Les études sur le genre : un champ conciliateur d’études scientifiques.

Anne -Joëlle PHILIPPART
pierre-marie.Curie Marie Curie dans son laboratoire avec Pierre Curie. Image Wikipedia.

Résolument scientifiques dans leurs méthodologies de recherche et ancrées dans un humanisme profond de tolérance, d’ouverture et de justice, les études sur le genre sont souvent mal comprises. Complexes, elles vont générer des amalgames et des craintes injustifiées basées sur l’ignorance. L’article qui suit a pour objectif de mettre un peu d’ordre dans cette matière foisonnante. Il indique aussi, selon leurs orientations, les auteurs les plus connus.

Loin de vouloir détruire la famille et nier les évidences biologiques, le genre veut avant tout libérer les femmes et les hommes des stéréotypes qui les enferment ou les rabaissent dans des traits de caractère et des compétences cognitives qui ne leur correspondent pas (Bereni, Chauvin, Jaunait, Revillard, 2012), qui les empêchent de vivre selon leur vérité profonde et qui les obligent à jouer une forme de comédie de la conformité. Le genre réfute un monde binaire où les femmes seraient à 100 % dans les traits dits « féminins » et les hommes à 100% dans les traits dits masculins. Au contraire, il envisage un continuum où chacun se situe dans un dosage subtil et personnel de féminin et de masculin. Le genre considère l’identité sexuelle comme une composante de cette identité plus globale mais sans lui donner une dimension envahissante. Le sexe ne détermine pas les savoirs, les attitudes et les compétences. Femmes et hommes sont davantage proches dans leur humanité avant d’être différents dans leur sexe. Le genre regarde simplement la réalité avec d’autres lunettes que celles de l’androcentrisme historique. Il cherche à comprendre les mécanismes qui ont instauré et maintenu ces stéréotypes sexués bien souvent à notre insu (Darréoux, 2007, CEMEA Actions, 2012).

Le concept de genre est particulièrement utilisé dans le champ socio-économique. Ainsi vont être étudiés la construction, le maintien et l’impact des stéréotypes genrés sur les trajectoires professionnelles, la précarisation, la violence dans le couple, les rôles parentaux, l’orientation et l’échec scolaire… (Bereni, Chauvin, Jaunait, Revillard, 2012 ; Buscatto et Marry, 2009 ; Commission Européenne, 2011 ; Gavray et Adraiaenssens, collections d’articles, 2010, Toutain, 2012 ; Meulders, O’Dorchai, Simeu, 2011…).

Loin de vouloir déconstruire la société, les études sur le genre entendent proposer d’autres modèles d’organisation de la famille et de la société. Aucune complémentarité femmes-hommes ne peut être définie à priori sur base de deux modèles, féminin et masculin, qui seraient figés et homogènes. La Femme et L’Homme n’existent pas. Par contre, des femmes et des hommes agissent et inter-agissent ensemble selon les modes qu’ils définissent en fonction de leur personnalité et non de leur sexe biologique. Ainsi les femmes ne se masculinisent pas dans leur quête d’égalité et de pouvoir. Elles s’humanisent dans leur volonté de vivre ce qu’elles sont réellement. Et les hommes ne se féminisent pas lorsqu’ils s’ouvrent à l’émotion, à l’intuition, à la sensibilité et au care. Ils s’humanisent également.

Les recherches en neurobiologie, mettent en avant la plasticité du cerveau de l’être humain qui nous permet, à tous les âges, de changer nos habitudes, réorienter nos trajectoires de vie et développer de nouveaux talents. Seul 10% du cerveau est « cablé » à la naissance et aucun instinct ne s’exprime, chez l’humain, sans l’influence de l’environnement culturel. L’être humain fonctionne avant tout par des stratégies intelligentes et non sous l’influence d’hormones. Les expériences faites sur des animaux ne sont que peu ou pas transposables aux humains (C. Vidal).

Oser le genre, c’est oser être soi-même, c’est avoir le droit d’être conforme à sa nature dans ses forces, ses faiblesses, son caractère et ses compétences. Le genre ne dicte rien, il libère. Certains et certaines se retrouveront dans les rôles traditionnels quand d’autres en seront enfin affranchis. Le genre… un grand pas vers l’humanité de chacun.

