Une porte vers la prêtrise s’entrouvre pour les femmes

Anne-Joelle PHILIPPART
19/02/2017

Début février, la revue Jésuite « La Civiltà Cattolica » a publié (n°3999) un article audacieux questionnant, de façon pertinente, quelques-uns des verrous empêchant les femmes de vivre leur vocation à la prêtrise.

Cette revue, dont les épreuves sont relues, avant publication, par la Secrétairerie d’Etat, jouit d’une grande crédibilité et semble appuyée par la Pape lui-même. Ainsi, à l’occasion de la parution du numéro suivant (n°4000), le pape, dans un entretien avec l’équipe de rédaction, a conforté leur travail et les a encouragés à être « une revue de pont, de frontière et de discernement, riche du regard du Christ sur le monde ». Pour le Saint-Père, une foi authentique implique toujours un profond désir de changer le monde.

Giancarlo Pani, l’auteur de l’article ancre sa réflexion autour de trois moments clé de la question de l’ordination des femmes.

Tout récemment, le 2 août 2016, le Pape, honorant sa promesse du 12 mai, met en place la commission chargée d’étudier l’histoire du diaconat des femmes dans le but, éventuellement, de le restaurer.

Des années auparavant, clôturant une série de documents pontificaux sur l’ordination des femmes, le pape Jean-Paul II publie, en 1994, la lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis. Celle-ci déclare que l’Eglise n’a, en aucune manière, le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise.

En 1995, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) publie une réponse face aux nombreux débats suscités par la lettre apostolique. Elle décide de rendre, rétroactivement, la lettre apostolique infaillible par la force du Magistère ordinaire et universelle. Son contenu doit être tenu pour vrai toujours et partout. Il doit être considéré comme un dépôt de la foi catholique (ndlr : Autrement dit, la non adhérence au contenu de la lettre exposerait le fidèle à ne plus être en communion avec l’Eglise). Au lieu d’apaiser le débat, cette réponse dynamise la contestation et l’indignation. (ndlr : Ainsi, l’infaillibilité a rapidement été réfutée sur base d’arguments solides par de nombreux théologiens et notamment les théologiens de la « Catholic Theological Society of America » mais d’autres encore comme N. Lash, E. Johnson et G. Greshake considérant que Rome n’avance aucun argument valable tiré de l’Ecriture ou de la Tradition ou F. A. Sullivan SJ, et Y Bergeron arguant que les conditions de l’infaillibilité ne sont pas remplies).

Développant des arguments solides, Giancarlo Pani en appelle, non pas à faire évoluer l’Eglise en fonction des changements du monde, mais, plutôt, à faire intervenir l’intelligence de la Foi dans la compréhension d’une doctrine donnée. L’auteur émet ensuite des doutes sur le caractère infaillible et définitif du « non » catégorique de Jean-Paul II envers l’ordination des femmes. Il en appelle à une prise en compte de l’évolution de la place des femmes dans la famille et dans la société au 21ème siècle. Ces développements récents rendent incompréhensibles les logiques d’exclusion des femmes de la prêtrise et sont révélateurs, non pas de l’autorité du Magistère, mais de son autoritarisme. L’auteur conclut enfin en disant qu’on ne peut indéfiniment se reposer sur les faits passés en les présentant comme seule source des inspirations de l’Esprit. Aujourd’hui, l’Esprit-Saint guide l’Eglise et lui suggère de courageuses hypothèses dégageant de nouvelles perspectives. En d’autres mots, le fait que l’Eglise catholique n’ait jamais eu de femmes prêtres n’empêche pas qu’elle en ait dans le futur, rejoignant en cela une idée déjà défendue en 1948 par Y Congar, O.P.

Pour rappel : Le refus de l’ordination des femmes à la prêtrise est traditionnellement ancré dans un essentialisme biologique où la différence des sexes est exacerbée et envahissante de tout l’être. Seul l’homme peut être signe du Christ Epoux qui se livre dans l’Eucharistie. Le sexe déterminerait davantage notre être que notre commune humanité.

