Nous les « Bonnes familles »

Nathalie Mignonat.
10 nov. 2014

famillesCertaines voix ont murmuré très fort que, lors des points abordés par le récent Synode, on avait un peu oublié «  les bonnes familles », et que les débats tournaient tous autour des situations de couples et de familles plus fragiles, voire irrégulières. Sans chercher à définir tout d’abord plus précisément ce qu’est une «  bonne famille », je suis surprise de leur étonnement. Dans l’Évangile, le Christ nous répète sans cesse qu’il est venu, non pas pour les bien-portants, mais pour les malades, les brebis égarées, ceux qui se sont mis en rupture d’amour….Ne laisse-t-il pas ses 99 brebis pour aller chercher celle qui a fugué !

Et c’est exactement ce qui se traduit dans les préoccupations synodales : comment retrouver, rejoindre, accueillir, ramener, redonner toute leur place au sein de la communauté, à ces chrétiens, à ces personnes qui se sentent exclues ou qui se sont exclues eux-mêmes de l’Église, à ces nombreuses femmes « divorcées et remariées » qui voudraient bien faire le catéchisme mais n’osent pas, par crainte d’essuyer un refus humiliant, à ces familles un peu bancales, à ces couples remariés qui sont partis, et à ceux qui restent en vivant difficilement de ne pas pouvoir participer pleinement à la communion eucharistique (et à tous les autres sacrements).

 On pourrait même se demander à la lecture de l’Évangile: « Le Christ aime-t-il les bonnes familles ?» Certes, il a posé son regard sur Zachée, sur la Samaritaine, sur Pierre et sur tant d’autres que les Pharisiens considéraient comme des pécheurs, mais il a également regardé le jeune homme riche avec amour, il a salué la droiture de Nicodème, il a eu comme amis, Lazare, Marthe et Marie que je rangerais volontiers du coté des bonnes familles. Si le Christ laisse ses 99 brebis dans le pâturage, ce n’est pas parce qu’il ne les aime pas, mais bien parce qu’il leur fait confiance : il les confie les unes aux autres….ce sont de bonnes familles. Comme le « bon »  Samaritain, elles sauront se faire proches les unes des autres ; le troupeau ne sera pas dispersé et sera prêt à accueillir la fugitive…. D’ailleurs, nos bonnes familles sont effectivement bonnes lorsqu’elles accueillent totalement, avec amour, tous leurs enfants à la table familiale, leurs enfants mariés, leurs enfants qui cohabitent, leurs enfants qui divorcent, leurs enfants qui se remarient, leurs enfants homosexuels. Et c’est bien ce qu’elles font, dans leur grande majorité : leur premier prochain c’est leur propre famille. Et c’est pour cela qu’on peut les appeler «  Bonnes familles »   Alors, certaines de ces familles, engagées dans leur paroisse, faisant partie du peuple de Dieu, membres de l’Église, s’étonnent que cet accueil qu’elles vivent ne soit pas davantage répandu et que l’Église elle-même soit si craintive à inviter toutes les communautés à oser vivre pleinement cet accueil inspiré par le Christ.

Nathalie Mignonat. 

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Commentaires

Ce titre de "bonnes familles" résonne étrangement. Il est illustré par une photo ancienne mettant en scène trois générations d'une famille élargie. Le texte lui-même n'y fait aucune allusion. Mais l'historien du social, de la vie privée et des mentalités, reconnaît sans peine le sujet de son domaine d'études. Pendant deux siècles, la doctrine catholique, vent debout contre la modernité politique et la sécularisation de la sphère publique inaugurée par 1789, s'est parfaitement accommodée du code civil dit code Napoléon (1804), jusqu'à se confondre avec le modèle familial unique qu'il portait. Avec la dernière réforme du code en 2013 (après celles décisives de 1884 et de 1965), le modèle des "bonnes familles" est définitivement appelé à coexister avec d'autres types familiaux tout aussi civilement légitimes et réguliers. La fin du modèle unique appelle une approche théologico-pastorale différente par les clercs. Faute de s'y être préparé sérieusement, en se contentant du confort qu'apportait le régime civil de la famille, pourtant visiblement en sursis, c'est l'impression d'une improvisation générale du haut-clergé qui domine. Cette improvisation doit être questionnée.

