Hommes femmes : Égalité ET différence

Anne SOUPA

egalLes querelles récentes du genre ont réactivé, du côté de certains catholiques, et en particulier de l’institution, un argumentaire assez radical, à savoir que l’égalité entre hommes et femmes ruinerait leurs différences. Les partisans de l’égalité seraient devenus aveugles devant « l’évidence » de la différence, laquelle est non seulement une réalité biologique, mais un trésor culturel. Les « égalitaires » prépareraient un monde de brutes, un monde aplati, appauvri, qui ne ferait plus cas de la richesse insigne que constitue la différence, voulue par le Créateur et source infinie d’altérité. Et c’en serait fini alors de la délicatesse féminine, de la puissance masculine et des joies de la maternité… Appelant à leur secours la biologie et le valeureux le chromosome Y qui ferait la prééminence masculine, ils leur reste à susurrer mezzo voce qu’il n‘y aurait rien de pire que ces femmes qui refusent leur féminité et veulent en tout copier les hommes. Une sorte de « machisme en jupe » selon l’expression du pape lui-même….

Un tel discours demande à être regardé de près et un peu déconstruit. Que met-on derrière le mot « égalité » ? S’il s’agit de regarder un corps d’homme et un corps de femme et de soutenir qu’ils sont « égaux », il faut tout de suite objecter que le terme utilisé n’est pas le bon, c’est celui « d’identité » ou, à la rigueur de « similitude » qui conviendrait. Mais s’il s’agit de reconnaître qu’hommes et femmes ont « égale » capacité à exercer des responsabilités, dans la cité ou dans l’Église, alors oui, l’égalité - la chose, sinon le mot - est un gain pour tous, femmes et hommes, et elle ne préjuge en rien des différences, réelles ou supposées, qui existent entre eux.

Dans le discours de l’institution catholique, on se plaît donc à superposer égalité et perte de la différence, laissant croire que la somme des bienfaits de la différence et le socle biologique seraient des motifs plus que légitimes pour chercher à endiguer la vague montante de l’égalité juridique et sociale. Le discours anti égalitaire catholique se targue donc, aux yeux de l’opinion, d’être le seul capable de « sauver » les différences, en invoquant culture et biologie pour démontrer toutes sortes de bienfaits et en particulier, au sein de l’Église, que les femmes sont inaptes à la prédication liturgique ou à la représentation du Christ au sein de l’assemblée eucharistique.

Ce faisant, ces catholiques anti égalitaires ressemblent à ce sourd qui entretient avec soin un quiproquo qui aurait pu être levé depuis longtemps. Et de fait, le sourd en question est bien de la race qui ne veut pas entendre. Ne pas entendre quoi ? Que son plaidoyer en faveur d’une différence menacée cache en réalité le souci de conserver des situations « réservées », propres aux hommes. Le différentialisme catholique est le paravent d’un conservatisme masculin. Rien d’autre.

Mais beaucoup de femmes catholiques ne le voient pas. L’exaltation de leurs différences par le Magistère, si flatteuse, si insistante, les comble. Déjà, le chien de la fable (Le chien et le Loup, Jean de La Fontaine) avait beau avoir le cou pelé, il ne voyait que les somptueux repas et les caresses de son maître….

Dans cette joute d’une grande médiocrité intellectuelle, le Comité de la jupe a clairement choisi : l’égalité de traitement entre hommes et femmes dans l’Église lui paraît non seulement une justice, non seulement une évidence de l’heure, mais un inestimable gain pour l’Église toute entière. Il n’oublie pas, en effet, que Jésus n’a fait aucune discrimination de sexe.

Pour travailler à cet objectif, le Comité de la jupe pose un fondement essentiel : il ne cautionne pas le discours différentialiste (comme Jésus non plus ne l’a jamais soutenu). Il se refuse à dire : « les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça ». Non que cela soit faux, mais il considère qu’il n’a pas autorité pour le dire. Ni lui, ni d’autres, comme le Magistère catholique, n’ont le droit de dire de manière surplombante et autoritaire ce qu’est un homme et ce qu’est une femme. Ces temps-là sont révolus et ils ne reviendront plus.

Les différences, biologiques et culturelles, sont désormais à la disposition de chacun, de chacune, pour qu’il ou elle en fasse ce qu’il souhaite, pour lui et pour son entourage. Libre à chacun de défendre ou de nier la fameuse intuition féminine ou la non moins célèbre vertu de commandement masculine, et libre à lui de considérer que son prochain la possède ou ne la possède pas. La détection, l’élaboration des différences, et leur mise en œuvre, sont désormais un vaste champ d’appropriation personnelle, et c’est tant mieux, car la liberté de chacun y gagne. Avec elle aussi, une sorte de jeu, de légèreté, presque de création continuée, à faire et à défaire selon les circonstances et les interlocuteurs, les contenus de ces différences. Créer et non subir, nous y voilà. N’est-ce pas réjouissant ?

Á cette raison majeure, profondément conforme au désir divin exprimé dans le chapitre 2 du Livre de la Genèse, s’ajoute pour le Comité de la jupe une raison plus « tactique : il est évident que, dans le contexte défensif actuel du Magistère, tout contenu donné aux différences serait utilisé par lui pour nier la vertu de l’égalité des responsabilités et justifier la dépendance féminine.

Le Comité de la jupe, totalement investi dans un objectif clair, celui de l’égalité (juridique et sociale), doit donc rester silencieux sur la différence, ce qui, bien entendu, ne veut pas dire qu’il la nie. Ce silence n’est pas de désintérêt ou de déni, il est de respect envers les choix de chacun et de chacune.

Anne Soupa

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Commentaires

@ Mmes Soupa et Pedotti Vous ne voulez pas entrer dans le débat sur la différence. Je pense que votre position n’est pas tenable, si vous autorisez mon point de vue masculin – discordant. Je le dis comme mari et père. En observateur privilégié, dépositaire du témoignage de son épouse. Porter – dans son corps –, et mettre au monde un enfant – accoucher –, le nourrir – l’allaiter – est tout à la fois une grâce et une croix. Il s’agit d’accueillir dans l’enfant qui naît la vie humaine et divine. La vie de Dieu. Naturelle et surnaturelle. J’estime donc que toute femme « enceinte et fortifiée », comme disait mon père médecin, a besoin d’un accompagnement et d’un aménagement de son temps spécifiques dans l’exercice d’une telle responsabilité, plutôt que d’être incitée à jouer les superwomen – notamment en retournant dare-dare au boulot après l’accouchement, comme y incitent les pouvoirs publics. Bref, vous le comprenez, je conteste l’idée que la différence homme-femme ne devrait pas peser sur le plan familial et social, voire sociétal. Comme je conteste la pseudo révolution anthropologique sur laquelle s’appuie votre féminisme et votre égalitarisme. Une « révolution » qui a notamment pour fondement la fausse liberté (« vous serez comme des dieux ») procurée par la pilule contraceptive, poison pour nos rivières et pas que…

Ah, la belle défense du patriarcat! Et de renvoyer, comme il se doit, les femmes à leur 3K, Kinder, Kirche, Küche! Et d'accuser de péché d'orgueil les femmes ont décidé d'avoir une ferme maîtrise de leur fécondité. Tout cela est risible, et même grotesque. Les femmes qui bossent ne se prennent pas pour Superwoman, elles font leur boulot normal, vivre, gagner leur vie, tout comme les hommes, et éventuellement, elles sont mères, comme les hommes sont pères. Vous invoquer une "Différence" qui gomme toutes les différences et au bout du compte, ce qui vous anime c'est l'immense regret que les femmes ne soient plus des bonnes ou des nounous au service des hommes et des enfants. Eh oui, il est fini le temps des colonies et des esclavages. Bonne nostalgie! Je me dois aussi de vous avertir qu'il y a déjà un petit moment que les femmes sur le point d'accoucher n'ont plus besoin d'un fier guerrier armé d'une lance et d'un gourdin pour empêcher un tigre à longues dents de venir croquer leur nouveau-né.

