Une première : une femme à la tête de l’association des théologiens indiens !

Comité de la Jupe
31 juillet 2016

Petite fille dans mon village sans prétention du Kerala, au sud-ouest de l’Inde, jamais je n’aurais pensé qu’un jour je serais religieuse, et encore moins théologienne ! Et pourtant c’est ce que je suis aujourd’hui : religieuse de la Présentation de la Vierge Marie et théologienne féministe. Au tréfonds de moi-même, je sens que c’est ce que Dieu voulait pour moi et je suis heureuse d’être théologienne dans l’Église en Inde.

 

Première femme à être élue pour conduire l’association théologique indienne en octobre 2014, voici le chemin qui m’y a conduit.

Où commencer ? J’étais une maîtresse d’école heureuse et ce depuis mes débuts en 1984. Mais en 1986, ma provinciale me demande de suivre des cours de théologie. Sans enthousiasme, mais par fidélité à l’obéissance religieuse, j’ai donc commencé mes études de théologie à New Delhi. Une semaine après le début des cours, j’ai su que j’étais bien au bon endroit. J’étais fascinée par l’approche contextuelle que prônait l’école Vidyaojoti de théologie.

 

Ainsi, mon premier cours portait sur une introduction à la théologie et à l’analyse socio-culturelle. Au-delà du contact et de la réalité de ceux qui vivaient dans les bidonvilles, on nous demandait dans ce cours de regarder d’un regard critique et d’analyser ce qui se passait dans notre société. Les visites régulières dans les bidonvilles m’ont ainsi beaucoup aidée à regarder les choses du point de vue de ceux qui vivent dans une telle misère et des femmes en particulier.

 

Mes études de théologie terminées, l’école, intéressée à l’idée d’avoir une femme professeure de théologie, m’a invitée à travailler en son sein. J’étais quelque peu réticente, mais ma Provinciale m’a fait comprendre qu’il était grand temps que nous, religieuses, sortions de nos congrégations et apportions notre contribution à l’Église en général et à la société au lieu de nous limiter uniquement à nos congrégations.

 

Je voulais travailler avec les pauvres. Mais je voulais aussi contribuer à libérer les femmes. Donc j’acceptais. Je pensais que ma seule présence en tant que femme au milieu de tous ces théologiens aurait un impact sur les étudiants, qu’ils soient hommes ou femmes. Et puis, en tant que théologienne, je voulais tout particulièrement m’intéresser aux femmes vivant dans la pauvreté.

 

Plus que tout, je ne voulais pas refuser de faire ma part en tant que femme quand une opportunité se présentait car je pense que les femmes peuvent et doivent contribuer dans tous les domaines de la vie sociale. Je me suis aussi alors rendue compte que travailler pour ceux qui vivent dans la pauvreté peut être réalisé de différentes manières. Si chaque année, je pouvais motiver ne serait-ce que 5 étudiants à se consacrer au travail en faveur des pauvres, cela aussi serait une contribution à leur égard.

 

Et mon expérience depuis cette époque ?

Je suis donc entrée à Vidyaojoti en tant que professeure en 1999 et bien acceptée par mes collègues et les étudiants.

 

À partir de cette base, j’ai pu m’ouvrir encore plus : ainsi je suis devenue membre de l‘association indienne de théologie en 2002 et d’autres organisations similaires. J’ai aussi pu présenter mes recherches, écrire des articles et les voir publier. Souvent j’étais la seule femme, mais cela ne me gênait nullement. J’aime beaucoup participer aux rencontres annuelles et on m’a vite confié des responsabilités importantes. Ainsi, j’ai été la première femme Présidente, poste que j’occuperai trois ans.

 

Mes relations avec les évêques et archevêques ont été positives. Ainsi, quand je fus invitée par Caritas-Inde à parler du « Rôle de Caritas dans l’évangélisation », il y avait des évêques dans la salle et à la fin de mon discours un bon nombre est venu me féliciter pour ma présentation.

 

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés. En tant que femme, je donne mon maximum pour montrer que je suis capable ; parfois, je me sens exclue. Je ne nie pas avoir parfois songé à renoncer. Parfois les raisons mêmes de mon exclusion n’étaient pas claires : mon sexe, mon ethnicité ou toute autre raison auraient pu en être la cause.

 

Par exemple, lors d’une présentation de livres, je fus la seule, parce que femme, à ne pas être invitée à m’asseoir sur le podium et reléguée dans la salle avec le public. Une autre fois, un de mes collègues masculins a eu droit à une cérémonie dans notre institution pour la sortie de son livre, quand une telle chose me fut refusée.

 

La société indienne est toujours très patriarcale dans son comportement et son système de valeurs. Trop souvent les femmes ne sont pas traitées en égales que ce soit à la maison, dans l’Église ou dans la société. La plupart des séminaristes pensent ainsi. Il leur est donc difficile de traiter les femmes avec respect et de les considérer comme égales. Évidemment, une fois qu’ils seront ordonnés, cette attitude sera renforcée. Parce qu’ils font partie de l’Église hiérarchique, beaucoup s’estiment supérieurs et cette attitude se révèle dans leurs relations avec les laïcs et les femmes en particulier.

 

Cependant, ces derniers temps, certains séminaires ont commencé à introduire des cours de théologie féministe ou sur d’autres sujets afin de rendre les séminaristes plus réceptifs à l’égalité des sexes. C’est évidemment un pas dans le bon sens, mais cela ne suffira pas pour faire changer les mentalités de tous les séminaristes.

 

Si l’on considère le Nouveau Testament en dehors des évangiles, je me pose souvent la question du devenir de Marie-Madeleine après sa relation aux apôtres de la Résurrection du Seigneur. On ne parle plus d’elle, de ses activités missionnaires. Et pourtant, je ne peux pas un instant m’imaginer qu’elle est rentrée chez elle et a repris son train-train quotidien après un tel événement. Où est son histoire ensuite ? Pourquoi n’en parle-t-on pas ?

 

Récemment, lors d’un cours aux séminaristes, je leur ai indiqué les éléments traditionnels patriarcaux dans les passages bibliques et leur ai indiqué qu’il fallait bien en être conscient. Immédiatement l’un d’entre eux m’a répondu que la Bible était un livre inspiré et donc que chaque mot l’était aussi. Puis il m’a demandé de lui fournir un exemple de ce que j’affirmais. J’ai donc pris Nombres 5, 11-31, une suite compliquée de moyens de reconnaître si une femme est fidèle ou non et quel devrait alors être son châtiment. L’ayant lu, j’indiquai alors clairement aux séminaristes comment moi, femme, je ressentais tout cela et leur déclarai que je ne puis accepter que ces directives proviennent du Dieu d’amour, de compassion et de justice qui s’est révélé en tant qu’homme ou femme, en Jésus Christ.

 

C’est pourquoi, durant leurs années de formation, les séminaristes doivent être en contact beaucoup plus fréquent avec des femmes, qu’elles soient professeures, guides spirituels ou formatrices. Ils doivent aussi travailler avec elles. Un premier pas pourrait être d’y avoir un nombre égal de professeurs masculins et féminins, laïcs ou ecclésiastiques.

 

Mon itinéraire en tant que théologienne féministe systématique a été très important pour moi. Je ressens une certaine satisfaction intérieure de savoir que je réponds ainsi à un appel divin.

J’espère continuer dans cette même veine et contribuer ainsi au règne de Dieu à notre époque.

 

Sœur Shalini Mulackal,

http://globalsistersreport.org/column/spirituality-equality/being-first-woman-lead-indian-theologians-39046

Crédit photo: 
http://globalsistersreport.org/authors/shalini-mulackal
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