Une religieuse pionnière de la liberté.

Comité de la Jupe

Françoise Vandermeersch. L’émancipation d’une religieuse, Sabine Rousseau. Préface de Danièle Hervieu-Leger. Karthala.

Le combat pour la pleine dignité des femmes dans la société et dans l’Église ne date pas d’aujourd’hui. Nous le savons bien. Pourtant la lecture de ce livre consacré à une religieuse auxiliatrice du siècle dernier (1917-1997) ne manque pas de nous étonner : que d’obstacles cette jeune-fille issue d’une famille bourgeoise du Nord, devenue religieuse à 20 ans, a-t-elle dû franchir pour vivre la liberté de conscience et la pleine responsabilité à laquelle elle aspirait !

Dans la revue Échanges qu’elle dirigea de 1951 à 1974, elle aborda, en pionnière, toutes les grandes questions de société et d’Église. S’entourant d’auteurs de grande pointure dans tous les domaines et maniant toujours audace, liberté et discernement, mais faisant résolument passer la liberté de réflexion et de la conscience avant la doctrine de l’Église. Elle fit l’objet d’un sévère examen de l’épiscopat quand, en 1972, la revue prit le parti d’une libéralisation de l’avortement.

Sœur Françoise était un personnage très médiatique. Elle fit la Une des media en 1966 lors de la sortie du film La religieuse de Diderot de Jacques Rivette, en prenant partie pour le film. Médiatique aussi en Mai 68 avec son succès de conférencière à la Sorbonne ou en cachant les fameux Katangais recherchés par la justice.

Toutes ces prises de positions, articles et conférences, lui valaient sans cesse des remarques ecclésiastiques et de ses supérieures. Elle en déduisit bien vite que les religieuses étaient considérées comme des mineures et ne cessa de revendiquer le droit d’exprimer une opinion personnelle en dehors des hiérarchies, le droit d’avoir des amitiés extérieures y compris masculines… Elle prône pour les religieuses le devoir d’honorer leur corps, « temple de l’Esprit » et estime qu’il faut viser « le plein épanouissement de la personnalité humaine et féminine des religieuses ».

Il lui semble que les structures de la vie religieuse ne sont plus vivables et elle écrit en 1972 : « Je voudrais que l’on fasse une distinction entre vie religieuse et vie évangélique ». Elle prend position en faveur de l’ordination des femmes et ne cache pas qu’elle aurait aimé être prêtre. Quand, dans une interview célèbre, Jacques Chancel lui demande sa définition d’une religieuse elle répond : « une femme en mutation ».

En effet cette femme sensible aux mutations de l’époque ne supporte plus le fossé qui se creuse entre des formes institutionnelles et l’Évangile. Et elle paye de sa vie pour défricher des chemins de « nouvelles expressions évangéliques ».

Á partir de 1973 elle découvre le Vietnam et va y consacrer les dernières années de sa vie dans un engagement humanitaire, évidemment teinté de politique. Elle sera accusée de communisme.

Sœur Françoise était tout le contraire d’une idéologue doctrinaire. Elle était une femme qui voulait vivre libre et dans son époque. C’est avec sérénité qu’elle traversait les bourrasques, avec naïveté disaient certains. Elle sut toujours mêler audace et discernement ignacien, liberté personnelle et fidélité profonde à ses vœux. Ce qui la conduisait était un fil d’or : « j’ai fait l’expérience que les paroles de Jésus sont espoir et vie et liberté ».

Une femme étonnante, dont celles qui continuent de combattre pour la pleine dignité des femmes dans la société et dans l’Église se sentent redevables.

Monique Hébrard

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Commentaires

Merci Monique pour ce beau portrait. Françoise Vandermeersch avait accueilli diverses associations dans les locaux de sa revue rue de Sèvres, notamment Femmes et hommes en Église (aujourd'hui FHEDLES : http://fhedles.fr) dont elle était membre. A noter : Sabine Rousseau est aussi l'auteure d'un article récent : « Femmes prêtres. Histoire d’une revendication » in Béraud, Gugelot & Saint-Martin (dir.), Catholicisme en tensions (EHESS, 2012, pp. 229-239). Elle y brosse l'histoire française du mouvement.

Pour une bibliographie complète, en français, sur l'ordination des femmes, voir : http://fhedles.fr/wp-content/uploads/Acc%C3%A8s-Femmes-aux-minist%C3%A8res-ordonn%C3%A9s-biblio1.pdf

MERCI Monique superbe tu le proposes chez nous

À propos de l'ordination des femmes, que désirait Françoise Vandermeersch, quelqu'un pourrait-il nous faire une analyse de la récente décision de l'Église anglicane de ne pas ordonner des femmes évêques? Meric d'avance!