Bonjour, Je ne parlerai pas du texte d'Anne Soupa, auquel j'adhère complètement. Je réagis simplement sur l'idée que "Les jeunes générations sont très absorbées par leur travail et leurs loisirs". C'est à mon avis faux, de nombreuses études montrent au contraire que l'engagement associatif des jeunes est en hausse, même s'il prend des formes différentes, au hasard celle de France Bénévolat en 2013 (http://www.francebenevolat.org/uploads/documents/3e656ec9e424ae9e724ba0187045eb04c5da478b.pdf). Je réagis aussi parce que, ayant 21 an, je suis directement concernée par cette idée. Beaucoup de mes amies ou connaissances sont engagées dans des partis, syndicats ou associations et ne vivent pas leur engagement comme un travail ou un loisir. D'autres s'investissent au sein de l'Eglise, particulièrement dans des mouvements scouts catholiques, des aumôneries. Et si ces jeunes femmes ne parlent pas de devenir prêtre, c'est à mon avis parce que cette idée est pour elles un doux rêve plutôt que parce qu'elles sont trop tournées sur elles-mêmes pour envisager cette vocation. Pardon si je caricature vos propos, mais c'est ce que j'ai compris de votre message. D'autre part, cette idée qu'un jour les hommes et les femmes auront le droit d'accéder aux mêmes responsabilités au sein de l'Eglise est justement ce qui m'empêche de claquer la porte quand je vois un choeur uniquement masculin et les femmes reléguées à la sacristie. Mais permettre aux femmes de devenir prêtre ne fera que repousser le problème si on ne s'attaque pas à cette idée qu'il existe une différence de nature entre l'engagement sacerdotal et les autres formes d'engagement, et donc une hiérarchie entre clercs et laïcs. Je profite de ce commentaire pour dire un grand merci au Comité de la Jupe pour ses actions et la qualité des textes qu'il propose.

Il n'y a de discours" différentialiste", en effet que chez les conservateurs, c'est à dire, comme vous le soulignez au début de l'article, chez les personnes qui croient que demander l'égalité de traitement va ruiner les différences évidentes, et crient au loup. Cependant, c'est une évidence aussi qu'on ne peut rayer d'un trait de plumes 40 ans de luttes de femmes, à l'intérieur desquelles les femmes n'ont nullement , comme vous le prétendez, dit "les femmes sont comme ceci ou cela," mais simplement permis aux femmes de se nommer elles mêmes, et d'analyser leurs expériences, de déterminer le champ de leurs luttes. C'est à dire un champ politique.Décider qu'il faut rester silencieux sur la différence est absurde. La différence exprimée n'est pas la différence imposée, et c'est tous les jours que la différence des sexes, la différence de l'expérience des femmes se joue. Vous êtes en train de "jeter le bébé avec l'eau du bain",( comme certaines tendances du féminisme), car une telle attitude fait disparaître les femmes, purement et simplement. Surtout, surtout, chut, silence, nous sommes des hommes comme les autres!!!!! Ainsi, il n'y a plus qu'une représentation masculine triomphante. L'analyse que vous faites est très restreinte, et ne tient pas compte d'énormes champs de recherche , et débats entre les différents courants de luttes de femmes, depuis 1970 jusqu'à maintenant, aussi bien en Europe qu'aux Etats Unis. Croyez moi, le Magistère ne s'est jamais rapproché du MLF, de quelque tendance que ce soit, car revendiquer que notre corps soit à nous, lutter pour que le viol soit jugé aux Assises revendiquer l'homosexualité, leur paraissait très dangereux. Il n'y a donc aucun péril à constater et analyser l'expérience spécifique des femmes, pour qu'elle soit reconnue, et que les femmes existent en parallèle et en accord avec les hommes pour la construction d'un monde juste. Un monde qui n'est plus phallique. Un monde quine bâillonne plus les femmes. Voilà les femmes catholiques deux fois censurées: une fois par l'Eglise, qui prétend dire à leur place qui elles sont, une fois par vous, qui les passez à la trappe. J'avoue que je renonce8

Michelle, vous dites que vous renoncez, je crains que vous ne vouliez pas entendre. L'article d'Anne ne dit pas ce que vous en entendez. Depuis l'origine, vous nous soupçonnez, sans cesse, vous revenez au nom de votre expérience d'une face de la lutte historique des femmes pour leur émancipation. Comme il est naturel, dans chaque lutte, il y a des courants distinct, des corpus d'analyse et des systèmes de pensée distincts. Nous avons déjà dit que nous avions fait un choix, qu'Anne rappelle avec fermeté dans son article. Ce n'est pas le vôtre, dont acte. En fait, ce que je déplore, c'est votre ton, toujours condescendant. Il me navre.

Bonjour Anne Quand j'évoquais d'ouvrir au clergé une porte au féminin dans l'Eglise, je ne pensais pas du tout à la caricature du féminin édicté déjà par le clergé masculin non pour eux-mêmes mais pour les femmes (avec une volonté de domination totalitaire de celles-ci). Je pensais à les ouvrir à leur part féminine à eux, c'est à dire, à se surprendre eux-mêmes en tant qu'êtres portant en eux une large part féminine, généralement mise au rencart, ou du moins très marginalisée (tout ce qui est du registre des sentiments, des émotions, de l'affectivité est banni au sein du clergé). Ce qui fait que le clergé masculin pourrait sortir justement d'une vision genrée du féminin, et pourrait l'inclure dans son identité et dans son mode comportemental. La vision genrée exclut, discrimine, oppresse. En sortir en constatant que l'identité humaine est un composé des deux qu'on soit homme ou femme, c'est un moyen de pouvoir se reconnaître ensemble dans une même humanité et donc dans une réelle égalité. Hélas, je trouve que les femmes qui ont conquis du pouvoir religieux ne font pas mieux que leurs homologues masculins. Si je regarde par exemple Delphine Horvilleur sur la question du mikhvé et du get, elle reste pour un rabbin libéral extrêmement tradi alors que ces aspects de la religion juive sont sources principales de discrimination entre hommes et femmes et amènent énormément de souffrances. Les femmes pasteurs ne sont pas plus ouvertes non plus...Donc il me semble que l'égalité de pouvoir religieux ne change hélas pas la discrimination et l'inégalité hommes femmes. Et c'est pareil en politique. Je suis souvent surprise de voir que les femmes sont toutes aussi réactionnaires et discriminantes à l'égard de leurs consoeurs que leurs homologues masculins, même ayant du pouvoir. C'est pourquoi je suggère de sortir d'une vision genrée. Et de l' illusion suivante que le pouvoir une fois dans les mains féminines, il y aura des avancées religieuses et politiques et sociales bonnes pour nous les femmes, plus d'égalité. Pour moi, au regard de ce que je peux observer dans d'autres religions, en politique aussi, c'est une illusion liée à notre part masculine de survie, méprisant notre part féminine. La solution est ailleurs...