Anne-Joëlle Philippart

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Commentaires

Je ne m'inscris pas comme "réponse" pour ne pas multiplier les emboîtements. Jean-Pierre, je suis moins en désaccord avec vous que je n'aurais cru d'après votre première intervention. Mais je trouve que votre raisonnement relève plus de l'analogie que de la démonstration. L'évolution des idées "ressemble" au processus évolutif qui gouverne la transformation des espèces. Mais ce n'est qu'une analogie. Les idées ne sont pas des êtres vivants, ce sont des objets mentaux produits par des humains, et qui se répendent en fonction de logiques sociales. Je pense que la transformation des conditions matérielles de l'existence est pour beaucoup dans l'évolution des idées (NB: pour être claire: je suis une féministe matérialiste!). Ce qui a permis les avancées du combat pour le droit des femmes, ce sont les progrès de l'hygiène, la découverte des vaccinations, puis celle des antibiotiques, l'ensemble de ces découvertes aboutissant à un allongement considérable de l'espérance de vie et à une diminution aussi considérable de la mortalité infantile. Désormais, il n'est plus nécessaire à la survie de l'expèce que les femmes consacrent toute leur énergie, pendant toute leur courte vie d'adulte, à porter, nourrir, élever des enfants. Et comme ce n'est plus nécessaire, l'idée que ce n'est pas imposé par la volonté de Dieu fait son chemin. Anne-Joelle, merci pour la bibliographie. Votre étonnement devant l'hostilité de la hiérarchie catholique aux études de genre m'étonne. Cette façon de penser les différences liées au sexe mine leur conviction d'être davantage à l'image de Dieu que les femmes, et vous voudriez qu'ils l'acceptent? Quelques uns, oui, parce qu'ils ont eu une mère qui travaillait, un père peu soucieux d'affirmer sa virilité dans la tyrannie domestique, une soeur au MLF ou des paroissiennes assez audacieuses pour faire leur éducation, mais la logique de l'institution, c'est évidemment de freiner des quatre fers. Tout leur pouvoir est fondé sur le postulat que la différence des sexes induit des différences de nature. Il faut s'attendre à un long et dur combat.

