Sainte Marie Guyart de l’Incarnation

Soeur Rita GANGÉ

rita-gagne Rita GAGNÉ. Gaspé. Canada.

 

29 octobre 1599 : Marie Guyart naît à Tours dans une famille de moyenne bourgeoisie, de tradition chrétienne. À 7 ans, elle entend en songe «le plus beau des enfants des hommes» lui demander si elle veut être toute à lui. Son oui est déjà définitif. Malgré son désir d’être religieuse, on la marie à 17 ans à Claude Martin, maître ouvrier en soie. 2 avril 1619 : naissance de son fils, baptisé Claude, qui a 6 mois quand son père décède. Marie Guyart prend alors la direction de la soierie en faillite. En haut de la maison paternelle, elle s’adonne à la broderie, à la tapisserie pour subvenir à ses besoins, à ceux de son fils.

Après quelques années de vie cachée chez sa sœur Claude, elle devient femme d’affaires dans la compagnie de transport de son beau-frère, Paul Buisson. Imaginons-la sur les quais de la Loire en compagnie d’hommes et de chevaux... Entre 20 et 30 ans, au milieu de mille tracas et occupations, elle expérimente les grâces spirituelles les plus intenses, dont le «mariage mystique».

25 janvier 1631: Marie Guyart entre chez les Ursulines, contre le gré des siens, déchirée par la rupture d’avec son fils de 12 ans. L’engagement apostolique des Ursulines motive son choix. 25 janvier 1633: Marie de l’Incarnation fait profession. Noël 1635 : elle entend un appel à bâtir une Église dans un pays dont le nom lui est révélé plus tard : Canada! 4 mai 1639 : après des années de rebuffades, Marie de l’Incarnation et deux compagnes quittent Dieppe avec Madame de la Peltrie, riche dame protectrice. 1er août 1639 : débarquement à Québec, après une traversée fort difficile pour tout l’équipage du Saint-Joseph. Depuis lors, Marie de l’Incarnation vit, jusqu’à sa mort, le 30 avril 1672, à un rythme vertigineux dans un pays où tout est à apprivoiser : rigueurs du climat, abris de fortune, langues autochtones, éloignement des siens, incendie … Supérieure puis économe, elle suit les travaux de construction et accueille des petites filles françaises et amérindiennes.

Comme la pédagogie est, selon Albert Jacquart, «l’art de rencontrer», je résume la vie de Marie Guyart de l’Incarnation en affirmant qu’elle est, en tout, femme de relations, éducatrice dans l’âme, source d’inspiration et de courage. Femme de son temps, ancrée dans son milieu, elle exerce grande influence dans la société et dans l’Église. Elle acquiert et transmet ses connaissances dans le domaine des arts. Peinture, dorure, broderie ont peu de secrets pour elle. Elle aime musique, chant et danse. Que dire de son don d’écriture qui rend agréable la lecture de milliers de lettres, historiques et spirituelles, destinées à des membres de sa famille, aux ursulines et à bien d’autres personnes! Cette volumineuse correspondance demeure précieuse pour les historiens, pour les professeurs de littérature du 17e siècle et pour les maîtres spirituels. La Relation de 1654, écrite à la demande de son fils devenu bénédictin, est un véritable traité du désir, de l’intelligence du cœur.

Cette femme excelle dans le domaine des affaires mais je m’arrête à celui de la psycho-pédagogie. À Québec comme à Tours, sa seule présence est incitation à une vie meilleure au niveau attitude, comportement, langage. Elle connaît le secret d’une bonne pédagogie : l’amour des personnes. Elle sait que «ventre affamé n’a pas d’oreilles». Elle saisit rapidement que les petites «indiennes», appelées ses trésors, ne peuvent être francisées ni devenir sédentaires. Désirant «s’acculturer» et aider les missionnaires à le faire, elle étudie les langues autochtones, écrit des dictionnaires et catéchismes, fait des traductions…

Accompagnatrice nourrie de la Parole de Dieu, elle initie à l’art du discernement avec un grand réalisme. Son fils, sa nièce et tant d’autres, religieux et laïcs, la consultent. Elle craint les dévotions non fondées sur les «maximes de Jésus-Christ» et préfère les «extases d’actions». Son aptitude à entrer en relation découle sûrement de cette rencontre plus que privilégiée qu’elle vit avec un Dieu Amour, donc relations de personnes. Sa connaissance expérimentale de la Vie trinitaire inspire tout lecteur mais aussi théologiens et conseillers spirituels. Bossuet l’a nommée «Thérèse du Nouveau Monde».

À l’ère des communications illimitées, nous n’en sommes encore qu’au balbutiement dans l’art des relations humaines. En livrant ces quelques «flashes» d’un héritage inépuisable, je souhaite mettre simplement «l’eau à la bouche» pour une plus grande fréquentation de cette femme qui devance la mondialisation car, dans sa prière, elle fait chaque jour le tour du monde! Le site www.ursulines-uc.com en propose davantage!