Me voilà sincèrement désolée si je vous parais condescendante;ce n'est pas mon but. J'ai très bien entendu ce que dit Anne: qu'elle souhaite laisser l'élaboration de sa différence à chacune. Soit. Nous sommes là dans le choix personnel, et plus dans le choix politique, mais c'est une position comme une autre, que je respecte. Non, ce qui me navre moi, c'est le piège que constitue le silence qu'elle prône sur la spécificité de l'expérience des femmes! Parce qu'à ce moment là, les femmes ne sont jamais reconnues. C'est hélas ce que nous voyons à l'oeuvre dans la société civile. Et les femmes ne comprennent pas(du moins les jeunes): elles ont lutté pour l'égalité, et les voilà encore flouées. Si vous allez un peu sur internet, vous verrez que chaque fois que des jeunes femmes dénoncent une discrimination ou une violence, il y a des hommes qui leur répondent "les hommes aussi" pour leur fermer la bouche.Si vous lisez les journaux, vous voyez certainement qu'on essaie de raconter aux femmes qu'un père et une mère, c'est pareil, et qu'on peut couper les enfants en deux etc….Ma crainte (légitime) est qu'au contraire, le magistère (que je connais peu, j'en conviens) n'accuse justement les femmes catholiques en lutte pour l'égalité de nier la différence des sexes , comme certains courants radicaux. Ils ne connaissent absolument pas les subtilités des courants de luttes de femmes. Et au niveau symbolique, les femmes risquent de se perdre.

Nous n'avons jamais contesté la spécificité de l'expérience des femmes. Naître femme dans une société encore largement marquée par la domination masculiniste est en effet une expérience spécifique. En revanche, nous refusons ce que le magistère veux nous imposer, c'est-à-dire une différence ontologique. Car c'est au nom de cette différence ontologique dont il (le magistère - exclusivement masculin) prétend qu'elle serait une volonté divine - quand la bible dès l'origine établit bien l'unité du genre humain homme et femme - que les femmes sont traitées comme des baptisées de seconde zone et considérées comme inaptes à l'exercice des responsabilités. Le modèle "d'épanouissement qui leur est fourni est celui de la Vierge": servir et se taire. Idéal féminin appuyé sur deux citations de l'Écriture: "Je suis la servante du Seigneur" et "elle gardait tout cela en son coeur". Tout le reste, tout ce qui se passe entre Jésus et les femmes, par exemple, aussi bien que le fait que la résurrection soit annoncée d'abord aux femmes est tout simplement ignoré ou gommé. La parole magistérielle glorifie la "différence des sexes" pour mieux assigner les femmes à leur ordre "naturel, celui du silence, du service, de la méditation, de la maternité, de la pudeur, de la virginité, etc…

Merci, Anne, pour ce texte très clair qui donne bien la ligne directrice du Comité de la Jupe. J’y retrouve l’analyse qui m’a fait rejoindre le CJ, le rejet d’une structure patriarcale qui rigidifie les rôles et les fonctions, enferme les femmes dans leur famille et dans l’espace privé en survalorisant leur statut d’épouse et de mère, en opposition aux fondements philosophiques des démocraties occidentales, qui posent l’égalité juridique et sociale et donnent aux femmes la possibilité d’un accomplissement bien plus satisfaisant. En revanche, je suis gênée par la fin de l’article qui va dans le sens d’une autodétermination des hommes et des femmes qui choisiraient rôles et fonctions dans une liberté sans limites. Ce me semble un motif de la modernité qui a son revers ; cette liberté de s’autodéterminer, qui est présentée comme légèreté de l’être, peut aussi être vécue dans un flottement, sans assises, entraînant des souffrances bien grandes. Et je vais employer des termes désuets, mais ce sont les seuls que je trouve : s’il y a volonté de Dieu, projet sur l’humanité, les Chrétiens ne doivent-ils pas chercher cette volonté et s’y conformer ? La théologie, longtemps, a considéré que la loi naturelle était l’expression de la volonté divine. On sait en quel discrédit se trouve aujourd’hui ce concept de « loi naturelle ». Et je pense que la crise dans laquelle se trouve l’Eglise est aussi une crise intellectuelle, une impuissance à exprimer de manière intellectuellement recevable ses fondements et sa théologie. Comment penser l’universalité de la nature humaine et la différence des sexes ? Quoi qu’il en soit, il me semble important de poser l’égalité juridique et sociale comme un bien pour les femmes et d’interroger l’Eglise à ce sujet. Dans la société civile, l’émancipation des femmes est en train de se faire. L’Eglise la freine, quand elle ne s’y oppose pas de toutes ses forces. Or, elle se fera sans doute, mais sans l’Eglise et, parfois, contre elle. Et pourtant, nous aurions besoin que l’Église l’accompagne, en proposant des critères de discernement, pour vivre cette émancipation d’une manière chrétienne. Des prêtres, dans leur pastorale, le font parfois, notamment dans la ligne de Saint Ignace, qui a tant parlé du discernement, mais la théologie de l’Eglise, à l’égard des femmes, n’a pas varié. Théologie, pratiques de gouvernement, pratiques liturgiques paraissent aujourd’hui en porte-à-faux par rapport à ce que vivent les femmes dans la société civile et par rapport à la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes. Le Comité de la Jupe a de beaux jours devant lui ! En tout cas, il a du travail !

De même que le Christ n'a pas dit qu'il est Dieu (ou que l'Esprit saint l'est) , de même Il n'a eu aucun discours sur la différentiation des sexes .Mais l'absence d'une parole où Jésus se proclame Dieu n'a pas dispensé l’Église de réfléchir sur sa nature (et celle de son Père et de l'Esprit saint),les similitude et les différences par rapport aux 2 personnes de la Trinité .Je ne vois donc pourquoi l’Église ne devrait pas aussi réfléchir sur la nature de l'Homme et de la Femme .Il me semble que lorsqu'on lit la parole de Dieu dé la Genèse à l'apocalypse on se rend facilement compte que la différenciation des sexes n'est pas accidentelle, mais essentielle.Et pourquoi alors renvoyer la question des différences de sexe dans le domaine privé alors qu'elle est sans cesse exploiter par la photographie , la publicité , la musique (clip) , la pornographie , qu'elle se pose plus que jamais aujourd'hui dans le domaine de la famille , de la sexualité ,dans les universités (avec les études du genre) et qu'on a jamais autant parlé de l'égalité salariale et de la parité ? Il faut quand même rappeler que la réflexion de l’Église sur les différences hommes et femmes ,sur l'économie ,sur l'écologie , sur l'éthique ... n'est pas un dogme. Personne n'est obligé d'y croire .Mais pour élaborer une théologie réaliste et pour dialoguer avec le monde l'Eglise se doit de réfléchir et d'apporter sa contribution dans le débat ,elle que Paul VI dit "experte en humanité ".

