Les femmes et la célébration de la fraction du pain

Comité de la Jupe

Á l’approche du Jeudi saint, qui fait mémoire du dernier repas de Jésus, Claude DUBOIS nous replonge dans le contexte biblique et montre comment les siècles ont infléchi la portée de ce geste fondateur.

 « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2, 42). La fraction du pain est le mémorial de la nouvelle Alliance en Jésus Christ, conclue au tout début de la Passion de Jésus, la nuit qui précédait son arrestation. Paul en rappelle la teneur dans sa lettre aux Corinthiens. « Le Seigneur dans la nuit où il fût livré pris du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : ‘ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. Il fit de même avec la coupe, après le repas, en disant : cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, faites cela toutes les fois où vous en boirez en mémoire de moi’ ». (1 Co 11, 24-25)

La célébration centrale de la communauté chrétienne

La fraction du pain devient le signe du don de la vie de Dieu en Jésus Christ, le signe de la communion célébrée par la communauté rassemblée, une communauté de frères et de sœurs. Elle est la célébration centrale de la communauté chrétienne car mémorial du passage de la mort à la vie, et de l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Elle fait aussi mémoire de l’humble service accompli par le Christ avant sa Passion, le geste inouï du lavement des pieds des disciples! : « Si moi le Seigneur et le maître je vous ai lavé les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns les autres » (Jn13, 14).

La célébration de la fraction du pain est aussi le paradigme d’une communauté de frères et de sœurs pour laquelle Jésus Christ a donné sa vie sans distinction d’origine, de milieu, ou de sexe, une communauté où l’humble service et l’amour en acte sont les normes de fonctionnement et les critères de fidélité à Jésus Christ. « Faîtes cela en mémoire de moi » s’entend aussi bien du pôle cultuel de l’Eucharistie que de son pôle existentiel caritatif. Simplicité toute fraternelle du mémorial de la Cène où frères et sœurs assemblés prient et célèbrent.

Des glissements qui dénaturent le sens de ce geste

Or l’histoire s’est faite d’une étrange manière ! Nous sommes passés d’une célébration où frères et sœurs invoquent ensemble l’Esprit Saint pour que le partage du pain et du vin devienne signe de la présence vivante et agissante du Seigneur à des célébrations où le fossé se creuse entre un groupe de célébrants et le peuple des fidèles. L’ancien ou l’ancienne (presbyte), choisi-e par la communauté pour la vigueur de sa foi, ou celui qui veille sur la communauté, (épiscope), sont devenus au fil des temps des personnages uniquement masculins revêtus du sacré, et d’apparats empruntés aux cérémonies païennes ou de l’empire romain.

La célébration de la fraction du pain est le mémorial d’un sacrifice où le prêtre et la victime ne font qu’un, où le sacrifice a été fait une fois pour toutes. « Tu n’exigeais ni offrande, ni sacrifice, alors j’ai dis : ‘me voici je viens faire ta volonté’  (Hb 10,7, celle de « rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés ». Jésus Christ est le seul médiateur et le seul prêtre de l’Alliance nouvelle. Jésus ne s’est jamais réfugié dans un quelconque « sacré ». Il n’a « ordonné » personne pour prendre sa succession. Jamais il n’est dit que les « apôtres », ou Paul, exerçaient une fonction sacerdotale !

Tous doivent faire mémoire

 C’est à l’ensemble de ses disciples, ceux qui le suivent, l’écoutent, vivent de son enseignement que Jésus-Christ a demandé de faire jusqu’à la fin des temps mémoire de sa vie, donnée pour le salut du monde. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux », en tout lieu où les disciples, hommes et femmes, prient et font mémoire. La célébration est la prière qui jaillit du groupe des disciples réunis. Sans doute y faut-il un peu d’ordre que quelques anciens sont amenés à garantir, mais sans le carcan de formules devenues figées et sans accroche sur le quotidien. La célébration est la prière qui se fait fête.

La Cène ne se passe pas au Temple mais autour d’une table domestique. On peut penser, sans trop se tromper, que les femmes qui avaient suivi Jésus sur les routes depuis le début de la vie publique, des « disciples », donc, ont préparé ce dernier repas et y étaient associées. C’est à elles aussi que s’adressait cette demande : « faites cela en mémoire de moi ! ». Au même titre que les hommes, il leur incombe d’annoncer et d’actualiser - c’est le sens du mot « mémorial » - en appelant l’Esprit Saint sur le pain et le vin, cette plénitude de vie et d’amour que Dieu nous donne en Jésus Christ et que nous devons tous transmettre.

Le mémorial de la fraction du pain s’inscrit dans la mémoire de la pratique prophétique et subversive de Jésus Christ. Jésus n’a été qu’ouverture et accueil, sans discrimination ni domination et il entraîne vers un devenir communautaire fraternel en même temps que pluriel. C’est à l’ensemble de cette communauté réunie en son nom que Jésus Christ a confié la célébration de la fraction du pain, destinée à féconder le monde.

Claude DUBOIS

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Commentaires

Je ne me reconnais pas dans les jeunes pretres qui se font appeler mon pere par les vieilles bigottes. La dimention masculine de l'Eucharistiem'en rend un peu distente. Je ne suis pas tre messe.

