeunes) aussi ai-je retrouvé plus tard ayant quitté la vie religieuse, certaines déçues d'autres carrément broyées par la rigidité, le sectarisme et la mesquinerie des leurs consoeurs voire de l'ordre lui-même. Et puis aussi que de rencontres lumineuses, de révolutions dans des communautés repliées sur leur routine et victimes (au sens propre) de préjugés sans grand rapport avec l'Evangile, puis s'ouvrant un jour sur le monde sous l'impulsion d'une supérieure capable de faire le tri entre l'accessoire et l'essentiel ... Vatican 2 a été pour certaines communautés l'amorce d'une véritable libération souvent avec des fractures au sein de celles-ci. Les temps changent et les témoignages produits sur ce site l'attestent. Mais au fait l'Eglise ne pourrait-elle pas reconnaître le rôle éminent des religieuses en leur ouvrant la voie de l'ordination sacerdotale ? Mais ceci est un autre débat.

À l'heure où les soeurs de Marie-Joseph,éducatrices pour les femmes en prison et leurs enfants ne vont plus vivre, nuit et jour, avec les prisonnières du Dépot de Police de Paris, c'est toujours avec émotion et interrogation que je pense à une cousine de ma grand-mère, Soeur Solange (1896-1978 ) que nous allions voir à la Conciergerie. Elle avait été orpheline très jeune. Après avoir franchi de nombreuses portes verrouillées, nous arrivions à la cour, seul endroit où, se penchant, on pouvait voir le ciel.Elle qui aimait tant les arbres et les fleurs, c'est au DORAT ( la maison mère ) qu' elle en profitait pour sa retraite annuelle. Soeur Solange, toute jeune soeur, a connu Mata-Hari, il y avait toujours une soeur, nuit et jour, à côté des condamnées à mort, parlant et priant avec la détenue. À Alençon puis à Rennes, elle était avec les enfants mais il ne fallait surtout pas s'attacher...puis avec les femmes à Marseille et Paris. Soeur Solange était toute petite, toute menue, s'intéressant à nos vies, aux enfants, à la mode et toujours disant « Le Bon Dieu y pourvoira..» C'est sans doute, grâce à Vatican II,qu'elle a eu le droit de venir passer quelques jours chez nous , et, je me souviens de son bonheur d'avoir pu communier sous les deux espèces, elle avait eu très peur qu'il ne reste plus de vin. Sur l'image de son jubilé de diamant- 1917-1977- elle avait écrit MERCI POUR TANT D'AMOUR et l'image montrait deux petites fleurs blanches et une phrase de G.Duhamel « QUELLE QUE SOIT L'ISSUE D'UN RÊVE GÉNÉREUX, IL GRANDIT TOUJOURS CELUI QUi L'A PORTÉ. »

plusieurs éléments me semblent importants en dehors bien sûr de la vocation il est anormal et malsain que des congrégations religieuses féminines soient à la merci des prêtres ...............inégalité par rapport aux moines dont certains sont prêtres il est scandaleux de voir le mépris de certains prêtres vis à vis des religieuses qu'ils utilisent...............à leur service ............ rendons aux femmes leur dignité dans ces congrégations , n'ayons pas peur des vagues , du courant d'air mais plutôt de l'enfermement et de la soumission à partir d'un trop petit nombre ces huits clos aboutissent parfois à des drames au sein des communautés la liberté de paroles et l'intimité doit être respectée