@Julie B: quand on apprend la façon dont des religieuses de cette Église "experte en humanité", en Irlande, ont accueilli des fille-mères et le "fruit du péché", on commence un peu à douter de l'expertise.

Croire que, de la Genèse à l'Apocalypse il s'agit de la parole de Dieu paraît léger ou conformiste. Écrits de divers groupes d'hommes, élevés dans le service du temple et des puissances temporelles: oui. Parole de Dieu: impossible. Écrits d'hommes en service et aussi d'hommes cherchant à s'élever et élever leurs contemporains vers l'inaccessible oui. N'est-ce pas, à chacun de nous de nous joindre à eux? L’Église, qui est-ce. Sinon la cohorte des humains de bonnes volontés pas très bien représentés par les seuls hauts clercs, et ceci en tous temps.

Je résiste à la tentation d'intervenir dans la discussion entre Michelle et Christine. Le texte d'Anne est trop important pour que nous le sabottions en ressuscitant encore les vieilles querelles entre féministes. Oui, le point de départ énoncé par Anne est capital. Il faut dénoncer le sophisme du discours ecclésial officiel qui prétend que l'égalité tue la (précieuse) différence. Est-ce que l'égalité de droits entre les êtres humains tue les différences entre eux? Est-ce que l'égalité de droit entre les nations tue les différences culturelles? Il est vrai que la diversité culturelle entre les nations et les cultures du monde est actuellement menacée; mais pas par le principe d'égalité: elle est menacée par l'hégémonie des grandes puissances politiques et économiques. Et c'est la même chose pour les différences entre les humains. Ce n'est pas l'égalité qui tue la différence, c'est le modèle unique, stéréotypé, hégémonique de la différence entre hommes et femmes qui tue les différences entre les femmes, et qui tue les différences entre les hommes, et qui tue les différences entre les multiples façons possibles d'être un homme en face d'une femme, une femme en face d'un homme, une femme en face d'une femme, un homme en face d'un homme. Dans notre grand mythe fondateur, le récit de la Genèse, la première parole émise par un humain n'est-elle pas: celle-ci est la chair de ma chair, et l'os de mes os? Est-ce l'énoncé d'une différence, ou d'une similitude? Ainsi le premier moment où l'argile modelé par Dieu devient un être humain, c'est-à-dire un être de parole et de relation, c'est le moment où Adam reconnaît Eve comme semblable à lui. Il faut vraiment savoir d'avance ce qu'on veut entendre pour y entendre une proclamation de différence!

Parler de "la prédication liturgique et de la représentation du Christ au sein de l’assemblée eucharistique" pour les femmes, c'est clairement suggérer l'ordination des femmes. Si cela se réalise un jour, je me demande s'il y aura beaucoup de candidates. Les femmes qui s'investissent dans l'Eglise aujourd'hui, ont une moyenne d'age d'environ 55-60 ans. Les jeunes générations sont très absorbées par leur travail et leurs loisirs, et pour ma part, je ne connais aucune femme de vingt ou trente ans qui parle d'être prêtre un jour.... Est-ce que réellement nous allons sur la bonne voie ? N.B. Parmi les commentateurs de ce texte, personne n'est choqué par la comparaison du chien (pelé) et de la femme ?

Toutes les filles de 18 à 30 ans (ayant une connaissance du christianisme et le plus souvent croyantes) que je connais haussent les épaules quand je parle de mon engagement en faveur des femmes dans l'Église catholique. Elles me prennent pour une douce timbrée rêveuse. Pour elle, cette Église est définitivement condamnée, un fossile, et bien sûr, elles ne s'y voient pas un instant, ni comme pratiquantes, ni comme célébrantes.

L'Eglise en tant que lieu de pouvoir clérical est irréformable. C'est moche à dire, mais c'est la réalité. L'institution le montre tous les jours et elle s'est tellement radicalisée ces dernières années, mettant en avant et en valeur en son sein, différents groupes intégristes depuis JP2, que ce n'est plus qu'un refuge pour intégristes qui s'accrochent au pouvoir comme des moules à leur rocher et qui instrumentalisent Dieu pour conserver ce pouvoir sans lequel ils ne sauraient vivre. En même temps, le monde ébahi découvre peu à peu (par le témoignages d'hommes, de femmes, d'enfants) les horreurs commises depuis des siècles par ce pouvoir clérical au nom soit-disant de Dieu et cela ne donne pas envie du tout de rejoindre cette clique de manipulateurs pervers narcissiques, immatures psycho affectivement et passant leur temps à être dans le déni et d'eux-mêmes et de la société dans laquelle ils vivent. Dieu mérite mieux que ça et nous femmes, méritons mieux que cela aussi... La fonction pastorale cléricale est à réinventer sur de nouvelles bases, beaucoup plus larges de mon point de vue que la fonction actuelle. Et doit sortir de la notion de pouvoir autoritaire et totalitaire pour véritablement être témoin de Dieu.

J'ai 43 ans demain et c'est sûr que je suis très absorbée par mon travail, ma vie de famille, mes responsabilités diverses. La dimension de prêtrise ne me tente pas parce que j'ai l'impression de la vivre à l'intérieur de mon travail professionnel d'une certaine façon. Parce qu'il y a dans mon travail professoral, une grosse dimension d'éducation populaire, qui porte en elle quelque chose de vivifiant que je me sens la responsabilité citoyenne et spirituelle de transmettre et qui en même temps me dépasse et me fait aussi avancer et dont je sais que cela fait aussi avancer mes élèves, même si je ne parle jamais de Dieu. Il me semble donc, au regard de cette expérience forte quotidienne, qu'il y a plusieurs façons d'être prêtre. Réduire la fonction de la prêtrise au seul clergé c'est un peu réduire l'amplitude du don de Dieu pour chacun(e). Nous sommes toutes déjà prêtres dans les actions que nous menons dans nos vies, dans nos façons d'échanger avec les autres, dans nos façons de transmettre notre foi, nos passions, notre engagement personnel. Et ça dépasse la seule fonction cléricale, ça va beaucoup plus loin que ça en terme de rayonnement. Si je suis d'accord avec le fait qu'une femme doit pouvoir être prêtre autant qu'un homme, je ne suis pas sûre que le hochet du pouvoir clérical change quoi que ce soit dans l'Eglise en terme d'état d'esprit, d'ouverture, etc. Parce que la conquête de cette fonction, que je l'observe chez les protestants comme chez les juifs libéraux, ne fait pas des femmes rabbins et pasteurs des personnes plus ouvertes que les hommes dans les mêmes fonctions. Parce que le pouvoir en général corrompt et que le pouvoir absolu clérical corrompt absolument. Et j'allais dire fossilise les êtres qu'ils soient hommes ou femmes. C'est valable dans tous les domaines professionnels. C'est valable en politique également. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut renoncer à revendiquer la prêtrise. Mais l'envisager de façon plus large, moins limitée, me semble beaucoup plus porteur.