Quelle est la définition d'une famille élargie ? la photo n'est accompagnée d'aucun commentaire. Elargie ? rétrécie, normale, "anormale" ? rien ne l'indique mais tout suggère qu'il peut s'agir d'un souvenir familial, de plus l'aspect sepia laisse penser que la photo peut être ancienne( sauf retouches.) Bien sûr le choix de l'image a été dicté par le sujet de l'article. C'est la difficulté d'illustrer un tel sujet car s'il est assez facile de montrer Une Famille : Papa, Maman, les enfants et quelques aieux (et encore) il est plus difficile de définir des critères qualitatifs absolus : "bonnes" ou "mauvaises". Claude Levi Strauss (notamment) a montré qu'il existait d'autres modèles familiaux, efficaces pour assurer la paix sociale, la cohésion de la société et le bonheurs de leurs membres.

Je suis d'accord avec le paragraphe qui dit: "Les familles sont effectivement bonnes lorsqu'elles accueillent totalement, avec amour, tous leurs enfants à la table familiale". Je rêve d'une Eglise qui accueille totalement, avec amour, tous ses enfants à la table familiale. En effet que pourrait-on dire d'une famille, qui inviteraient et accueillerait tous ses membres autour de la même table, sans tenir compte des divergences d'opinion, des manières de vivre propre à chacun mais, lorsqu'on sert le repas, il leur soit dit que s'ils ont droit de s'installer autour de la table, ils n'ont pas le droit de manger ce que mangent leurs frères et sœurs qui sont restés le plus proches de leurs parents? Ce texte m'amène à penser que oui, le synode s'est peut-être trompé de cible. Au lieu de se concentrer sur les exclus, il aurait peut-être préférable qu'il se concentre sur ceux qui pratiquent ces exclusions. Tout cela me fait penser à la parabole du fils prodigue où l'on voit le "bon" fils refuser de partager la joie de son père lors du retour de son frère. Si souvent, nous pouvons tous nous reconnaître dans le fils prodigue qui commet des erreurs, au moins une fois dans notre vie, je crains que nous nous comportions trop souvent comme le fils aîné qui refuse d'ouvrir ses bras tout simplement pour accueillir son frère parce qu'il demeure persuadé qu'il "mérite" plus l'amour de son père que son frère... Et pourtant ce père bienveillant aime ses deux fils d'un même amour inconditionnel.

Merci, Marie-jeanne, pour cette comparaison: tout le monde peut s'asseoir à la table, mais certain ne peuvent pas manger, ils sont "privés ". Nous sommes nombreux à nous souvenir de l'humiliation désagréable du "privé(e) de dessert". Qu'avait donc fait l'enfant ainsi exclu, même si on n'en parlait pas? Voilà donc une religion infantilisante, qui n'aide pas à grandir, mais est une régression...

Le Cardinal Joachim Meisner, archevêque de de Köln un des plus riches diocèse de la catholicité romaine jusqu'au début 2014, a défini par inadvertance la "bonne famille" en lançant aux membres du mouvement catholique conservateur Chemin néocatéchuménal "Chacune de vos familles vaut aisément pour moi trois familles musulmanes". Voilà qui prouve que le Cardinal A. Vingt-Trois n'est pas seul à l’abri d'un dérapage et on peut ajouter que, comme A. Vingt-Trois, les regrets du Cardinal Meisner ont été si mous qu'ils semblent destinés à renforcer le poids de la parole "malheureuse" et à éviter au haut dignitaire de devoir rabaisser sa dignité au niveau de celle du vulgus pecum, ceux à qui le pardon est accordé si la demande est sincère. http://www.fait-religieux.com/monde/europe/2014/02/06/pour-le-cardinal-de-cologne-un-catholique-vaut-trois-musulmans-

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