à lire sur le site Le Monde, cet article d'Anne Soupa: Le recul de la cause des femmes sous le pontificat de Jean Paul II. http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2014/05/02/le-recul-de-la-cause-des-femmes-sous-le-pontificat-de-jean-paul-ii_4410916_3232.html ou ici: Jean-Paul II et les femmes En canonisant Jean-Paul II, ce 27 avril prochain, Rome accepte de pactiser avec les ombres de ce pontificat. On a souvent évoqué le double aveuglement du pape devant les agissements pervers du fondateur de la Légion et devant les crimes pédophiles de certains prêtres. Mais envers les femmes, ce sont ses propres initiatives qui sont en cause. Il faut dire que l'émancipation des femmes forçait l'Église de la seconde moitié du siècle dernier à se prononcer. Vatican II prend clairement position en refusant « toute forme de discrimination fondée sur le sexe » (Gaudium et Spes, 29, 2) et Paul VI, tout en restant sur les positions traditionnelles de l'Église, prône une intense promotion des femmes dans la société et dans l'Église. Mais Jean-Paul II, en apportant une réponse très particulière à la question de l'émancipation des femmes, infléchit gravement le cours des choses. Déjà, avant même d'être pape, il avait obtenu de Paul VI le refus de la contraception, contre l'avis dominant de la commission ad hoc. (Humanae Vitae, 1968). Et surtout, durant tout son pontificat, il a déplacé la question en faisant remonter son analyse au niveau ontologique : plutôt que de reconnaître l'égalité foncière entre hommes et femmes, il a voulu établir sa conception de la différence féminine, fondée sur une vocation originelle et il l'a imposée aux femmes, allant bien au-delà de la position classique de l'Église, infirmant même certaines positions de son prédécesseur. Jugeant sans doute que celui-ci (Inter insigniores, 1976) n'avait pas assez verrouillé théologiquement l'accès des femmes à la prêtrise, Jean-Paul II insiste dans Ordinatio sacerdotalis (1994), qui requalifie la matière au niveau de « la constitution divine même de l'Église » et non plus d'une simple discipline interne, ajustable selon les temps et les besoins. L'Église « n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles. » Conclusion : la matière même sort du champ du débat. Parallèlement, un front s'ouvre, comme souvent en matière religieuse, du côté des sources scripturaires. Dans la Lettre aux femmes de 1995, écrite peu avant la Conférence de l'ONU sur les femmes, à Pékin, Jean-Paul II voit dans le fameux verset du récit de la création de l'homme et de la femme (« Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui soit assortie » Genèse 2, 18) le fondement de « la vocation de la femme », qu'il définit ainsi : « Depuis l'origine, donc, dans la création de la femme est inscrit le principe de l'aide » (§7). Mais la lecture du pape sur interprète le texte. En effet, dans ce récit, le terme hébreu, adam, traduit en Français par homme, désigne l'être humain en général, non encore différencié. Comment prétendre alors fonder la vocation de la seule femme, sinon en tordant le sens d'un récit qui installe tout être humain en vocation d'aider l'autre ? Une fois ce léger gauchissement effectué, l'écheveau se dévide tout seul. Dans la même Lettre, le pape poursuit : « C'est en effet spécialement en se donnant aux autres dans la vie de tous les jours que la femme réalise la vocation profonde de sa vie » (§12). Et le cardinal Ratzinger, son préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de surenchérir, dans la Lettre aux évêques de 2004 : « La femme garde l'intuition profonde que le meilleur de sa vie est fait d'activités ordonnées à l'éveil de l'autre, à sa croissance, à sa protection. (…) Cela développe en elle le sens et le respect des choses concrètes, qui s'opposent aux abstractions souvent mortifères pour l'existence des individus et de la société. » (III, 13). Ainsi dessinée, la différence féminine ne peut que croître et embellir. Jean-Paul II invite ardemment les femmes à se précipiter vers leur vocation unique : aimer, envers et contre tout, comme Marie, vierge et mère à la fois. Marie, qui réalise « la plénitude de la perfection de «ce qui est caractéristique de la femme», de « ce qui est féminin». Nous nous trouvons ici, en un sens, au point central, à l'archétype de la dignité personnelle de la femme » (Lettre apostolique Mulieris dignitatem II, 5, 1988). Comme la plupart des différentialismes modernes, celui de Jean-Paul II s'appuie sur force compliments. « Femmes, il vous revient d'être sentinelles de l'invisible », dit-il à Lourdes en 2004. Et dans la Lettre aux femmes, il les remercie, loue leurs vertus et, se faisant leur protecteur (un rôle bien masculin !), il entend les défendre contre toutes les violences dont elles sont l'objet, celles du sexe en particulier. Mais il faut bien voir que cette édification d'une différence flatteuse et d'une vocation si prestigieuse revient à dresser les barreaux de la cage où Jean-Paul II enferme les femmes, même s'il en cisèle les barreaux à l'or fin. En effet, à partir du moment où la « vocation » est propre aux seules femmes, elle déqualifie l'être féminin. L'homme n'a pas de vocation, il est. La femme, elle, est faite pour. Injonction terrible, qui assujettit, instrumentalise, mais aussi culpabilise, car si la femme ne fait pas ce pour quoi elle a été créée, elle se met en faute. Quant à exalter en Marie le modèle de « la femme » accomplie, c'est flirter avec un fondamentalisme bien éloigné du projet biblique. Pourtant, Paul VI avait rappelé avec force que Marie était la figure de tout croyant, quel que soit son sexe ! Enfin, l'usage inconsidéré de la louange trahit une idéalisation qui nuit aux vraies femmes. Le bien dont Jean-Paul II gratifie les femmes va en réalité à une femme idéale, fantasmée, inaccessible, « la femme ». être vierge et mère, qui pourrait supporter le défi ? Femme si désincarnée qu'elle en devient une femme objet, tandis même que le pape dit vouloir le contraire... Car avec force séduction, Jean-Paul II a tout simplement occupé le terrain, il a bien « communiqué ». Mais le constat s'impose : ce pape qui a tant parlé des femmes n'a fait que parler à leur place. Les femmes dans l'Église catholique sont toujours « inaptes », à exercer la cure d'âmes, à prêcher, à enseigner, à sanctifier, à gouverner. Ainsi, le masque est levé : comme le différentialisme prôné par les Blancs américains envers leurs concitoyens Noirs, le différentialisme catholique initié par Jean-Paul II se révèle être d'abord un combat pour ne pas reconnaître aux « différents » le statut de sujet. Anne Soupa est aussi l'auteur de Douze femmes dans la vie de Jésus, Salvator, 2014, 239 pages, 20 euros

