L’histoire d’Amélie

Mireille

st-pierre-dentremont St Pierre d'Entremont (Savoie)

 

La maman d’Amélie nous a adressé la lettre ci-dessous qu’elle a envoyée au pape au lendemain de Pâques. Fait notable, les services du Pape ont transmis la lettre au Nonce à Paris, qui l’a fait suivre à l’archevêque de Chambéry, qui a répondu par lettre manuscrite à la famille. Á la demande expresse d’Anne Coutelou, nous publions la lettre au Pape et la réponse de l’Archevêque. Cette petite histoire montre une réelle qualité d’écoute et elle encourage, tout simplement… à oser demander. Cher Pape François

 Hier Amélie (ma fille de 11 ans) est rentrée de l'école en m'annonçant qu'elle voulait servir la messe lors de la veillée pascale avec ses copains Grégory et Lucas.

Mais surprise, j'apprends ce matin qu'Amélie n'a pas été conviée, sciemment, parce que c'est une fille !!!... Il y a 20 ans, il y avait des filles qui servaient la messe à Entremont le vieux. Les prêtres d'aujourd'hui, soucieux de recruter une relève qui n'arrive pas, resserrent l'étau, et excluent nos filles. Voilà, Amélie a 11 ans; ce qu'elle désirait c'était vivre la célébration avec ses amis, elle s'en faisait une fête: mais ce ne sera pas possible. On m'avance des arguments bidons sur la vocation profonde de la femme et de l'homme dans l'Église: non il s'agit d'une discrimination pitoyable qui touche une enfant qui voulait juste être avec ses copains, et qui aura bien le temps, à l'âge adulte de découvrir sa vocation de femme. Il s'agit aussi d'une discrimination violente qui touche une petite fille originaire de Chine, adoptée, qui a probablement été abandonnée parce qu'elle est une fille. Ce rejet, parce que cela en est un, vient donc réveiller chez elle une blessure très profonde, et c'est pour moi une grande douleur que ce soit justement mon Église qui en soit responsable. Je n'ai jamais milité dans des mouvements féministes, dans mon diocèse on me connaît bien et on pourrait en témoigner. Mon propos n'est pas celui là. Par contre je crie de douleur devant une Église qui justifie des attitudes étriquées par des grands discours qui ne tiennent pas la route. Que nous sommes loin de cette Église qui rejoint les périphéries, et dont parle le pape François ! Non pas que les femmes soient à la périphérie (et encore, là, elles y sont mises!), mais une Église qui se préoccupe de parler d'Évangile et d'amour ! J'ai honte de dire à Amélie qu’elle ne peut pas être avec ses amis.  J'ai honte d'un message pascal entaché de telles étroitesses. J'ai mal pour tous ces gens qui se sont retrouvés à la périphérie de mon Église, qui ont claqué la porte en criant de douleur parce que l'institution les a condamnés. Aujourd'hui on célèbre un Dieu mis au tombeau.  Quelle tristesse que ce soit l'Église qui le mette encore au tombeau ! Oui, il faut de la foi pour croire que le tombeau sera ouvert et la vie, l'accueil et l'amour plus forts.  Merci pape François de nous redire où sont les priorités, où est la vraie foi. Vous avez beaucoup de travail avec vos prêtres, je prie pour eux.

Et s'ils disparaissent, l'Église continuera sûrement, ne vous inquiétez pas, car l’Esprit de Dieu est plus fort que tout.

Anne Coutelou, catéchiste à Entremont le Vieux, Savoie

Et voici la réponse de l’archevêque de Chambéry :

Madame,

La nonciature de Paris m'a fait savoir que la Secrétairerie d'État au Vatican avait bien reçu la lettre que vous avez adressée au Pape François concernant votre fille Amélie. Il me laisse le soin d'y donner la suite que je juge opportune. J'ai évoqué cette lettre avec le Père Joseph Tombosafy qui saura prendre les initiatives adéquates. Dans les diocèses de Savoie, il n'y a aucune directive qui a été donnée pour qu'une fille ne puisse pas servir. Je pense à Amélie et prie pour elle. Je lui demande, aussi, si elle le veut bien, de prier pour moi. En communion avec vous dans la même foi.

