Un livre à lire : Le christianisme est-il misogyne ?

Comité de la Jupe

Un livre à lire : Le christianisme est-il misogyne ?

Place et rôle de la femme dans les Eglises, par Jospeh Famerée, Marie-Elisabeth Henneau, Elisabeth Parmentier, Anne-Marie Reijnen, Editions Lumen Vitae, collection Trajectoires, 2010, 124 pages, 16 euros, diffusion Editions du Cerf.

Ce petit livre, intelligent, honnête et modéré, dit beaucoup de ce qu’il est utile de savoir sur la question de la place des femmes dans les Eglises chrétiennes. En quatre chapitres de très bonne tenue, sans bavardage, il rappelle l’histoire et l’enjeu représenté pour les Eglises par les théologies féministes, il fait l’état des revendications des femmes devant les paroles du magistère romain, il dresse l’itinéraire théologique qui traverse la question des genres et des sexes, et il expose la conception traditionnelle de l’anthropologie ecclésiale.

Les lieux d’achoppement, on les connaît bien : ce sont l’androcentrisme des Eglises (y compris dans le langage), l’apologie de la différence entre les sexes, la prétention magistérielle à faire des femmes un objet de discours et non des sujets doués de parole. Tout cela est fort bien analysé par les auteurs. Celui ou celle qui souhaite un état des lieux trouvera ici un bon livre de référence.

Un mot seulement sur les perspectives d’avenir abordées en conclusion. L’auteur est sans illusions. Il n’espère pas que demain des femmes seront ordonnées prêtres.

Il estime en premier lieu que le dossier théologique oblige à ouvrir trop de questions latérales pour qu’il soit mûr (relations entre Tradition et Ecriture, articulation entre christologie et pneumatologie dans la conception du ministère, rapport de l’Eglise à l’événement historique de l’Incarnation). Bizarre, tout de même qu’en 2010, on continue à croire à la thèse de saint Thomas selon laquelle le Christ « dans le mystère de l’Incarnation » est prêtre en tant qu’être humain parce que sa nature humaine est l’instrument de la rédemption » ?

L’auteur objecte ensuite les risques pastoraux de schisme. Objections plausibles, sans doute, mais quel terrible constat d’échec pour l’Eglise d’en arriver à dire que la réunification des hommes et des femmes sous le vaste manteau de l’égalité des droits mène au schisme…. Position que, d’un point de vue strictement pragmatique, nous partageons au comité de la jupe, ajoutant même que la prêtrise étant en crise, il n’y a pas de raison que l’apport féminin renverse la tendance….

Enfin, prenons ce que le livre nous propose, et que le comité de la jupe demande avec insistance : que soient enfin dissociés ordination presbytérale et pouvoir de décision.  Il est inadmissible, monstrueux, même, que tout pouvoir de décision et d’enseignement dans l’Eglise catholique soit aux mains des seuls clercs.

Enfin, l’auteur a une parole – elles sont si rares ! – pour demander quand les religieuses parviendront-elles à se libérer de la tutelle de leurs « frères » masculins ?

Anne Soupa

Share

Ajouter un commentaire