@ Julie Je crois que vous interprétez extensivement ce que j’ai dit. J’ai dit que le contenu de la différence des sexes n’était pas abordé dans les grands textes fondateurs de la Genèse et que Jésus ne s’y intéressait jamais. Pour lui, la « vocation spécifique de la femme », c’est : « Circulez, il n’y a rien à voir ». Donc, ne me faites pas dire que je méconnais le caractère essentiel de la différence des sexes : la différence est fondée par Dieu, son contenu appartient aux hommes et aux femmes. Je crois que vous devriez plutôt rappeler cette grande vérité au Magistère lui-même, à ces assemblées de clones…. qui gouvernent, sanctifient et enseignent sans se soucier le moins du monde du caractère essentiel de la différence…. Oui dites-moi, qu’en font-ils ? Ils prêchent et ne font pas, comme les pharisiens de Luc ! Quant à l’expertise ecclésiale que vous invoquez, elle s’applique d’abord et surtout sur les matières de foi. En matière culturelle et même anthropologique, elle est en concurrence avec les diverses expressions de la société. C’est pourquoi je conteste que vous mettiez sur le même plan la reconnaissance de la divinité de l’Esprit et la « vocation spécifique de la femme » dont l’appui scripturaire est nul, inexistant - du vent ! - et dont la pertinence culturelle est dépassée. La recevabilité du dogme ne se situe ne se situe pas au même niveau. Mais ceci dit, bien sûr, l’Église elle peut et elle doit dire ce qu’elle pense, mais son discours sera d’autant plus crédible qu’il aura été élaboré par des hommes et des femmes, par de vraies communautés où la parole libre circule. Un discours surplombant masculin est aujourd’hui inaudible. Il est à raison jugé oppressif.

@Christine, Pourquoi ne pas déplacer le combat des femmes dans l'église ? Partant du constat que les laïcs qui s'investissent sont à 80% des femmes, on pourrait demander la parité et demander aux hommes de faire le catéchisme, la préparation des messes et des obsèques, de fleurir et balayer les églises etc...Quand cette parité sera acquise, on y verra peut-être plus clair ?

Le rêve ne doit pas entraver le devoir de lucidité! A la lucidité de raisonner le rêve. Dans ma commune, la question est "que faire de l'église?". Ce n'est pas la première église, pas la seule et pas le fait du hasard, mais le fruit inévitable de l'attitude de l'institution qui a choisit le concile de Trente contre Vatican II. Cela prouve à mes yeux que c'est l'institution qui a peur et pas du tout les jeunes auxquels JPII s'est adressé histoire de masquer sa peur pour l’Église confondue, selon la tradition, avec l'institution: quel sophiste maladroit!!! Les gens ne sont pas plus bêtes en ville qu'en campagne. Ils sentent que : 1/les clés sont aux mains de l'évêque sous contrôle du nonce aux ordres du pape, 2/les gens des paroisses, écartées de toute participation vraie aux décisions, ont pris de la distance. La plupart se sont affranchis des formes sans renier le fond, au contraire peut-être, car cette situation oblige à penser par soi-même au lieu de se satisfaire du prémâché sorti du congélateur conformiste des séminaires. Ces gens là sont, en nombre, plus l’Église que celles qui assurent les services (ménage fleurs, liturgie préparation au mariage, caté, ... ). L'institution a tellement survalorisé des mouvements ultra conservateur, "tout nouveau tout beau", parfois totalement horribles, que la décrépitude s'est accélérée. Oui, les gens ne sont pas tous bêtes. 3/ Les gens ont compris que quand François fait des phrases sur Lampedusa ou le mondial de foot, il fait de la "com", que quand il reçoit en audience privée Mme de la Rochère il fait de la "politique" (il faut encourager les généreux donateurs et les dames patronnesses). Il y en a qui rigolent, d'autres que cela peine. 4/ Les hommes et femmes qui refusent de servir les sophismes cléricaux ont évangéliquement raison et les femmes et clercs (pape en tête) qui servent, malgré ces sophismes, une institution vérolée n'ont pas complètement tort.

Ania vous avez raison... sauf que c'est le même combat !!! Si les laïcs sont à 80% des femmes c'est parce que ces fonctions sont dévalorisées, comme de manière générale être catho est dévalorisé. Le discours de l'Eglise n'attire pas les hommes, sauf le discours "tradi" qui est le plus sexiste. (j'exagère un peu mais pas tant que ça...) On demande déjà aux hommes de faire le caté et tout le reste. Ils ne veulent ou ne peuvent pas. Le caté c'est le mercredi après midi, ils travaillent. Les femmes travaillent aussi mais il y a quand même une femme au foyer qui acceptera, pas un homme au foyer. Les fleurs, "un truc de femme", chanter "un truc de femme" (ah oui dans les chorales laiques on manque d'hommes autant que dans les églises....) Hors de l'Eglise c'est pareil. 80% des bénévoles associatifs et 80% des salariés associatifs sont des femmes. Ce sont des emplois mal payés, peu prestigieux, et dont la souplesse horaire permet de s'occuper des enfants. Les femmes les acceptent parce qu'elles ont besoin de ce temps maternel et les hommes les refusent parce que trop mal payés. La seule exception c'est le sport, parce que le sport est dans notre société une activité valorisée, surtout pour les hommes. Pour ma part je milite pour une pastorale des garçons intelligente, qui fasse le lien entre leurs aspirations "stéréotypées" et le message de douceur et de bonté du Christ. Et une pédagogie du caté qui s'adapte aux besoins des garçons... et des filles qui ne sont pas "scolaires". Je connais deux pères-catéchistes. Ils le disent : dans leur groupe, les garçons s'em... parce que le caté c'est comme à l'école et qu'ils en ont déjà trop avec l'école. Le scoutisme marche mieux parce que c'est plus physique. Bref, les causes de la trop grande féminisation de l'Eglise sont exactement les mêmes que celle de sa trop grande misogynie : une société sexiste.