Monseigneur Philippe Ballot

   

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Commentaires

On voudrait connaître la suite ! Quid des "initiatives adéquates" (excusez du peu !) du bon Père Joseph Tombosafy ? A-t-il convoqué son conseil paroissial en urgence ? A-t-il demandé l'effusion de l'Esprit ? Bref, a-t-il ou non franchi un pas aussi périlleux ? consenti à célébrer la messe de la veillée pascale à proximité d'une fille !? Et si oui, a-t-il survécu ? Nous sommes sur des charbons ardents...

Bravo pour cette initiative ….mais enfin, ça agace de lire que surtout la dame "n'est pas féministe, tout le monde peut en témoigner"(!) toujours une tare, d'être pour les droits humains de la moitié de l'humanité….C'est justement à cause d'attitudes comme celles là que les femmes catholiques se sont laissé faire pendant si longtemps...

Merci pour cette lettre simple et si criante de vérité. Moi, quand j'ai été virée par les jeunes prêtres de ma paroisse ( prêtres de la communauté de l'Emmanuel), alors que j'étais responsable de la catéchèse, j'ai écrit à mon évêque... Mais, il ne s'est jamais donné la peine de me répondre... J'aurais peut-être du écrire directement au pape??? Il faudra malheureusement qu'Amélie apprenne qu'une femme , mariée qui ose "réfléchir" un peu , est un danger pour les jeunes prêtres et du coup une habitante de seconde zone dans l'Eglise! Pour rester dans l'institution, y avoir une place, il lui suffira juste d'exceller en balayage, bouquets de fleurs, confection de gâteaux au yaourt et fabrication d'étoiles de Noël...Un peu de caté mais en restant bien à sa place...Surtout ne pas penser... surtout se taire...C'est peut-être cru , mais c'est ce qui fait que les femmes de ma génération ( la quarantaine ) quittent l'Eglise... Je ne parle même pas de mes filles qui elles, sont complètement écœurées!!! Et pourtant, elles savent si faire les gâteaux au yaourt!!! Mais , je leur ai appris à penser... Quelle erreur!!!

MERCI de cet espoir !!!! bravo à vous la maman d'Amélie d'avoir crié ce contre témoignage au Christ et aux paroles de Notre Pape oui chaque fois que l'on exclue une petite fille ou une femme pour son sexe en lui donnant par exemple le titre de servante d'assemblée , en l'empêchant de donner la communion, en l'empêchant de lire on condamne le Christ qui a dit en parlant de Marthe et Marie : "Marie a la meilleure place" non pas parce qu'elle ne servait pas mais parce qu'elle était à l'écoute de Jésus , elle était la disciple ....... un sourire à l'époque ce mot n'avait pas de féminin non plus .................mais on sait parfaitement que l'expression les "disciples" concernaient des femmes et des hommes. pusse Amélie se retrouver vite accueillie autour de l'autel avec ses ami-es

Cette dame a eu 1000 fois raison d'écrire et il faudrait encourager à le faire systématiquement.

On aimerait quand même savoir quelle a été, finalement, la réponse du curé. Personnellement, je trouve la lettre de l'archevêque d'une prudence de sioux. Si je traduis sa réponse en langage clair, il dit: "moi, je n'ai jamais énoncé d'interdit, et le curé fera ce qu'il estime de voir faire". La vraie question, c'est ce qu'il a dit, lui, de vive voix, au curé. Ce que personne de divulguera, bien sûr. Il a peut-être exercé une douce et paternelle pression. Ou peut-être s'est-il contenté de redire le contenu de sa lettre- moi, je n'ai rien contre, mais c'est votre décision. Ce cas est exemplaire, en bien et en moins bien. Oui, on se réjouit que la lettre ait été transmise, du pape au nonce et du nonce à l'archevêque, et que celui-ci ait pris la plume. Mais, non, il n'est pas normal de devoir s'adresser au pape pour avoir une réponse de son curé. Et d'ailleurs il a dit quoi, le curé?