Dommage qu'il y ait un bug de copier-coller dans ce texte... Pourriez-vous donner un lien vers une bibliographie? On y gagnerait s'il était possible d'avoir les références complètes des travaux cités .

voici la bibliographie: •Buscatto M., Marry C., La plafond de verre dans tous ses états, La féminisation des professions supérieures au XXème siècle, Sociologie du travail, 51, 170-182, 2009 •CEMEA Action, Manuels scolaires et stéréotypes sexués : éclairages sur la situation en 2012, Hors série, Bruxelles, 2012 •Bereni L., Chauvin S., Jaunait A., Revillard A. , Introduction aux études sur le genre, De Boeck, 2ème Ed, 2012 •Commission Européenne, Progrès accomplis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes en 2011, une initiative d’Europe 2020 •Daréoux E, Des stéréotypes de genre omniprésents dans l’éducation des enfants, Cairn info, Eres Empan, 2007 •Gavray C., Adriaenssens A., Une fille=un garçon, Identifier les inégalités de genre à l’école pour mieux les combattre, Collections d’articles, Compétences interculturelles, 2010. •Meulders D., O’Dorchai S., Simeu N., Les inégalités entre femmes et hommes dans les universités francophones de Belgique, Synthèse, DULBEA, ULB, 2011 •Toutain G, L’égalité entre les femmes et les hommes. Ne pas renoncer, malgré la crise, Etude publiée par la Fondation Jean-Jaurès, juin 2012 •Vidal C, Les neurones du genre, Libération, 2014

MERCI pour cet article si clair qui fait reculer les peurs orchestrées qui soumettent et enferment

C'est une excellente synthèse des raisons qui font que s'arquebouter sur des représentations de genre, de surcroit très contemporaines, n'exprime rien d'autre que des peurs, MAIS….On peut regrette que ne soient cités aucun et aucune des auteurs , philosophes et sociologues, qui ont travaillé sur les normes de genre, et l'axe genre /pouvoir. ( Foucault, Laqeur, Dworkin, Millett, Wittig, etc…) Le genre n'est pas neutre, puisque l'un a pouvoir sur l'autre(et selon Foucault le pouvoir est la seule raison des catégories de genre). Aucun de ces auteurs n'a été vilipendé et mis à l'index lors de la publication de ses ouvrages, entre les années 1960 et 1980, alors que les sociétés occidentales étaient beaucoup plus verrouillées qu'à présent. Les critiques émanaient de milieux intellectuels assez précis. La paranoïa" anti-genre" soi-disant populaire est très nouvelle, et à mon avis totalement fabriquée à des fins politiques. Vous avez sans doute vu que ces agités du bocal ont voulu faire interdire une exposition à Bordeaux, concurrençant ainsi les anciens ayatollahs dans leur volonté de censure et de puritanisme. Je ris lorsque je revois des photos de mon grand-père, combattant de Verdun et Croix de Guerre, en petite robe-tunique et jolies boucles anglaises dans son enfance…tenue qui ferait trembler les pourfendeurs modernes comme étant nuisible à l''identité….

