Vivre la diaconie à l’école Servir la fraternité

Comité de la Jupe
Sœur des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, je vis ma consécration à Dieu comme enseignante dans une école catholique en Vendée. Je suis titulaire de la classe de CE1 dans cette école de huit classes.
anneVion Soeur Anne Vion.

AVANCE au PAS DU PLUS PETIT est une orientation de notre congrégation. Elle guide ma vie d’enseignante  à la suite du Christ, toujours bienveillant avec les plus fragiles. Elle m’invite sans cesse à vivre la compassion du Cœur de Jésus avec mes élèves sans abandonner rigueur et exigence dans la classe, dans l’instruction à donner. Tout un défi ! Mais c’est un chemin sûr pour servir la fraternité.  

 Servir la fraternité à l’école se déploie pour moi en plusieurs points. 

  • Servir la parole. Apprendre à un enfant à poser une parole sur l'émotion qui peut l'envahir jusqu'à blesser un camarade ... Lui apprendre à dire sa colère légitime et humaine avec des mots sans en venir aux poings. C'est tout un travail du quotidien. En classe, j'ai proposé à chaque élève six pictogrammes des humeurs-émotions pour les aider à s’écouter et à se dire. Au cours de leur journée, ils peuvent changer leur image et communiquer ainsi non verbalement au départ, leur émotion. Ce sont des moyens concrets pour amorcer un dialogue, une discussion plus en profondeur parfois, pour dégonfler des crises ou des conflits.

  • Servir le regard de l'enfant sur lui-même, sur le groupe, le regard du groupe sur l'enfant ... Les enfants vivent déjà ”sous pression” pour avoir de bons résultats. Certains perçoivent très jeunes le désir de succès de leurs parents et s'engouffrent dans la compétition. Passer d'un groupe classe à un groupe fraternel est un défi passionnant chaque année et qui pour moi, prend source dans l'Evangile, la Parole de Dieu. Certains jours, je le rapproche alors facilement de cette question de Dieu : “Qu'as tu fait de ton frère?” Gn 4,8

  • Promouvoir le prendre soin” – Se réjouir ensemble”. Spontanément, dans la classe, des élèves saluent une nouvelle réussite d'un élève en frappant des mains. C'est en particulier courant pour un enfant difficile qui a progressé dans son comportement. Cela peut être pour un autre qui a - enfin ! - réussi l'exercice. Se faire du bien les uns les autres, cultiver la joie, l'humour, la reconnaissance, n’est-ce pas vivre la fraternité ? Il faut aider les élèves à mettre des mots sur ce que l'on vit ensemble en classe. La relecture en classe, en fin de semaine, est donc importante. Cela rejoint ma vie spirituelle et je comprends alors que les moyens qui me nourrissent peuvent en nourrir d’autres. Je m'aperçois ainsi que ma vie religieuse est créatrice et déborde à l'école naturellement.

  • Servir la justice dans le groupe classe et non l’égalitarisme. Etre juste, à mon avis, ce n'est pas vouloir l'égalité entre tous. En fonction des besoins particuliers, il faut parfois autoriser un enfant à accéder à l'ordinateur pour qu'il grandisse à son rythme ou bien accepter tel comportement d’un autre ... Cela peut paraître injuste. Cela rejoint notre vie communautaire. On sait et on se redit que “les besoins des unes ne sont pas les besoins des autres”. Cela nous invite à ne pas nous comparer, et donc à porter un regard ajusté sur les comportements, les désirs, les insatisfactions de nos sœurs.

  • Marcher à contre-courant. En effet, décider de faire quelque chose de particulier pour un enfant ne va pas de soi car on peut “oublier la classe”, entendons-nous. “Avance au pas du plus petit” sans oublier les autres, ou pour n’oublier personne, voilà un peu ma devise pas toujours facile à tenir au quotidien. Servir la fraternité suppose ainsi de l'énergie créatrice et une certaine liberté intérieure pour déployer la Vie en abondance.

  • Faire tomber les barrières entre collègues, agents de service, suppléants. Accueillir chacune, chacun, sans tenir compte du statut qui nous conditionnerait parfois à une manière plus distante ou supérieure d'être en relation. C'est aussi se serrer les coudes en équipe pour que le service d’instruction et éducation soit assuré, accueillir un(e) collègue en difficulté pour lui assurer un soutien efficace au sein même de l’école. 

J’essaie de vivre ma mission d’enseignante dans cette disponibilité offerte par l’écoute, le temps donné, le souci d’accueillir chaque famille sans préférence particulière. La prière quotidienne est le lieu où je peux confier des situations plus complexes qui touchent certains foyers.

Ma prière se nourrit donc de cette vie de classe avec les enfants, des relations avec mes collègues, des rencontres avec les parents.La contemplation de Jésus Serviteur m’aide à vivre, bien pauvrement, la diaconie en tant qu’enseignante mais c’est un chemin de liberté créatrice pour me faire proche de tous ceux que le Seigneur me donne de rencontrer ! 

Sœur Anne Vion

Sœur des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie

www.sacrescoeursmormaison.org

 

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Commentaires

Je me disais : heureux les enfants qui peuvent bénéficier d'une telle institutrice/éducatrice ! Et m'est revenue à la mémoire, cette Parole de Jésus : "Heureux plutôt (aussi) ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent !" Merci Anne

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