SOS pour l'Eglise d'aujourd'hui

Comité de la Jupe

Henri Boulad SJ

Quand un prêtre jésuite égypto-libanais, catholique de rite oriental, professeur de théologie,

qui a tenu d'aussi importantes charges tant au sein de sa Congrégation (supérieur d'Alexandrie, supérieur régional d'Egypte, président de tous les supérieurs religieux d'instituts, recteur du grand Collège de la Sainte Famille du Caire),  qu'au sein de l'Église (à un niveau national et international), pendant de nombreuses années,

est amené à écrire une lettre personnelle au pape Benoit XVI, en 2007, et que l'on peut consulter sur le site suivant :

http://www.culture-et-foi.com/critique/henri_boulad.htm

On ne peut être que saisi que par un profond choc qui conduit au silence et à la réflexion, avec gravité et profondeur.

Non, ce n'est pas la lettre d'un illuminé mais bien de quelqu'un de profondément responsable et d'exigeant vis à vis de son Église où il a risqué et investi toute sa vie. Cette Église qu'il connait très bien du niveau le plus local jusqu'en ses dimensions internationales, dans une connaissance très fine des cultures tant Occidentale qu'Orientale.

Ce genre de lettre, on ne l'écrit pas avec légèreté ni de gaité de cœur mais parce que l'on est conscient à l'intime de l'intime d'un drame qui est entrain de se jouer. Et qui n'est ni plus ni moins que l'avenir de l'Église, de la pertinence de son inscription au cœur de notre humanité dans le temps qui est le nôtre. Ce genre de lettre, on ne l'écrit qu'une ou deux fois dans une vie. Mais parce qu'on a la conscience, extrêmement vive, d'un moment décisif qui se joue maintenant et qui ne peut être reporté à demain. Un "Kaïros" dirait-on dans certains cercles...

C'est une profonde leçon de "devoir de conscience" qui nous est donnée ici. Une profonde leçon d'obéissance au sens le plus noble et le plus évangélique qui soit : oser dire le Réel tel qu'il se donne à percevoir, sans condescendance ni travestissement ; et le faire connaitre à son supérieur, ici en l'occurrence le Pape, chef de l'Église catholique romaine. Simplement et totalement. Un Réel que l'on ne peut taire sinon en le trahissant. Un Réel qui nous oblige nous-mêmes à réagir, à bouger, pour s'ajuster.

Nous pouvons prendre le temps de peser la gravité d'une telle parole émergeant de la vie d'un homme, après un si long itinéraire de service et de fidélité sans faille.

Cette prise de parole, cette interpellation dans la plus stricte obéissance et le plus grand amour de l'Église, vient interpeller notre propre parole, notre propre engagement.

Lorsque l'expérience qui est la nôtre, même si elle est plus réduite, plus limitée localement, nous conduit cependant, en conscience, à la même perception et nous touche de la même manière, jusqu'à nous faire saigner le cœur ; alors non seulement nous avons à le faire savoir mais nous devons prendre les moyens pour le faire entendre.

C'est ainsi que nous trouvons une très impressionnante et exigeante mise en pratique du Canon 212 § 3 du Code de Droit Canonique de l'Église dont se réclame notre Comité :  "Selon le savoir, la compétence et le prestige dont ils jouissent, [les fidèles] ont le droit et parfois le devoir de donner aux Pasteurs sacrés leur opinion sur ce qui touche le bien de l’Église et de la faire connaître aux autres fidèles, restant sauvent l’intégrité de la foi et des mœurs et la révérence due aux Pasteurs, et en tenant compte de l’utilité commune et de la dignité des personnes."

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