J'ai un excellent souvenir éducatif auprès de religieuses de St Jean de Bassel détachées de leur ordre, qui avaient fondé dans mon petit village natal, une école primaire libre, d'abord de filles puis mixte. Avec des méthodes éducatives innovantes mêlant savoirs scolaires intellectuels et pratiques (bricolage, jardinage, cuisine), artistiques (théâtre, musique, peinture), sportifs, une grande ouverture oecuménique au plan religieux. Devenue enseignante, je m'inspire encore de certaines de leurs pratiques pédagogiques auprès de mes élèves. Mais si je pouvais comprendre il y a 50 ans que la vie religieuse pouvait encore incarner une alternative importante et émancipatrice pour bien des femmes à la vie d'épouse et de mère, aujourd'hui la majorité des femmes n'ont plus besoin de s'engager comme religieuses pour se réaliser professionnellement, personnellement hors maternité et hors mariage. Les femmes ont conquis depuis 30-40 ans suffisamment de liberté, d'autonomie personnelle et financière et affective pour se réaliser pleinement dans la vie, que ce soit par un travail professionnel, une passion genre le sport, l'art sous toutes ses formes, des activités sociales, éducatives, humanitaires, politiques: le choix est large, infini. Et il n'y a plus besoin de mariage pour vivre en couple, non plus que pour fonder une famille. Et il existe beaucoup moins de pression sociale qu'autrefois si l'on choisit une vie sans enfants ou une vie sans conjoint. Il n'y a donc plus besoin d'être religieuse pour s'émanciper, encore que l'émancipation féminine dans la vie religieuse reste quelque chose de très rare, tellement la vocation initiale fut souvent conditionnée par des pressions familiales, cléricales promettant une sorte de promotion sociale de la famille, ou due à un manque d'argent pour doter une jeune fille dans certaines familles, ou un désir de punir une jeune fille trop jolie, trop séduisante et pouvant porter préjudice éventuel à ses proches. La vocation libre et délibérément choisie a toujours concerné une minorité de religieuses. Et concerne toujours une minorité de religieuses. Beaucoup des actuelles jeunes recrues sont issues de pays pauvres et de familles pauvres pour qui l'intégration communautaire religieuse d'une fille est un échappatoire à la misère et une promotion sociale (on donne une fille à une congrégation pour avoir plus à manger, pouvoir envoyer un garçon à l'école, etc). Il n'y a donc guère de vocations réelles et libres. La différence avec autrefois, c'est qu'aujourd'hui plus personne n'ignore cette réalité. Alors qu'elle était cachée il y a encore 60 ans, dissimulée derrière l'argument de l'émancipation. Et puis le célibat consacré revêt une grande misère affective et sexuelle. A moins d'être totalement inhibée, sans aucune libido de par une maladie, un traumatisme profond jamais traité ni dit, plus aucune femme n'a envie de renoncer à la sexualité ni le désir de la vivre dans la honte, la culpabilité et la clandestinité. L'homosexualité féminine comme l'hétérosexualité peuvent aujourd'hui se vivre dans la vie civile sans honte ni tabous. Et véritablement épanouir les femmes lorsqu'il y a un lien amoureux adulte partagé et consenti. Pourquoi donc se priver d'une part d'émancipation et d'épanouissement personnel et affectif qui participe à l'ouverture aux autres et au monde? Ce qui aussi freine sans doute des vocations aujourd'hui, c'est la soumission totale et la plupart du temps mutique des couvents au reste de la hiérarchie cléricale masculine. Ce qui ramène à l'ancienne aliénation des femmes dans le mariage. Rares sont les ordres féminins à taper du poing sur la table et à donner leur avis sur la vie cléricale et sur l'avenir de l'Eglise (sauf les religieuses américaines). Et puis, depuis l'époque des couvents-prisons, maisons de correction ou plutôt petits bagnes de femmes, de jeunes filles et d'enfants tenus par des religieuses souvent plus tortionnaires que charitables, couvents-prisons qui ont perduré jusque dans les années 1960-70 en France et plus tard dans d'autres pays comme en Irlande avec les foyers Madeleine (fin des années 90), persiste une image peu reluisante de la vie communautaire féminine. Dans certaines familles où des femmes aujourd'hui âgées ont subi jeunes filles un enfermement arbitraire par décision familiale ou décision du prêtre de leur paroisse dans ce type de couvent (il y en avait dans à peu près toutes les villes moyennes et importantes en France), s'est construit généralement un profond dégoût de la religion et de la vie religieuse due à cette terrible expérience. Ce qui n'a pas aidé au renouvellement des effectifs des couvents. D'autant qu'il n'y a même jamais eu de mea culpa ni des ordres féminins concernés qui ont créé et géré ces couvents-prisons des siècles durant, ni de l'Eglise institutionnelle sur ce sujet (restée dans le déni). Tout cela explique sans doute les difficultés que rencontrent depuis plusieurs décennies les couvents comme les congrégations pour renouveler les effectifs ou maintenir simplement une vie communautaire.