Bonsoir à tous et toutes Merci Anne Soupa pour ce texte. Je pense que votre critique peut certes englober pas mal de femmes catholiques. Mais il y a aussi des femmes qui ne réagissent pas comme vous le pensez sur la question. Pour moi qui suis dans la quarantaine, hommes et femmes ont une identité double rassemblant féminin et masculin en chacun d'eux. Je considère donc que je possède aussi bien un masculin qu'un féminin en moi et que c'est l'union des deux qui fait mon équilibre et mon identité. A partir du moment où je vais mépriser l'une ou l'autre dimension, je vais entrer en malaise profond et en difficulté relationnelle et identitaire. Pour moi le patriarcat comme pourrait le faire aussi le matriarcat, dissocie en chacun masculin et féminin, les mettant en opposition, en guerre. Non seulement en mettant en guerre les hommes contre les femmes et vice versa, mais en guerre intérieure aussi. Et du coup, nos relations hommes femmes ne peuvent pas avancer ni évoluer positivement. Et nous ne pouvons pas non plus avancer intérieurement. Donc je ne vois d'espoir et de dénouement heureux que dans l'acceptation de chacun, chacune, de sa double identité féminin-masculin. Et c'est cette démarche intérieure d'acception qui de mon point de vue, nous mènera à l'égalité et à la reconnaissance mutuelle dans le respect, la paix et le dialogue. Au sein de l'Eglise, il faudrait je crois que nous osions ouvrir une porte au clergé masculin pour lui permettre d'exprimer le féminin en lui, et aux femmes et clergé féminin d'exprimer le masculin en elles. Il me semble que ce n'est qu'ainsi que nous pourrons ensuite démontrer l'absurdité de l'exclusivité masculine sur les responsabilités pastorales et cléricales et l'absurdité de la relégation féminine aux tâches domestiques.

@ Françoise Je suis très sensible à votre propos et presqu’impatiente d’y répondre parce que vous soulevez une question essentielle et a priori pacifiante qui est celle de la double identité en chacun, masculine et féminine. Je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec vous. Pleinement consciente, d’abord, que chacun de nous marie en lui, de façon unique, le féminin et le masculin. La thèse est ancienne, et elle a été développée par Freud sur des bases cliniques. Mais ce que j’ai dit dans mon article n’entame en rien cette conviction. L’égalité juridique et sociale que nous appelons de nos voeux ne va pas contre la bisexualité, elle, elle est ailleurs. La théorie de la bisexualité est « ontologique » et aussi à la disposition de chacun pour la mettre en œuvre dans ses comportements. Mais ce n’est pas elle qui fonde nos droits, en tous cas, cela ne me paraît pas une justification à nos droits : ceux-ci viennent de ce que nous sommes tous des êtres humains. Vous dites à juste titre que le patriarcat tue l’association des deux, comme le matriarcat. Dieu merci, nous ne prônons pas que le matriarcat remplace le moribond patriarcat ! Mais attention, cette bisexualité est déjà à l’œuvre dans l’Église. Vous me faites donc sursauter quand vous dites qu’il faut ouvrir au clergé une porte au féminin, car la moindre observation montre qu’il s’en est emparé depuis toujours ! Dans l’Église, les qualités « dites féminines » de douceur, de paix, de non intrusion, de réceptivité, voire de passivité, sont extrêmement à l’honneur. Toute la spiritualité chrétienne (attente et accueil de Dieu, passivité de l’âme…) s’est construite sur le féminin, en tant que « genre. Mon travail m’a conduit à me rendre compte que cette utilisation spontanée du féminin dans l’Église a même rendu INUTILES les vraies femmes, puisque leurs qualités étaient « exportables » auprès des hommes ! Á l’inverse, voyez comme les rares femmes qui ont percé dans l’Église (sauf les mystiques qui, d’elles même s’étaient souvent mises en marge et ont souvent eu maille à partir avec l’institution) ont dû, pour se tailler une place, développer les qualités dites masculines (pensez à la BD Sœur Marie des Batignolles, qui reprend un modèle classique, celui de la Panzer-religieuse qui n’a peur de rien). Donc, ce modèle de la bisexualité me semble en effet riche pour poser son identité, mais il n’est pas performant pour parvenir à l’égalité de droits. Sa mise en œuvre n’a rien changé dans l’Église, au contraire. Hélas !

Je suis toujours un peu gênée quand j'entends dire,comme vous, Anne, ou comme Françoise, que "chacun de nous marie en lui le masculin et le féminin". Je suis gênée parce que je partage l'idée qu'il est bon, pour tout être humain, d'être libre de développer les potentialités considérées traditionnellement comme masculines ou féminines. Je suis donc d'accord sur le but que nous considérons comme désirable. Mais je suis gênée de vous entendre parler du "masculin" et du "féminin" comme de choses dont la définition serait posée a priori et claire pour tout le monde. Il y a, dans l'usage de ces substantifs, un reste d'essentialisme que je ne partage pas. Évidemment, je sais que c'est un peu long de dire "les potentialités traditionnellement considérées comme masculines" au lieu de "le masculin". Mais n'oublions pas que changer le langage fait partie des moyens de changer notre façon de penser, et donc, indirectement, c'est aussi une façon de changer le monde. D'autre part, l'existence en nous de toutes les potentialités traditionnellement allouées aux deux sexes, ce n'est pas de la "bisexualité". C'est de la bivalence de genre, mais le genre n'est pas lié au sexe. On peut être fortement bivalent quant au genre, et pas du tout bisexuel (au sens de l'attirance physique pour les deux sexes); et inversement: on peut être bisexuel et fortement typé quant au genre (c'est-à-dire très féminin-ine ou très masculin-ine. Bon, je chipote, tout ceci n'est pas de l'ordre du désaccord, mais de la nuance.

Cependant bien d'accord avec vous, Anne-MArie H, la bonne santé mentale commence par une stricte hygiène verbale.

Belle et bonne nuance. Je souscris tout à fait, Anne-Marie. En parcourant le web, j'ai remarqué que cette double identité masculine et féminine présente en chaque homme, chaque femme est reprise par la théologienne Annick de Souzenelle dans différentes entrevues. J'aime bien son approche. Je vous met un extrait qui concerne le féminin: http://www.youtube.com/watch?v=zF4rOKG37Z8

Le seul problème chère Anne Soupa c'est que vous êtes un de ces rares bibliste catholique (vous n'êtes pas la seule) qui considère que certains lettres de St Paul ne sont pas "parole de Dieu " ou du moins qu'ils le sont moins. Pourtant dans la liturgie nous disons d'eux "parole du seigneur" et nous répondons " nous rendons grâce Dieu". Par exemple votre lecture de la Genèse notamment sur la question de l'Homme et de la Femme s'oppose totalement à celle de St Paul , le seul problème c'est que l’interprétation de St Paul est parole de Dieu et non la votre .Alors comment ne pas soupçonner votre lecture de la Bible d'être au service de votre vision de l'Homme et la Femme .

Votre compréhension de ce qu'est la "Parole de Dieu" est totalement fondamentaliste. La Parole de Dieu n'est pas textuellement les écrits de saint Paul. Votre vision est plus apparentée à celle de l'Islam qu'à la Tradition chrétienne. Mais si vous faites cette lecture fondamentaliste de saint Paul, je suppose que vous portez le voile et les cheveux longs. Sinon, ce serait bien aussi d'évitez les hypocrisies comme les "chère" Anne Soupa dont vos propos montrent qu'elle ne vous est aucunement "chère".

Evidemment qu'il faut interpréter la parole de Dieu .Je suis par exemple conscient du bien fondé de l’utilisation de la méthode historico-critique dans l’interprétation de l’Écriture .Mais lorsque nous avons la chance qu'un passage de la parole de Dieu fait une exégèse et une interprétation d'un autre passage de la parole de Dieu (sans toutefois l’épuiser) il me semble que c'est c'est présomptueux de faire une interprétation totalement opposé à celle de la Bible au lieu de l'enrichi .Or c'est malheureusement ce qu'Anne Soupa fait du moins sur cette question de l'Homme et de la Femme. Sa lecture et son interprétation théologique et exégétique d'Adam et Eve dans le livre de la Genèse est totalement contraire à celle que Paul en fait .Alors qui croire ?

