Une prière à sainte Anne, pourquoi ?

Sœur Marie-Colette Guédon

Le jour de sa fête, le 26 juillet dernier, l’idée d’écrire « quelque chose, mais quoi ? » s’est imposée à moi. Une idée qui m’a surprise d’ailleurs, car si j’aime sainte Anne en tant que Mère de la Vierge Marie, je n’ai pas de dévotion particulière envers elle.

La question fondamentale était bien : écrire, oui, mais pour dire quoi de cette femme entourée d’un immense silence dans la Bible, à tel point que son nom n’est mentionné ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament ?

En réfléchissant, il m’a alors semblé qu’on pouvait la découvrir, comme en filigrane, à travers toutes ces femmes de l’Ancien Testament. Un peu comme si elle récapitulait en elle-même leur longue lignée dans l’attente et la préparation de la venue du Messie – et cela, juste au moment où il allait venir et qu’elle se trouvait être le dernier maillon de cette chaîne. Ce silence impressionnant me paraît être le point d’orgue de ce projet de Dieu qui se prépare à advenir et auquel elle participe activement, mais dans un total effacement. Dans sa foi, elle ignore tout de l’ampleur de ce qui se joue à ce moment de l’histoire, pour l’humanité tout entière, bien qu’elle en soit partie prenante.

Anne Soupa a écrit : « Il m’a fallu des années pour me rendre compte que la Tradition avait fait d’Anne, la Mère de Marie, une érudite, on dirait aujourd’hui une intellectuelle, puisqu’elle avait enseigné les Écritures à sa fille, ce que montrent tant de statues bretonnes où le Livre est là, ouvert entre elles deux. Ce "détail" a radicalement changé mon regard sur Marie. Le chemin qui l’a conduite à dire "oui" à l’Ange Gabriel passe par les Écritures juives, c’est-à-dire, par l’intelligence de sa foi. » (Les pieds dans le bénitier)

Pour écrire ce texte, l’appellation qui s’est alors imposée à moi, c’est : « Femme » – un mot chargé de tout son poids biblique.

Depuis, j’ai repris dans le Nouveau Testament ce mot de « Femme » de la bouche même de Jésus, y compris envers sa Mère, mot qui a été parfois bien mal accueilli de nos esprits rationnels – et pourtant, quel beau titre ! Tellement plus large qu’un simple prénom, qui reste personnel, alors que « femme » suggère une dimension universelle.

« Femme, que me veux-tu ? » (Jn 2,4) ; « Femme, crois-moi » (Jn 4,21) ; « Femme, ta foi est grande ! » (Mt 15,28) ; « Femme, voilà ton fils ! » (Jn 19, 26) ; « Femme, pourquoi pleures-tu ? » (Jn 20,13).

À travers la démarche de Marie à Cana, c’est toute l’humanité qui crie ses manques et qui est concernée également dans cet appel : « Crois-moi… » ; dans cette admiration : « Ta foi est grande ! » ; et dans cette parole de consolation : « Pourquoi pleures-tu ? »

Ainsi, dans le don ultime sur la croix : « Femme, voici ton fils ! » – « Fils, voici ta Mère ! »

D’autres citations bibliques pourraient s’ajouter. Je me tiens à ces quelques-unes. D’autres passages de l’Ancien Testament m’ont servi d’appui pour écrire le chant Femme scrutant les Écritures que Michel Wackenheim a bien voulu mettre en musique et par là-même en valeur.

 

 

 

 

 

Sœur Marie-Colette Guédon

Religieuse dans la Congrégation des Sœurs Oblates de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus – Roques

Photo. Sainte Anne à St Malo de Gourville
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