Je suis très étonnée de voir les représentations extrêmement négatives des religieuses, telles qu’elles sont exprimées sur le site, le témoignage de Françoise B-R sur les Sœurs de la prison de la Santé mis à part. J’ai eu la chance de connaître de très belles figures de religieuses, contemplatives et apostoliques ; pour moi, sans aucun doute, c’est une alternative possible et crédible au mariage. Il me semble qu’il s’agit d’un appel à suivre le Christ, d’une manière plus radicale et qui n’est demandé qu’à quelques-uns. Certes, il implique le renoncement à une vie sexuelle, mais pas à une vie affective pour autant ; il implique l’obéissance, alors que notre époque valorise l’autonomie, mais l’obéissance n’est pas la soumission aveugle à la volonté d’autrui. Ce genre de vie rend disponible aux autres, aux plus fragiles notamment, et témoigne du sérieux d’une recherche de Dieu et de l’existence d’une vie spirituelle. Les monastères me paraissent des poumons où l’on respire, à tous les sens du terme, physiquement, puisqu’ils sont souvent dans de très beaux sites, psychiquement et spirituellement. Je ne me cache pas qu’il existe des difficultés, liées probablement à la difficulté de trouver aujourd’hui son identité de femme dans l’Eglise, difficultés plus grandes pour les apostoliques. Mais je suis impressionnée par la méconnaissance de la vie religieuse telle qu’elle est aujourd’hui. L’Institution a pleinement sa part de responsabilité, qui n’encourage absolument pas la visibilité des religieuses, les media chrétiens aussi, bien que le Jour du Seigneur ait consacré ces dernières années des émissions à de belles figures féminines. Il reste cependant beaucoup à faire dans la connaissance de leur vie non pas fantasmée, mais réelle.

Je vous invite Sylvie à aller voir sur Dailymotion le témoignage d'ex religieuses de différents pays du monde via le reportage de Serge Bilé "Une journée dans la vie de Marie-Madeleine" mais aussi les reportages qui ont été faits sur les victimes encore en vie des couvents-prisons Madeleine en Irlande dont le dernier a fermé en 96. Ces témoignages ne relèvent pas du fantasme mais de la réalité vécue de femmes entrées de gré ou de force dans des congrégations religieuses et y ayant vécu des choses très difficiles. Une ex religieuse française précise à la fin du reportage de Serge Bilé que 6000 religieuses françaises ont quitté depuis quelques décennies les congrégations féminines. Et 4000 prêtres. Ca fait 10 000 hommes et femmes français qui ont abandonné la vie religieuse et sacerdotale. Et pas pour des broutilles.Parce qu'il a véritablement un problème institutionnel. Dont il faut parler. Ca n'empêche pas qu'il y ait des religieuses formidables, heureuses de vivre et qui apportent beaucoup aux autres et qui vivent très bien et sans souci la vie communautaire. J'en ai trouvé et j'en vois encore. Mais il ne faut pas non plus se voiler la face sur les réalités moins joyeuses de la vie religieuse. Qui restent encore hélas bien taboues dans notre Eglise institutionnelle. Tellement taboues que Serge Bilé a rencontré de nombreuses réticences pour diffuser son reportage, tant en France, qu'en Suisse, en Belgique mais aussi dans d'autres pays. Il a donc mis en ligne gratuitement ce reportage de 52 minutes, visible sur Dailymotion. Vous pourrez je pense le trouver dans problème.