Est-ce que vous savez que saint Paul ne dit pas la même chose de façon univoque à travers ses écrits. Par exemple Galates au chapitre 3: "Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus. Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse." Alors, selon vous qui dois-je croire? Paul ou Paul?

Entendu, Anne-Marie, il s'agit bien du "traditionnellement reconnu comme masculin et féminin" dont je parlais, et vous ne chipotez pas, vous dites le fond, avec justesse. Ce que J'ai voulu dire, c'est que l'interdit qui pése sur la transgression de genre dans les faits, pour les gens, c'est bien celui de la transgression du culturellement masculin et du culturellement féminin. Donc, il est bien "opératoire" de vouloir libérer en chacun le masculin et le féminin.

Oui, nous sommes d'accord. Je n'en doutais pas, d'ailleurs! Mais le but ultime (peut-être utopique, mais peu importe) est bien de faire que ces associations, entre style de comportement et différence des sexes, disparaissent. (Aïe, aïe, aïe! ils vont encore dire que nous voulons l'indifférenciation générale!)

Merci pour ce texte, qui dit ce que je me tue à répéter à de par ailleurs excellents amis (même si l'amitié est menacée, hélas, à force de ne pas se comprendre...). Et merci à Anne-Marie H. (nous nous croisons ailleurs sur le net !) pour cette précision langagière. Il faut lutter pied à pied pour cesser la caractérisation genrée des actes et comportements.

Hommes femmes : Égalité ET différence pour "encore" illustrer ......ce "ET" Samedi 14 juin , j'assistais à la confirmation de ma petite fille à l’église Notre Dame de Grâce de Passy. Lors de son homélie, l’officiant, rappelant la symbolique de ce sacrement, a également rappelé le rôle des parents dans la transmission de la foi. Il a, entre autre, illustré son propos en suggérant que les pères, en emmenant leur fils au « restaurant », pouvaient échanger sur l’importance de la foi dans sa vie. Et les filles ? eh bien, c’étaient « en faisant des courses » avec leur mère……. Ce type de stéréotypes est inadmissible, j’en ai personnellement été témoin lors de , ce qu’on appelait à l’époque (1945) « la communion solennelle ». Ma mère à qui je demandait « pourquoi », m’a répondu « le prêtre est le représentant du Père, quand il dit la messe, mais dans la vie de tous les jours c’est un homme comme les autres, avec ses qualités et avec ses défauts » MAIS CE 14 JUIN 2014, IL « DISAIT » LA MESSE ……… Colette Kreder membre fondatrice du réseau d'associations féminines "Demain la Parité" & de "Femmes et Sciences"

Salut en Christ, Je suis un homme, chrétien catholique du XXIe siècle, irrésistiblement tourné vers l'avenir et je m'interroge; où en sommes-nous aujourd'hui dans l'Eglise et dans la société avec le féminisme? Il me semble que ce dernier, s'il ne connaît que ses propres fins = mêmes droits que les hommes, il est certes légitime mais manque de perspective, ce qui réduit l'efficacité du mouvement et peut même le pervertir. Permettez-moi de jeter ici pêle-mêle quelques impressions sur la toile. Lorsque je pense à Femen, j'ai peur. Quand je pense aux Antigones, j'ai encore plus peur. Les propos du Patriarche Kyrill, après l'action audacieuse et pertinente de Pussy Riot, me désespèrent. Souvenons-nous du "womanism" des femmes noires qui incluait des revendications de classe et qui devait faire pièce au "feminism" des bourgeoises blanches. Il y avait du solide là dedans. Où est le grand mouvement, immense espoir de toute une époque, suscité jadis par Martin Luther King, qui rassemblait des femmes et des hommes, des noirs et des blancs? Le nom des Black Panthers est désormais dévoyé et on a vu ces défilés de mauvais augure qui ne rassemblaient plus que des noirs et plus que des hommes. Aujourd'hui, Asia et Meriam sont persécutées pour leur foi... D'après les dernières infos, Meriam est libre! Je demeure un irréductible optimiste (profond optimisme = réalisme qui s'appuie patiemment sur l'Amour et l'Espérance et qui est conscient que l'Esprit Saint travaille la pâte dont est fait le monde). Petite Espérance veille...

Il y a bien des formes de féminisme, selon que l'on est une intellectuelle ou une femme dans le monde du travail (oui, je sais, le travail intellectuel est aussi un travail...), mariée ou divorcée ou célibataire, hétéro ou homo, mère ou sans enfants, jeune ou mure ou âgée, selon qu'on fait partie, professionnellement, de ceux-celles qui commandent ou de ceux-celles qui obéissent, etc. Quand vous dites que le féminisme manque de perspectives, je ne suis pas tout à fait d'accord. Il y a beaucoup de femmes qui pensent, qui réfléchissent avec grand sérieux sur le sens, pour l'humanité, de la dualité des sexes. Mais peut-être que ces femmes-qui-pensent n'ont pas assez de lien avec les femmes-qui-luttent. Et, est-ce que le but du féminisme, c'est seulement l'égalité des droits? Si c'était cela, les féministes des grands pays développés n'auraient plus rien à faire, sinon soutenir les femmes des pays moins développés, où cette égalité n'est pas acquise. Mais le droit ne suffit pas: il faudrait aussi la réalité!

Salut en Christ, soeurs bien-aimées, S'il est vrai que l'ordination des femmes devrait déjà être une réalité dans l'Eglise et que dans le monde l'égalité des droits hommes-femmes doit être réellement appliquée, s'il est vrai également que la question est bien entendu complexe en fonction de la situation concrète dans laquelle une personne peut se trouver, il n'en est pas moins vrai - et l'évolution du "feminism" est là pour nous le montrer - que le mouvement doit avoir de solides racines et une perspective qui le dépasse pour pouvoir réellement servir le développement et l'épanouissement de la Personne homme ou femme. Le "womanism" a compris cela. Nommer Christine Lagarde à la tête du FMI n'a pas changé la face du néo-libéralisme et si demain une présidente nationaliste devait accéder au pouvoir en France, elle ne nous sauverait pas du nationalisme!

Pierronne, je ne peux vous suivre lorsque vous dites que la simple égalité de droits signe un manque d epersoective.... Quand les femmes sont interdites de parole liturgique, ne gouvernent ni n'enseignent ni ne sanctifient, comment pouvez-vous demander plus? Soutenez-les, faites la grève des lectures si elle ne lisent pas, gardez vos garçons si elles ne sont pas enfants de chœur..... Bien sûr que l'égalité de responsabilités n'est pas une affaire d enfermes. Elle est une affaire humaine, c'est tout et c'est beaucoup.....

