Quand les femmes assurent les funérailles, parole d’un pasteur

Gilbert Beaume
4 déc. 2014

Mon cousin vigneron est mort. Solide comme un roc, il fut vaillant comme un chêne. De plus, c’est mon village occitan et j’habite en Bretagne. Pasteur retraité, je vais téléphoner au prêtre du secteur, voudra-t-il bien que je dise un mot d’affection ? Récemment encore, j’ai pu tester la profondeur des relations que l’on tisse parfois avec des familles endeuillées et qui subsistent cinquante années plus tard. Au téléphone le prêtre est des plus charmants, nous sommes frères d’accent ! Il ne participe plus aux obsèques, quatre femmes assurent les obsèques pour les vingt villages de sa paroisse (et à leurs frais !). Je partage donc la préparation avec Georgette. Je l’admire ! Elle se sent désarmée, avec une préparation minimale, mais elle sait écouter, elle aime les gens, elle aime animer les liturgies. Je la rassure, après cinquante années de pastorale des endeuillés, je me sens souvent un témoin aux mains nues. Comme Georgette la confiance que me manifestent les endeuillés me touche, m’honore ! Un résumé de vie bien fait, des intercessions appropriées mais l’homélie reste au-delà de ses ressources. Voici ces femmes sont témoins de l’Évangile aux marges des Églises. Priorité à la formation, à une véritable reconnaissance de leur ministère ! Mon tour de France se termine sur un autre deuil. Une tante de ma femme, fidèle pratiquante d’une cathédrale du Nord. Le prêtre, jeune, veut bien que je dise un mot, bref, car il y aura une eucharistie et il fera une courte homélie qui reflète son écoute des filles de la disparue. En aparté, la présidente du Comité des Funérailles me parle avec autorité : « Il est grand temps que les prêtres nous laissent la place, nous sommes plus proches des gens, ils nous le disent, après les homélies que nous assurons… » Son assurance me déconcerte un peu, après cinquante années de pastorale, je me sens si souvent démuni, et l’homélie demande beaucoup de réflexion, au mitan de la vie et de l’Évangile ! Au fait, dans le Midi, à la messe du dimanche matin, le prêtre retraité bouscule mes scrupules…. averti d’œcuménisme je n’allais pas communier et je lui confiais la difficulté que j’avais eue à expliquer cela à Georgette…. Le voici qui m’interpelle, depuis l’autel, assisté de son diacre, pour que je partage avec eux le pain et le vin… Dans l’autre ville, le jeune prêtre, avant même que je n’ai à le dire, me rappelle à la non-communion ! Je propose une autre démarche, les bras croisés je me présente à la table et je demande la bénédiction, démarche qui moi me touche vraiment et le prêtre aussi et qui est signifiante ! Voici donc les femmes aux frontières de l’Église, participantes en première ligne au ministère d’évangélisation, une tâche plus difficile qu’il n’y paraît, que je trace aux premiers mots de l’homélie pour mon cousin Lucien : « Ce matin, ta maison, Lucien, était enveloppée d’un doux brouillard qui efface les angles, les aspérités des choses comme s’il s’agissait d’adoucir la peine des tiens… Cette célébration est-elle aussi destinée à masquer la réalité des choses ? Alors pourquoi donner la parole à Celui qui nous dit une chose aussi incompréhensible : « Heureux ceux qui pleurent ? » Comme s’il fallait nous réveiller, pour qu’on regarde la réalité en face ? »

Gilbert Beaume, pasteur retraité de l’Église protestante unie de France, Dinard le 24/11/2014

Share

Commentaires

Merci, Gilbert, de prolonger cette présence des femmes au tombeau, le matin de Pâques, de nous montrer leur actualité. Puissent-elles encore vous signifier, non la mort, mais la résurrection.

Merci pour cette parole de reconnaissance venue de vous, Gilbert, pasteur protestant. Le service des funérailles est l'un des services les plus appréciés de l'Eglise catholique.La parole des laïcs, femmes et hommes, sait rejoindre les familles éprouvées.

Oui, merci à vous, Gilbert, pour ces paroles fraternelles, qui nous encouragent, nous qui célébrons les funérailles.

Comme vous, j'admire Georgette, et je suis un peu inquiète pour elle: n'est-il pas possible que cette charge soit assumée en équipe, avec au moins deux personnes "sur le pont" pour chaque cérémonie, et un tour de rôle pour que chacun puisse "souffler"? Je sais ce que disent ceux et celles qui gèrent seuls les obsèques: "on ne trouve personne". Mais plus la charge est lourde et plus elle suscite, à juste titre, de la peur. Il faut partager, célébrer à deux ou trois, et réfléchir ensemble, au fur et à mesure de notre expérience, à ce qu'on a fait et à ce qu'on ressent. Outre que cela rend la charge plus humainement supportable, cela témoigne d'une vie communautaire: ceci est au moins aussi important que cela.

Quant à l'homélie (qui ne s'appelle pas officiellement homélie, quand c'est un(e) laïc qui parle, mais commentaire d'Évangile) je ne saurais trop inviter Georgette "se lancer", après avoir suivi une formation, que le diocèse DOIT fournir. Oui, c'est un pas difficile à franchir pour certains (certaines). Personne ne doit se sentir obligé de le faire s'il ne le désire pas. Mais le sentiment de "ne pas être capable" doit être, en toute simplicité, interrogé. Est-ce la crainte de ne pas dire "ce qu'il faut"? Craignez-vous donc, vous qui exprimez cette crainte, de ne pas être vraiment chrétien? Non, n'est-ce pas? Ce qu'il faut, c'est dire votre foi, et la dire à ceux et celles que vous avez rencontrés en préparant la cérémonie. L'alliance des deux implique une tension, toujours délicate. Mais il n'y a pas d'autre règle. Soyez vous-même; soyez présente à votre parole, soyez présente aux gens qui vous écoutent. Ne cherchez pas des "idées". Dites l'essentiel, même si ça tient en deux phrases. Et faites silence.

Je ne comprends pas pourquoi mon intervention précédente est signée Anonyme. Veuillez expliquer ce qu'il faut faire pour que la signature que j'ai fournie apparaisse aux yeux des visiteurs du site.

Désolée, Anne-Marie (message anonyme "je ne comprends pas pourquoi"), mais il y a un problème de programmation, quoiqu'on inscrive dans la case "nom", et même si c'est moi qui le fais, le système efface automatiquement et remplace par "anonyme". Notre maître du web est en train de faire des tests pour y remédier, je suis certaine qu'il va trouver la solution.
Et si mon nom apparaît parce que je suis enregistrée sur ce site avec un statut d'administratrice.

Merci, et bonne année à toutes et tous.

Christine, c'est vrai que je vous ai interpelée plusieurs fois sur ce problème et malgré tout nous restons toutes et tous des anonymes... Après mûre réflexion, je me demande si je ne vais pas vous demander de laisser les choses telles qu'elles sont, car finalement cela traduit complètement notre situation dans la vie de l'Eglise: nous sommes tous, mais surtout TOUTES, des anonymes face à l'institution...

Ajouter un commentaire