Oui Michelle, le pouvoir est la première raison des catégories de genre, et de même du système clérical. Quand à la violente campagne polico-religieuse qui agite l'épouvantail d'une pseudo théorie du genre, il ne faut pas négliger le risque qu'elle fasse basculer l'opinion publique: mon post du 27 sur le hasard/désordre présente un éclairage, parmi d'autres, à partir du désordre moléculaire transposé au désordre au sein des sociétés.

Bonjour Michelle, Effectivement, je n'ai pas parlé des auteurs que vous citez. Le texte devait contenir 600 mots (+/-) et j'ai du faire des choix. Dans l'axe genre-pouvoir, j'apprécie particulièrement le concept développé par P Bourdieu autour de la domination symbolique. Ainsi, il a dit :« La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question" . Et tout comme Bourdieu l'a développé, ce qui m'a rapidement frappée dans l'univers catholique-fondamentaliste, c'est de voir à quel point les dominées protégeaient leurs dominants rentrant complètement dans leur logique et les protégeant.

C'est un article à largement diffuser dans les paroisses. Il est une très bonne porte d'entrée dans ce domaine de connaissance et de réflexion source de tant de malentendus, quelques fois de véritable hystérie collective , et toujours bien sûr par manque d'esprit de liberté et de discernement personnel. Merci.

La diversité de genre est normale, conforme à la loi de Laplace Gauss (XVIIIème siècle, probabilité, calcul d'erreur) et aux connaissances sur l'évolution qui s’appliquent à la biologie, à l'astronomie, physique, psychologie, ... et pourquoi pas aux théologies qui ne peuvent pas être durablement en porte à faux par rapport aux connaissances rationnelles? Si ces connaissance, ainsi que d'autres plus récentes, étaient enseignées aux clercs, l'institution ne se serait sans doute pas engagée dans la voie ouverte par Paul VI qui mit fin à Vatican II. Une réalité plus troublante pour "l'ordre établi" que celle du genre, est que les évolutions non seulement de la nature mais aussi des sociétés sont fruits du hasard, du désordre, de l'impondérable. Les travaux menés, notamment par Serge Galam depuis 1975 *, sur le désordre de la matière ont conduit à explorer aussi la validité des méthodes physiques appliquées aux phénomènes sociaux-politiques. Il est montré, par exemple, qu'il suffit que l’opinion contre une réforme démarre au-dessus de 23% pour qu'elle l’emporte démocratiquement si la campagne dure suffisamment longtemps. Or nous savons qu'en matière de temps l'institution est lente. A la suite de Vatican II, 1 à 3% d'évêques opposés à une majorité stalinienne ont, poussé l’institution loin de l’Église? Cette poignée d'évêques "contrariants" ** a fait basculer l'institution, hyper centralisée, ce qui la distingue des groupes qui font bouger les sociétés. Le facteur temps. Comptons le maintenant le temps à partir du big-bang, et non à partir de Jésus. La perspective change, plus que ne fait -pour les projections plane de la terre- un système de projection respectueux des surfaces non centré sur l'Europe. Voici donc la date de quelques évènements majeurs: 0,000 380 milliard d'ans après le bb: la lumière 9,3 après le bb: la terre 9,4 : l'eau vers 10,0: la vie 13,793: début de l'aventure humaine, 13,799 998: Jésus 13,800: nous. Theillard de Chardin ayant compris les conséquences théologiques de tout cela (temps, espace, évolution) fut condamné en 1921 à ne publier que dans le domaine des sciences. Il fut semi réhabilité -repentance alambiquée- comme les juifs, Galilée, Darwin, un peu plus vite qu'eux tout de même. Pourtant, ses écrits théologiques demeurent marqués du sceau "pas très correct" à la manière de la marque au fer rouge du forçat. L’Église espérante aimerait: Que l'institution reconnaisse l'évolution ..., donc le bien fondé des études de genre. Qu'elle cesse d'être un boulet pour tant de chrétiens à force de se tromper de manière récurrente -de bonne foi? A tant abuser l'excuse n'est pas crédible!- pour faire ensuite une grimace de repentance qui n'efface pas. * http://www.crea.polytechnique.fr/LeCREA/fiches/Galam.htm ** sur le concept de contrariant: http://www.regain2012.com/article-les-contrariants-112717340.html