@ Françoise Pothier Je ne nie pas qu’il y ait eu des actes répréhensibles commis par des congrégations religieuses, mais je me méfie des articles ou des émissions dénonçant les scandales et cherchant souvent le sensationnel. L’appel à l’émotion, le caractère monolithique de la thèse énoncée sont, la plupart du temps, dominants (mais je ne préjuge pas de ce film que je n’ai pas vu). La réalité me paraît plus complexe. Dans l’exemple que vous donnez il faudrait analyser comment l’Eglise en Irlande, comme au Canada d’ailleurs, a été longtemps omniprésente, à un point tel qu’il y a eu réaction violente de la société dans les années soixante. Il faudrait aussi étudier les structures carcérales de la société civile à la même époque et ne pas commettre d’anachronismes : nos critères d’appréciation ont changé, en peu de temps. Le Comité de la Jupe propose, plus modestement, en lien direct avec notre époque, de donner une visibilité aux religieuses, de leur donner la parole – alors qu’en Eglise, elles ont peu souvent accès à une parole publique - de les faire connaître enfin, alors que les critères de pudeur des sociétés patriarcales s’exercent encore tellement à leur encontre. On leur demande d’être des auxiliaires discrètes, on considère sinon qu’elles sortent de leur rôle. Par habitude ou par tradition, les hommes ne leur donneront pas la parole, il faut que ce soit des femmes qui leur proposent un espace. On pourrait reprendre le titre d’un ouvrage assez ancien déjà, d’Annie Leclerc, Parole de femme. Internet permet, dans des aires de civilisations variées, de donner la parole à ceux – et plus encore à celles ! – qui ne l’ont pas.

Le documentaire intégral "Une journée dans la vie de Marie-Madeleine" met en lumière des situation de vie "cachées", avec le contrepoint d'Odon Vallet. http://www.sergebile.com/?p=202

@Sylvie Le documentaire de Serge Bilé s'appuie sur des témoignages et des vies très ordinaires, mais profondément blessées par la vie religieuse. On est pas dans le sensationnel mais dans du réel. Concernant ce qui s'est passé en Irlande et au Canada avec les couvents-prisons, nous avons eu aussi notre pendant en France avec les institutions du Bon Pasteur (plus d'une centaine dans notre beau pays jusque fin des années 70 et début des années 80). Et il y a eu aussi un téléfilm en 2007, Les Diablesses (visible en plusieurs parties sur Dailymotion), basé sur les témoignages directs des anciennes pensionnaires enfermées enfants et adolescentes dans ces structures concentrationnaires, aux alentours des années 50 (ces années faisant partie des pires périodes). Ces femmes ont créé un forum pour pouvoir parler des horreurs vécues dans ces institutions. http://bonpasteurnotreenfance.xooit.fr/index.php Il y a eu aussi une émission sur France Culture qui leur a été consacrée: http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-portraits-44-%C2%AB-memoires-de-mauvaises-graines-quand-les-anciennes-pensionnaire Beaucoup des plus âgées ne s'en sont jamais remises ni psychiquement ni physiquement ni affectivement. Et il y a encore eu moins d'écoute et de possibilité de parler de tout ça pour elles que pour les déportés. Personne dans l'Eglise et encore moins dans les congrégations n'en parle: tabou absolu. Les archives du Bon Pasteur ne seront ouvertes que lorsque toutes ces femmes seront mortes. Par peur de l'institution d'être jugée sans doute. Récemment, l'état irlandais et les congrégations Madeleine ont fait un mea culpa et ont reconnu les sévices et les tortures pratiquées régulièrement sur des enfants et des jeunes filles, femmes dans ces institutions. J'espère qu'il y aura aussi une déclaration de ce genre en France d'ici peu. Autant de l'état français que de la congrégation du Bon Pasteur. Le contexte historique n'explique pas tout. On peut vivre dans une époque dure mais savoir se comporter humainement envers des enfants et des adolescents et des adultes déjà en situation de souffrance et de désespoir. Sinon, cela serait à désespérer de l'humanité.

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