Le Père Joseph Tombosafy semble, d'après le nom qu'il porte,faire partie des ces très (trop???) nombreux prêtres venus d'Afrique ou d'ailleurs afin de porter secours à notre Église de France qui ne trouve plus assez de jeunes mâles se découvrant une vocation cléricale... Je n'ai rien contre les prêtres africains, polonais ou autres mais j'ai l'impression qu'on essaie -en vain- de repriser un vieux tissus qui s'effiloche de tous les bouts... La culture africaine n'est pas la nôtre concernant la place des femmes dans la société... Il n'est pas étonnant qu'un prêtre venu de là-bas reproduise ce qu'il connaît et lui semble normal. Je me pose pas mal de questions... : Notre Église préfère "importer" de la main d’œuvre étrangère plutôt que de modifier ses lois indiscutables et prétendument "divines" quant à l'accès des femmes au ministère presbytéral : jusqu'à quand pourra-t-elle tenir sans devenir totalement ridicule ? Cette main d’œuvre étrangère ne serait-elle pas plus utile dans sa patrie d'origine où les kilomètres à parcourir épuisent ceux qui sont restés? On comprend bien que nos - souvent jeunes - prêtres réservent le "service de l'autel" à des jeunes garçons pensant ainsi les inviter à se poser la question de la prêtrise pour plus tard et donc qu'il ne faudrait pas que des filles osent se poser de telles questions. C'est afin que les femmes n'aient pas de "mauvaises pensées" que le service d'autel, la distribution de la communion, voire les lectures et le lavement des pieds sont devenus des "services" exclusivement masculins. On dit bien que "le ridicule ne tue pas" mais quand même je me demande si notre Église va y survivre.. J'ai bien envie moi aussi d'écrire au pape car j'ai 5 petites-filles qui sont du fait de leur sexe inaptes au service d'autel.... Y pas qu'en Savoie hélas, et ce n'est pas le fait de prêtres venus d'ailleurs....

La lettre de la maman d'Amélie m'a profondément touchée. Elle est vraie, elle sort des tripes. La lettre de l'Evêque, m'a laissée sans voix. Il botte en touche comme on dit dans le sport , il parle la langue de bois comme on dit en politique, en fait il ne dit rien de ce qu'il pense vraiment , il énonce simplement ce que le règlement dit : que c'est à la discrétion du curé, que l'accord ou le refus font partie de ses prérogatives propres. Voilà la balle est bien passée de l'un à l'autre, mais rien n'a été dit concernant les petites filles à l'autel. Nous ne sommes pas plus avancés. Peut on considérer que le pouvoir d'exclure les filles de l'autel est de nos jours quelque chose de "SAIN" et je dirais de "SAINT" ? Personne n'en parle. On peut se féliciter que quelqu'un au Vatican ait lu cette lettre, se soit donné la peine de l'envoyer à Paris qui a fait suivre. Oui, on peut s'en féliciter car c'est un réel progrès. Mais à ma question de fonds, la vraie question " pourquoi le fait de pouvoir participer avec ses copains au service de l'autel, est il dépendant du fait " du prince" en l'occurence du curé de la paroisse, RIEN n'a été répondu !!!! La vraie question est pourquoi les femmes , les jeunes filles, les petites filles peuvent elles être de par la par seule la volonté du prêtre interdites du service de l'autel. Qui lui confère ce droit absolument incroyable de repousser le sexe féminin ? C'est à cela qu'aurait dû répondre l'Evêque.

@Philippe Giron : oui, encourageons les parents à écrire et à mettre en évidence cet incroyable abus de pouvoir qui est de pouvoir "refuser" à une petite fille de servir à l'autel. Un prêtre qui pratique la discrimination sous le regard de toute la communauté ! cela est il vraiment possible sous nos latitudes, à notre époque ? Quel contre-témoignage de l'amour du Père pour ses créatures. Et lorsque l'argument de la "différentiation" arrive, n'ayons pas peur de dire que ce n'est qu'une forme "polie" de dire la "discrimination". Je garde en mémoire, comme un enchantement, la longue file des servants d'autel, garçons et filles, les petits enfants du caté assis tout autour de l'autel, les musiciens jeunes et adultes mélangés, c'était dans mon ancienne paroisse en Haute-Garonne, il n'y a pas trois ans. Une paroisse dont le curé a l'âge de mon fils, une toute petite quarantaine. La discrimination n'est donc pas le fait d'une génération, elle est le fait de prêtres qu'on n'a pas aidés à comprendre la beauté de la parité.