Je ne vois pas le rapport entre la théorie de l'évolution et les études de genre. Il y a sans doute quelque chose que je n'ai pas compris dans votre raisonnement, mais je présume aussi que je ne suis pas d'accord. Je suis très méfiante envers les approches "évolutionnistes" dans les sciences sociales et humaines. Elles tendent à faire croire que les modifications historiques des sociétés sont le fruit de mécanismes aléatoires dont l'issue est inéluctable... et que le mieux que nous aurions à faire serait d'aller dans le sens d'une évolution qui de toute façon se fera sans nous. Les femmes qui se battent pour leur dignité ne voient pas du tout les choses comme ça; accepter les normes de genre comme si elles étaient la règle de la nature, ou au contraire analyser ces normes, les rendre visibles et rendre visible leur NATURE.. de productions sociales contingentes, pour que chacun/ chacune puisse se situer librement par rapport à ces normes, ce n'est pas la même chose, et cela n'a pas les mêmes conséquences sur les transformations des sociétés. Je précise que "se situer librement" ne veut pas dire nécessairement rejeter la norme. On peut estimer que la norme est bonne et y adhérer librement et avec joie, ce qui est mieux que s'y conformer avec un sentiment de fatalité (c'est ce que je fais vis-à-vis de l'institution du mariage). On peut estimer qu'elle n'est ni bonne ni mauvaise, mais simplement confortable, et s'y conformer pour vivre en paix (ce que nous faisons tous vis-à-vis des règles du vêtement). On peut estimer que la norme a de bons côtés, mais aussi des aspects dangereux, pour soi ou pour autrui, et s'y conformer avec méfiance, attendant le moment où il sera nécessaire de dire non (c'est, plus ou moins, ce que nous faisons vis-à-vis des normes qui régissent l'état presbytéral: nous respectons nos prêtres et vivons en bonne intelligence avec eux, mais quand l'occasion se présente de dire notre désaccord avec la règle qui réserve le ministère presbytéral aux mâles, nous disons que nous ne sommes pas d'accord). Et on peut rompre fermement avec la norme (non, je ne t'achèterai pas de poupée Barbie; va jouer avec celle de ta copine si tu veux, mais pas de ça chez moi).