Le débat autour de l’ordination des femmes n’est pas neuf. Dès 1911, quelques catholiques s’organisent pour prendre la défense des femmes, ce groupe humain privé légalement de toute voix. Cette association, appelée « L’Alliance », avait compris que le milieu catholique diffusait des théories et des comportements propres à perpétuer la subordination des femmes. En 1958, l’Eglise luthérienne de Suède admet les femmes au ministère pastoral et, par ce fait, stimule la question de l’ordination sacerdotale des femmes catholiques. Dès 1961, L’Alliance argumente en faveur de l'ordination des femmes sur base d’éléments théologiques. Les dossiers présentés reçoivent échos et soutiens auprès d'évêques et de cardinaux. En 1965, une conférence de presse sur le sujet est accueillie favorablement et les milieux catholiques commencent à s'inquiéter du refoulement des femmes dans l'Eglise. En 1970, une amicale est créée pour aider les femmes à discerner leur vocation à la prêtrise. L'Eglise oblige cependant l'association à interrompre ses activités. Dès 1971, la conférence épiscopale catholique du Canada se déclare en faveur de l'ordination des femmes. En 1971 et en 1973, l’évêque anglican de Hong Kong ordonne trois femmes, marquant un nouveau tournant dans ce dossier. En effet, les anglicans, contrairement aux luthériens, ont maintenu la succession apostolique. En 1975, le synode général des Eglises anglicanes du Canada et d’Angleterre approuvent le principe de l’ordination des femmes à la prêtrise. L’archevêque de Canterbury informe Paul IV de la formation lente mais déterminée d’un consensus général au sein de la communion anglicane affirmant qu’il n’y a aucune objection fondamentale à l’ordination des femmes. Paul VI lui répond par l’envoi de deux lettres de mise en garde. En 1975, à l’occasion de l’Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes à Nairobi, il leur est demandé de réfléchir à leur position de principe sur la question de l’ordination des femmes.

L’Eglise répond en trois temps. En 1972, Paul VI publie le motu proprio « Ministeria Quaedam » créant les ministères institués d’acolytat et de lectorat. Il les réserve aux hommes. Les femmes sont, ainsi, exclues des ministères exercés par des laïcs. En 1976, la CDF signe, avec l’autorisation de Paul VI, la déclaration « Inter Insigniores » excluant les femmes de la prêtrise. En 1994 et 1995, Jean-Paul II et la CDF haussent le ton et affirment plus fermement l’exclusion des femmes de la prêtrise ( cf. ci-dessus)

La publication d’aucun de ces documents n’arrête les débats. Par exemple, en 1981, le groupe québécois « Chrétiens pour une Eglise populaire » publie un manifeste où il demande, en autre chose, une égalité entre les femmes et les hommes et l’ouverture de tous les ministères d’Eglise aux femmes. En 1984, la Conférence des évêques canadiens publie une série de recommandations prônant et promouvant une réelle égalité des femmes et des hommes dans l’Eglise, une reconnaissance du travail des femmes en Eglise par des mandats officiels, l’utilisation d’un langage inclusif et une présence des femmes dans les structures décisionnelles. En 1994, la Conférence des évêques canadiens publie deux requêtes de contestation signées par de nombreux hommes et femmes. En 2002, 7 femmes sont ordonnées prêtres catholiques par un évêque issu d’une branche de l’Eglise vieille-catholique. Depuis, l’association « Roman Catholic Women Priest » continue à ordonner des femmes même si celles-ci se font excommunier le jour de leur ordination. Elles sont aujourd’hui plus de 200. D’autres associations voient le jour et défendent peu ou prou la prêtrise pour les femmes ou, à tout le moins une place réelle pour les femmes dans l’Eglise catholique. Parmi celles-ci nous trouvons La Women Ordination Conference, Le Comité de la Jupe, Fhedles ; Femmes et Ministères…Les colloques et conférences sur le sujet se multiplient dans de nombreux pays.

Anne-Joelle Philippart, 13 février 2017.

Une bibliographie est disponible sur demande, contactez le Comité de la Jupe. 

 

 

Share

Ajouter un commentaire