Bonjour Je réponds au comm 16279 pour dire que cet extrait de Paul est un de mes passages préférés, merci de l'avoir cité! Je suis certaine d'entendre la Parole de Dieu dans ces mots! (ce qui n'est pas toujours le cas chez Paul) Par ailleurs, quand on parle d'Eve et Adam, il me semble que le mot grec adama veut dire "terre" ou qqch comme ça et signifie homme-humanité (en français, Homme avec un grand H) et que lorsque Dieu crée "une aide" pour Adam, alors on a, en grec ISH (qui est le masculin) et ISHA (qui est le féminin). C'est à dire que Dieu crée l'Humain, puis Ish et Isha, il les crée homme et femme. Je ne m'explique peut-être pas très clairement, pardon! Certains parlaient de la précision du langage, je suis bien d'accord et c'est dommage qu'en français Homme et homme se confondent. C'est pour cela que mon mari et moi, féministes tous les 2, avons choisi ce texte à notre mariage, ainsi explicité par le diacre qui recevait nos consentements. Voilà, ce sont justes 2 choses que m'évoquait la lecture de l'article et des commentaires. Merci au Comité de la Jupe, pour tout le travail et l'éclairage et de susciter ainsi la réflexion et de participer à changer ensemble le monde.

Ancienne syndicaliste, je refuse de croire qu'il y ait des femmes qui pensent et des femmes qui luttent; ce qui signifierait que celles qui luttent ne pensent pas???? Il faut souvent plus de courage-car il y a plus de risques- pour rédiger un tract qu'un essai philosophique. Le clivage entre "intellectuelles" et femmes de terrain est, à mon sens, assez récent, car une des caractéristiques des mouvements divers de Libération des femmes, avait justement été de réunir TOUTES les femmes, de tous horizons. Toute lutte engendrant des modèles, le modèle français est devenu" assimilassioniste". Et certaines philosophes ou essayistes ont pour caractéristique de mettre un pseudo féminisme au service de l'anti-féminisme, c'est à dire qu'elles prônent un modèle de libération codé et obligatoire, dans lequel les travailleuses, conjointes, et mères, ne se retrouvent absolument pas. IL est facile de prêcher l'indifférenciation quand on bénéficie de domestiques, de nurses, et de gros moyens financiers; et qu'on n'expérimentera jamais ce que donne dans le concret le fait que les femmes aient à présent le droit au travail de nuit, même enceintes…Nous vivons dans un monde crée par les hommes et pour eux. Et toute lutte qui ne s'accompagne pas d'un travail pour définir ce que nous rejetons, et ce que nous voulons garder, ou modifier dans ce monde, et de la remise en question de l'aliénation qu'on nous a transmise dans nos têtes, est vouée à l'échec. Pierronne la Bretonne a raison: il ne sert à rien d'avoir l'égalité des droits comme seul horizon, car si les femmes au pouvoir ne sont que des cerveaux d'hommebien formatés en jupons, nous allons droit dans le mur. Et pour ce qui est de l'Eglise, je préfère certains prêtres à des laïques bornées. Je sais de quoi je parle, ayant suivi pendant trois ans jadis mes études au cours Désir, le même que Beauvoir, tenu exclusivement par des femmes; bien pires que les religieuses…. IL faudrait un travail de fonds. Est il fait?

Oui, Michelle, c'est à ce "travail de fonds" que vous appelez de tous vos souhaits, que je faisais allusion dans mes commentaires en me référant au "womanism". Voilà pour la route à suivre, sous peine de voir le féminisme achopper à l'idéologie dominante. Pour ce qui est de votre expérience où vous avez rencontré ces femmes "bien pires que des religieuses", je pense qu'il s'agit d'une question qui relève de la Personne, de sa maturité. Il est ainsi des hommes d'un âge certain qui n'ont pas le niveau de conscience, la sagesse d'une jeune fille de dix-neuf ans. C'est comme cet esprit bourgeois qui n'est pas propre à la classe sociale qu'il évoque a priori, mais que l'on peut rencontrer aussi bien chez l'ouvrier que chez le PDG, aussi bien chez le communiste que chez le fasciste, autant chez le président que chez le patriarche...

Bonjour Michelle Je crois qu'il y a toujours eu des femmes qui pensent et qui luttent mais que les deux actions sont le fait de femmes suffisamment éduquées et émancipées au sens politique et populaire du terme, ce qui implique une situation d'exception avec du temps pour se penser et pour lutter, donc assimilée socialement à une classe sociale aisée même si elle ne l'est pas. Ce qui sépare l'ensemble des femmes de ces femmes qui pensent et luttent. Et ce qui rend la conquête des droits des femmes longue dans son établissement. Parce qu'il faut du temps pour que l'ensemble des femmes qui n'ont pas ce degré de conscience, d'éducation et de pensée de comprendre la nécessité et l'importance de la conquête des droits des femmes. Le clivage intellectuelles et femmes de terrain a été entériné très tôt, à partir du moment où la lutte politique a été de nouveau engagée par les classes dirigeantes contre l'éducation populaire (c'est à dire l'éducation politique de tous tout au long de la vie, voulue par le parti communiste et le CNR mais rejetée par le reste des politiques servant uniquement les intérêts de classes sociales dirigeantes - voir la destruction fin des années 70 de l'université populaire de Vincennes). Pourquoi à votre avis, Michelle, a-t-on remplacé le mot syndicats par le mot partenaires sociaux? Justement pour retirer aux salariés le principe de la nécessité de la lutte. Nous sommes depuis au moins les années 80 si ce n'est plus, dans une pacification sociale des masses populaires par les classes dirigeantes au pouvoir. On ne fait plus de l'éducation populaire (comme dit Christiane Faure, les politiciens n'en ont pas voulu, trop subversif) mais de l'animation socioculturelle. Alors comment voulez-vous que la parole de toutes les femmes ne soit pas confisquée par des femmes qui pensent et non des femmes qui luttent?

Un chouette travail universitaire certes mais qui soulève des thèmes intéressants sur la féminité et l'accès, la reconnaissance difficile du corps des femmes par les femmes elles-mêmes via une interview d'Elsa Dorlin sur le thème de la féminité et des menstruations et comment celles-ci sont perçues par la société et les femmes: http://www.arte.tv/fr/interview-d-elsa-dorlin/2467098,CmC=2495204.html L'interview vient à la suite d'un documentaire qui s'appelle "La lune en moi" et qui était passé sur Arte il y a quelques années. Le propos d'Elsa Dorlin est très intéressant et fait mesurer à quel point il est compliqué pour nous femmes d'avoir un rapport de confiance et de complicité et d'affection avec notre corps et ce qui s'y passe. Et qu'à partir du moment où c'est déjà compliqué pour nous, la société patriarcale (et on peut y inclure les religions) va accentuer cette difficulté relationnelle avec notre corps et va nous stigmatiser nous femmes, par ce phénomène des menstruations. Car on ne le dit pas assez, c'est aussi le fait que nous saignons qui fait que les hommes nous excluent du champ des pouvoirs qu'ils soient politiques, économiques, sociaux ou religieux. En même temps ce corps féminin est quasi déifié par les religions dès lors que fécondé. Ce qui est une contradiction majeure.

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