Anne-Marie H, je ne suis pas spécialement au fait en socio-psychologie, mais je crois cette conversation utile. Rapport genre évolution? L'évolution de sociétés patriarcales est née de la pensée de quelques individus comme Abélard et Héloïse "1er couple moderne". On est, au tournant des XI XIIème siècles. Alors cette idée est scandaleuse parce que si excessivement hors norme qu'elle inimaginable pour le commun des mortels d'alors. C'est l'infiniment improbable de la loi de Gauss Laplace. Or ce germe ne meut pas, il se fait progressivement audible, puis dicible en privé, puis en public ... On peut voir dans cette "non mort malgré le scandale" la main de Dieu. C'est publiquement que le succès des Femmes Savantes fut accusé de vulgarité, obscénité, et surtout irréligiosité grotesque du sermon, à l'instigation de Corneille qui scella ainsi la fin de son audience. Mais le succès fut là; il se maintint, confirmé par celui de la Critique de l'Ecole ..., puis par l'Impromptu de Versailles joué devant la Cour et le Roi qui avait soutenu Molière (quel dangereux anarchiste ce roi!). La cabale s'éteignit comme s'éteindra la cabale de la CEF sur le mariage ou le genre, ... Là encore, on peut voir la main de Dieu! Revenons au germe qui, ayant grandit, peut-être débattu et compris par une minorité suffisante pour entrainer un nombre croissant de personnes au point de contrarier/menacer l'ordre fondé sur la norme traditionnelle. Là, le facteur temps s'est joué sur huit neuf siècle. Une "voix initiale" s'est montrée apte, de relais en relais, à emporter durablement la norme, ... jusqu'à ce que d'autres évènements totalement improbables aujourd'hui, contrarient ce nouvel équilibre un jour sans aucun doute, mais dans combien de siècles? Sur la conscience individuelle. Chacun(e) se considère libre et responsable de ses choix. Au moins chacun s'efforce de l'être car nous sommes tous contingents autant -et au moins- de ce que nous savons et avons vécu que de ce que nous ne savons pas et n'avons pas vécu. Notre inconscient n'est pas neutre non plus. L'individu conscient est un germe planté par Abélard -et sûrement d'autres- quand il dit que la conscience n'appartient pas à l'institution qui persiste à prétendre l'asservir au nom de Dieu. L'institution a combattu ce germe, avec succès pendant des siècles, jusqu'à ce qu'il reviennent en boomerang. Si Vatican II fut conduit à prendre en considération le sensu fidei c'est bien parce que l'idée d'individu conscient avait été plantée et avait fait son chemin. Actuellement, des voix s'élèvent contre la récession orchestrée par les Papes à partir de Paul VI, récession réussie en apparence puisque qu'elle est la "norme" pour les médias qui traitent de religion, qu'ils l'encensent (le Figaro, la Croix), qu'ils en débattent (TC, CCBF) ou s'y opposent (Golias). Cela dérange des situations considérées comme acquises, en particulier les clercs issus de la génération Jean-Paul II et les soutiens financiers qui ont facilité l’œuvre médiocre de ce Pape. Je sais -au sens artistique du terme de pressentir- qu'il n'y a là qu'une péripétie. Le germe de la conscience individuelle et de son inévitable complément le sensus fidei qui a survécu l'emportera, et je m'y emploie quand l’institution, comme d'habitude, s'y oppose. Pardonnez ces digressions mais la pensée cartésienne ne peut faire sens sans phase reptilienne s'efforçant de ne pas rater un méandre ou une voie de traverse. Évidemment, cette manière de penser est contraire à la bonne tradition des idées exclues au nom de Dieu pour l'éternité: pour l'institution repentance ne peut pas être réhabilitation sincère donc fortement médiatisée, mais reconnaissance du bout des lèvres: Galilée a eut raison, mais bien trop tôt: Theillard de Chardin, Lagrange, Congar, ... n'ont pas eu plus tort que l'institution, ce fut un simple malentendu, ... ou une foutaise machiavélique! La norme de genre est soumise à l'évolution d'idées quand conforme et non conforme anciens sont en voie d'inversion. Bien et mal sentent la morale à deux balle du thomisme médiocre. L'esclavage serait un autre exemple, comme l'évolution relative considérable, en 3 à 4 générations, du temps de vie (en forte croissance) d'une part et du temps de travail durant une vie (en forte baisse) d'autre part. Cela a chamboulé le rapport au temps (Jean Viard, éloge de la mobilité, l'Aube, 2006). Avec la société connectée mondiale, ce n'est pas fini, cela commence à peine. L'évolution des normes au sein des sociétés est une réalité, semée d'accidents, rebondissements avec temps morts, régressions et ruptures (L’École des Femmes a marqué une rupture en France). Comme en biologie le mouvement général est si lent qu'aucun contemporain d'Abélard n'aurait pu prédire ce cheminement multi séculaire et les tensions actuelles dont nous sommes acteurs. Oui, nous sommes acteurs, nous évoluons. Et l'institution aussi est un acteur, mais statique, et si elle veut retrouver l'Église elle va devoir accompagner la sécularisation, c'est à dire respecter les consciences individuelles et le sensus fidei, afin de rattraper à marche forcée le rétropédalage engagé il y a 60 ans. Si elle n'admet pas publiquement donc médiatiquement, ses erreurs, c'est fichu pour elle car le temps qui lui est imparti par l’Église est court. L’Église risque de devoir poursuivre son chemin sans l'institution. Norme Barbie: où est la fermeté? N'est-ce pas plutôt une démission.