Cela inspire plusieurs commentaires sur le fonctionnement ecclésial. D’abord, qu’une mère de famille choisisse d’écrire au pape et non pas à l’évêque. On comprend bien pourquoi, n’empêche que cela montre bien à quel point les évêques ont été « squeezés » par Rome au cours des dernières décennies. Il y a à reconstruire, de ce côté-là. En renvoyant sur le nonce qui a renvoyé sur l’évêque, la secrétairerie d’État témoigne-t-elle d’un changement durable de fonctionnement ? Le temps seul le dira. Ensuite, la réponse de l’archevêque laisse mal à l’aise. C’est bien qu’il ait répondu mais sa lettre ne dit pas grand chose, on a l’impression qu’il cherche plutôt à se dédouaner sans pour autant désavouer le curé. Il y a une espèce de solidarité systématique entre évêque et prêtres qui est assez déplaisante lorsqu’elle s’exerce aux dépens des laïcs. Et qui pose question car à mon sens, elle n’est pas moralement acceptable. Bref, pour l’archevêque, je dirais : pas mal mais peut mieux faire !

En PACA, nous avons un autre problème, qui a un impact sur la présence/absence des petites filles servantes de messe: l'influence d'un parti politique extrême, de plus en plus grande, et qui fait qu'on en arrive à la présence parallèle des mêmes personnes sur les listes de ce parti, et dans les équipes pastorales!!!! Pourtant, au contraire, pendant des années, le fait d'être catholique était un "vaccin" contre les idéologies d'exclusion. J'ai souvent entendu les anciens curés redire en chaire l'incompatibilité de ces idéologies avec les valeurs de l'Evangile et l'accueil de l'étranger….Que s'est il passé ? C'est très difficile à dire, mais un des résultats est souvent que là où il y avait des petites filles à égalité avec les garçons, et dans la même aube, elles disparaissent pour réapparaître en "servantes d'assemblée" ….ou nulle part! En même temps, retour du latin de + en + fréquent, et plus de messes bilingues, sauf à 1km de la frontière italienne. Eclipsées un temps, les jeunes filles sont revenues avec la nomination du nouvel évêque; l'italien aussi…N'étant pas du tout engagée dans la paroisse, je ne connais pas du tout les tenants et aboutissants de ces faits; je ne fais que les constater. Mais certaines personnes qui l'étaient sont parties, ailleurs , ou chez les protestants. les filles, c'est toujours facultatif, "toléré", à la discrétion des uns et des autres. je n'ose penser à ce que ressentent les jeunes filles ainsi ballotées. Voilà. On a le soleil en lot de consolation, mais en ce lundi 26 Mai , il se voile….

Heureusement chez nous les filles peuvent être servantes d'autel http://www.saintbrieuc-treguier.catholique.fr/sites/saintbrieuc-treguier.catholique.fr/IMG/pdf/flyer_servants_recto.pdf Ça vient de l'article http://www.saintbrieuc-treguier.catholique.fr/Rassemblement-Regional-des-Servants-d-autel-a-Querrien

C'est très important, en effet, que ce document qui comporte des visages de filles parmi les servants, soit diffusé à l'occasion d'une rassemblement régional. Cette image suggère que la "norme", dans ce domaine, est mixte. Toutefois, une image n'a pas la même valeur normative qu'un texte ou une déclaration officielle d'un évêque. Si je me souviens bien des choses que Gonzague nous avait présentées, à l'occasion de la cartographie, les textes officiels laissent une certaine latitude aux évêques pour autoriser ou non la présence de filles parmi les servants d'autel, mais ces indications données par l'évêque ne peuvent pas être contraignantes pour les curés: un évêque n'a pas le pouvoir d'obliger un curé à accepter des filles parmi les servants. Y a-t-il eu, dans la région de Bretagne, une ou des prises de position publiques de l'un ou l'autre des évêques à ce sujet? Éventuellement, des prises de position différentes selon les diocèses?

Notre évêque (Saint-Brieuc et Tréguier) admet parfaitement la présence de filles comme servantes d'autel et il l'a déjà déclaré publiquement.

Tout comme Michelle, je réagis à la phrase qui suggère qu'en Eglise, être féministe serait une tare. Non, ce n'est pas une tare. Etre féministe, c'est restaurer les femmes dans leur dignité et réparer des siècles d'usurpation... Je tempère en disant que cette injure aux femmes a été commise bien souvent par ignorance tant la culture patriarcale était dominante. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Suffisamment de connaissances ont été produites sur les modes de construction et de transmission des stéréotypes sexués. L'ignorance ne peut plus être plaidée. Il est temps de bouger. Oui, être féministe, c'est être humaniste, c'est être évangélique , c'est être fidèle au Christ.

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