Je n'avais pas lu cet excellent article quand j'ai mis un commentaire sur "le pape lave les pieds d'une femme". C'était pour dire que j'avais du mal à admettre qu'on fasse du Jeudi-Saint la célébration de l'institution du sacerdoce. On a court-circuité "Eucharistie/Sacerdoce", alors qu'il n'y a pas de raison de lier forcément les deux...sauf si on continue à s'enfoncer dans ce que je considère comme erroné. On nous dit que la disparition des prêtres va priver les chrétiens de l'Eucharistie. Mais pourquoi s'obstiner? Ne faut-il pas imaginer autrement des ministères, et non pas des sacerdoces, qui rendraient aux chrétiens l'Eucharistie qui leur a été confisquée par les prêtres. L’Eucharistie étant vraiment au centre ("source et sommet") de la vie chrétienne, il est dommage qu'on en ait fait une sorte de rite plus ou moins magique, codifié à l'extrême.

Il est interessant cet article !!! Il faut rendre a Cesar ce qui est a Cesar et... aux laics hommes et femmes ce qui leur revient. Il srait interessant de rompre le pain entre chretiens(es) en prononcant les paroles de Jesus dans des maisons ou des appartements avec des lectures bibliques, de partager le pain rompu dans la fraternite !!!

Peut-on faire un effort de cohérence dans le vocabulaire: Le mot "sacerdoce" ne s'applique qu'au Christ; Il est le seul sacrificateur, le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes. Et l'Église, présence du Christ dans le monde, exerce ce sacerdoce dans son rapport avec le monde: elle l'exerce collectivement, et dans tous ses membres: nous sommes tous et toutes participants du sacerdoce du Christ. Au sein de la communauté humaine qu'est l'Église, certains sont chargés de missions particulières (je ne détaille pas, car ceci dépend des temps et des lieux): ce sont les prêtres, les anciens chargés du maintien de la communauté, ou les évêques, les episcopes, ceux qui veillent sur la communauté. Cette fonction est un service= un ministère; cela s'appelle le ministère presbytéral, ou le ministère épiscopal. Rien de ce qui distingue les fonctions au sein de la communauté ne peut être appelé sacerdoce, car le sacerdoce est commun.

@ Anne-Marie de la Haye Tout à fait d'accord avec vous... Alors, pour plus de clarté il faudrait donc que l'on cesse d'appeler "prêtres" nos ministres presbytéraux... Ils ont une mission particulière qui est un service, et ne sont pas "plus" prêtres" que les baptisés... (même sije sais que dans le CEC il y a une précision spéciale pour eux concernant leur "prêtrise") Même si on a l'air de chipoter sur les mots, le vocabulaire est important car il recouvre une certaine réalité; alors autant employer les mots justes plutôt que s'embourber dans des imprécisions Si chaque chrétien était pleinement persuadé d'être "prêtre", participant au sacerdoce du Christ, en Église, on n'en arriverait pas à "sacraliser" abusivement nos ministres. Faites un sondage parmi vos proches : les prêtres sont pour beaucoup des intermédiaires entre nous, pauvres humains, et Dieu. Nos pasteurs s'y laissent prendre : ils ont un peu de mal à descendre du piédestal sacré sur lequel leurs ouailles les ont placés, même si c'est malgré eux au départ... Pierre lui-même dans les Actes dit à ceux qui veulent se prosterner devant lui "relevez-vous, je ne suis qu'un homme moi aussi" (Je n'ai pas les références mais c'est à deux reprises dans les Actes)

Une dizaine-douzaine d'humains achevait de préparer la fête du samedi veille de Pâques. C'était dehors, pluie et fraîcheur humide. Ils ont monté la grande tente. La fête avait été annoncée par les journaux, la radio locale et le téléphone arabe, les affichettes chez les commerçants. Samedi, à partir de 6h, les premiers sont arrivés. Ils furent 44 à rejoindre les 10. Petits groupes, bavardages. Vers 7h30 il y eut du mouvement pour payer sa place, recevoir son n° et commander son casse-croute. Croissants chauds et café avant d'entrer dans le vif du sujet. A 8h pile, au coup de sifflet, les 44 prirent chacun sa place numérotée autour de l'étang. On attendait un handicapé moteur, sa place avait été réservée resta vide; le mauvais temps sans doute. Alors, le silence reprit possession des lieux. Le héron et les cormorans étaient allés pêcher plus loin, laissant aux jeunes aux femmes et aux hommes leur tour de pêche. A 10h, casse-croute, puis changement de place. Les feux de bois furent allumés, les sandwiches de saucisses, de merguez et de grillades étaient près, après un verre de sangria ... A 17h, le dernier coup de sifflet marqua la fin de "partie". C'était un samedi saint, à l'étang surplombé par le bourg et ses quelques maisons XVIIème et la petite église vide du XIIème dont les cloches rythment le cours du temps. Pour tous il y avait, peut-être pour certains à leur insu, un quelque chose qui conduit à constater "voyez comme ils s'aiment".

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