La décision relève de trois collèges, chacun devant se prononcer dans le même sens à au moins 2/3. Les collèges Évêques et prêtres, ont voté la possible élévation à l'épiscopat de femmes. Le collège des laïcs l'a voté à une majorité légèrement insuffisante: non 74 voix, oui 132. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20121121.OBS0067/l-eglise-anglaise-refuse-l-ordination-de-femmes-eveques.html

Pour répondre (partiellement!) à Anne-Marie: GB-Anglicans-religion-femmes-Nigeria URGENT ¥ L'Eglise d'Angleterre aura des femmes évêques (nouveau archevêque de Cantorbery) Abuja, Nigeria : Le nouveau chef spirituel de l'Eglise d'Angleterre, Justin Welby, a déclaré jeudi que celle-ci finirait par inclure des femmes évêques malgré le rejet de la mesure lors d'un synode cette semaine à Londres. "Il est clair que les femmes vont devenir évêques au sein de l'Eglise d'Angleterre (...) il n'y a aucun doute là dessus", a déclaré Mgr Welby, qui deviendra archevêque de Canterbury et chef des anglicans dans le monde, à la presse à Abuja, la capitale nigériane. qlb-mjs/cdc/jms 2012/11/22 16:02:39 GMT+01:00 MSE04154 #044817 DVBP 2461 DYE61 (3) AFP (80)

Comme le montre la lettre ouverte des 1000 prêtres pour la réforme [1], cette réforme implique chez les partisans du "oui" des convictions très fortes : c'est aussi important à leurs yeux que les repentances sur l'esclavage ou sur l'antisémitisme. Et donc, il leur a peut-être semblé que s'ils cédaient aux exigences des partisans du "non", ils trahissaient leurs convictions, et que leur accorder un véritable "Edit de Nantes" leur garantissant de rester éternellement une "Eglise dans l'Eglise" avec clergé purement masculin était trop. D'après la BBC [2], les partisans du "non" se classent en deux catégories : 1) des anglo-catholiques qui sont attachés aux anciennes traditions et aux anciennes cérémonies et qui pensent qu'une femme évêque n'est pas un évêque validement consacré. Ils ajoutent que cette réforme empêche d’approfondir la communion avec Rome. 2) Des évangélicalistes qui s'appuient sur la Bible pour dire que l'Eglise doit avoir des hommes masculins à sa tête. Mais attention, dit la BBC, tous les anglo-catholiques et tous les évangélicalistes ne sont pas forcément de cet avis. Une chronologie est fournie sur la page http://www.churchofengland.org/our-views/women-bishops.aspx (ordinations de diaconesses dès 1987) Un guide de réflexion, de 302 pages, publié en 2004 par la chambre des évêques, est disponible en ligne : http://www.churchofengland.org/media/38523/gs1557.pdf [1] http://www.independent.co.uk/voices/letters/open-letter-the-biblical-case-for-women-bishops-8327446.html [2] http://www.bbc.co.uk/news/uk-20385411

Soeur Françoise VDM était une femme étonnante que nous avons eu le bonheur de côtoyer de 1968 à 1977 dans tous les colloques de la Commission Conjugale du Centre Catholique des Médecins Français(Le travail qui se fait actuellement à la CCBF sur «Le mariage pour tous» me fait penser au travail qui s'est fait au colloque «Avortement et respect de la vie humaine» -1972-même écoute,même rigueur) Je viens de relire «La vie en face» de S. Fr. Vandermeersch(1977)où elle écrit «Verrai-je ou non de nouvelles formes de vie religieuse ou .....de vie chrétienne, en ces années où les mains crispées des noyaux intégristes se referment sur un christianisme sans foi...» et elle termine en disant«Je fais confiance aux théologiens de l'avenir pour bâtir de nouvelles représentations du christianisme compatibles avec l'esprit du temps,comme ceux du passé l'ont fait à maintes reprises dans l'hitoire» .Soyez heureuse Soeur Françoise ,Anne et Christine et le comité de la Jupe et la CCBF (malheureusement pas soutenus par la CEF comme vous l'étiez par vos supérieures Auxiliatrices),et les religieuses Américaines et les partisans du «oui» pour les femmes Évêques etc etc sont là .(j'ai commandé le livre de S Rousseau Merci)

Soeur Françoise avait de l'humour. Le dernier soir du Colloque du centre catholique des Medecins, sur «Le couple et l'échec», fin Janvier 1973, ceux qui l'avaient préparé sont allés diner au restaurant avec S.Françoise, l'abbé Marc Oraison et le Chanoine de Locht. Soeur Françoise portait une très jolie robe, tissée de couleurs vives. Un des hommes médecin, a eu l'idée saugrenue de demander au jeune serveur «Qui était la Bonne Soeur parmi nous?». Il était tellement affolé, ce jeune homme, nous regardant tour à tour que ce médecin le lui a indiqué discrètement. Et S.Françoise, avec son sourire pince sans-rire, n'a pu s'empêcher de dire :«Vous auriez été bien ennuyée, Mesdames, si vous aviez été prise pour une bonne soeur..»

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