Rita Gagné, ursuline

Gaspé, province de Québec, Canada.

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Commentaires

Je suis sensible à la beauté de cette grande figure du Québec. Mystique, réaliste, altruiste, inventive... En plus elle a un parcours de vie plus varié que le commun. Un mari dans le tableau, pas très aimé, mais un mari tout de même...

bonjour mon nom est daniel theriault je suis un homme qui a été touché depuis ma tendre enfance par sainte marie de l'incarnation des ma premiere année scolaire je me rappelle encore du petit scapulaire que les ursulines nous confiait ma vie a été tres difficile mes parents ont divorcé alors que j'avais 12 ans, moi meme également en 1987j'avais des probleme d'alcoolisme.en 1995 j'ai eu la chance de suivre le cours de saint ignace donné par les ursulines . vers 1997 je me suis rendu au tombeau de marie de l'incarnation pour lui demander de veiller a nouveau sur moi et de m'aider a vivre une une vie de famille un jour. en 1999 j.ai commenencer ma vie avec celle que j'ai épousé en l'église d'amqui au mois de mai 2006, ma premiere épouse ayant demandé une nullation de mariage en 2002 j'ai subit un triple pntages cardiaque et le mois dernier 4 tuteurs ont été placer dans mes artères j'ai demander souvent l'aide de mere marie de l'incarnation et je crois fermement en son intervention aupres de moi pour terminer le nom de mon épouse est CLAUDE- NANCY j'ai réaliser ce matin en lisant un texte sur la canonisation de ma bonne mere qu'elle avait repndu a ma mes nombreuses je vais continuer a la prier et a la remercier de son intercession joyeuses Pâques a vous toutes mes petites soeurs

mari dans le tableau, ou ombre au tableau ? Il semble que beaucoup de mes compatriotes, religieuses, fondatrices d'oeuvres, institutrices etc...à des époques où les femmes n'étaient pas vraiment considérées, aient vu leur veuvage comme une libération qui leur a permis d'enfin donner toute la mesure de leurs talents.....

Merci, Rita, de nous rappeler la vie de cette grande sainte. A une époque où beaucoup de canonisations paraissent dues à de calculs politiques ou médiatiques, cela fait du bien. Marie de l'Incarnation fait partie de ces femmes qui ont fait l'Eglise. Et il y en a eu beaucoup, n'en déplaise aux clercs qui y monopolisent le pouvoir. Et oui, belleprovince, il fut un temps où la seule forme d'émancipation pour une femme était de devenir religieuse. Qu'on pense à Hildegarde de Bingen (une grande scientifique et musicienne), à Catherine de Sienne (une grande diplomate et théologienne, bien qu'elle ne sût ni lire, ni écrire, ni parler latin). Et, tout récemment encore, à Mère Thérésa, à qui un avenir de mère de famille bourgeoise ne suffisait pas. Marie de l' Incarnation fait aussi partie des grands fondateurs du Québec. Quand nous avons visité le Belle Province, j'ai été touchée par le fait que les grands hommes (et femmes) de l'histoire du Québec, ceux qui ont leurs statues, dont on a retenu les noms et à qui l'ont rend hommage, ne sont pas des despotes ou des conquérants, mais des gens ordinaires... au courage, à l'inventivité, à l'ouverture d'esprit extraordinaires : des aristocrates éclairés, mais aussi de simples soldats ou paysans, des jésuites, des religieuses, des orphelines... Enfin, elle fait partie de cette époque héroïque de l'Eglise qu'a été la Contre-Réforme : après le désastre du schisme avec les protestants qui a fait perdre à l'Eglise, par sa faute, beaucoup de fidèles, une période d'épanouissement et de rayonnement spirituels comme il n'y en avait pas eu depuis le XIIIe siècle, et une floraison de saints, dont beaucoup ont laissé de grands écrits : Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Vincent de Paul, François de Sales... et Marie de l'Incarnation, pour ne citer que les plus célèbres. La naissance du Québec est contemporaine de ce mouvement. Notre époque aura-t-elle sa Contre-Réforme ? Le concile Vatican II avait permis de l'espérer... Et à propos, que faut-il lire de Marie de l'Incarnation et où le trouver ?

Une mystique et une femme d'action extraordinaire... Mais quelques autres également. Le service des pèlerinages du diocèse de Tours, ville de naissance de Marie de l'Incarnation, et lieu de vie de sa jeunesse et de murissement de sa vocation, organise un pèlerinage au Québec du 25 septembre au 4 octobre 2014, sur les pas de Marie de l'Incarnation, de Jeanne Mance, de Marguerite Bourgeois et de Kateri Tekakwita, les grandes évangélisatrices du Québec. Rensegnements sur www.pelerinagestours.wordpress.com et informations directes sur pelerinages37@gmail.com. Départ de Tours ou de Paris

Un bel article à lire sur Marie de l'incarnation : http://femmes-ministeres.org/?p=1899

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