Bonjour Jean-Pierre, Oui effectivement, la hiérarchie catholique est épidermiquement opposée aux études sur le genre et frileuse quant au féminisme. La violence des attaques contre les études de genre et leur manque de rationalité sont presqu'incompréhensibles. la hiérarchie catholique oscille entre ignorance et mauvaise foi. Une question me taraude: pourquoi un tel intégrisme dans ces attaques? Qu'est ce que cela cache? Une chose me semble certaine: si les études de genre étaient si fausses dans leurs avancées, il ne serait pas nécessaire d'essayer de les démolir avec autant de moyens, elles s'éclipseraient d'elles-mêmes. Un autre élément rend les études de genre difficiles à comprendre et admettre par les religions. Religions et sciences adoptent, en effet, des positionnements épistémologiques très différents rendant la communication pour le moins difficile. Dans une religion, la connaissance est révélée. La vérité est donnée. Les sciences n’acceptent que ce qui est prouvé sur base de recherches menées en utilisant des méthodologies scientifiquement validées. Les études de genre adoptent le plus souvent une posture constructiviste. Le chemin de la connaissance se trace en avançant. La religion catholique nait d’une connaissance qui se révèle dans la Genèse et se construit en s’empilant sans renier ses origines. Sa genèse est toujours vraie. On ne fait que rajouter des étages à la fusée et on module en faisant varier les interprétations. Les courants s’éloignant de la colonne vertébrale sont hérétiques. Dans l’erreur, ils doivent être combattus. Le genre se construit scientifiquement. Il peut évoluer dans diverses branches sans entrave, il est ouvert à l’évolution des connaissances pouvant détruire ce qui semblait être acquis : Eppur si muove…

En effet, si les franges traditionalistes s'opposent si violemment au concept de genre (rebaptisé "théorie du genre" ou "gender" pour les besoins de la communication politique) c'est bien qu'elles en ont perçu la pertinence et donc le danger, sinon pourquoi se battre contre ? Le genre remet en cause une partie de la doctrine de l'église. La croyance en une "essence" de "l'Homme", une "essence" de "la Femme", et en une hiérarchie "naturelle" sont bousculées par le concept de genre. Il y a donc risque de "déstabilisation"....

Qu'est-ce que cet intégrisme de l'institution cache? Mon diagnostic est que sa dépendance financière est telle qu'elle n'a plus de marge de manœuvre. Dominique. Par quelque bout qu'on le prenne, l'écheveau des dogmes et du droit associé est tissé en sorte que, si une maille file, tout s'effondre. C'est ce qui a conduit Paul VI à clore le concile inachevé. C'est ce qui rend hautement improbable la reprise de Vatican II, malgré les moyens de communications actuels qui permettraient de réduire le temps consacré aux séances plénières.

Un colloque va se dérouler ces 15 et 16 mai à Bruxelles sur le thème de la riposte du religieux aux études sur le genre. C'est essentiellement le discours des intégristes et fondamentalistes de tout poil qui est visé. Il est donc nécessaire de préciser et montrer que beaucoup de groupes de catholiques s'insurgent aussi contre les campagnes de propagande anti-genre menées par des fondamentalistes de tout poil. Entre ignorance et mauvaise foi, ces fondamentalistes marchent à contre sens de l'Histoire et de l'émergence d'une meilleure compréhension de l'être Humain. Une des raisons se trouve sans doute dans le fait qu'ils comprennent, à tord, le genre comme une attaque à l'ADN de leur foi alors que ce n'est qu'une interpellation adressée à la pollution patriarcale qui dicte l'organisation de l'institution vaticane et son interprétation des écritures . Ces intégristes sont des Mr Jourdain du machisme. Ils croient que le genre les attaque alors que le genre leur permettra d'évoluer vers plus d'humanité. C'est une main tendue qu'ils ne comprennent pas

Complément aux réflexions inspirées par cet article si bienvenu, cette phrase extraite d'un lettre de Theillard de Chardin à un ami prêtre, l'abbé Gaudefroye, de 1932: « Il m’a semblé que, dans l’Église actuelle, il y a trois pierres périssables dangereusement engagées dans les fondations : la première est un gouvernement qui exclut la démocratie ; la deuxième est un sacerdoce qui exclut et minimise la femme ; la troisième est une révélation qui exclut, pour l’avenir, la Prophétie… ».

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