Simone Veil, un témoignage

Jacqueline Lach-Andreae
05/07/2017

À la CCBF et au Comité de la Jupe depuis leur création, Jacqueline était l'époque des faits élue dans une ville de la périphérie toulousaine et engagée au Centre des Démocrates Sociaux. Les femmes du CDS avaient créé une section locale des « Femmes démocrates" organisatrice de cette manifestation.

Bien des voix autorisées demandent que la dépouille de Simone Veil rejoigne au Panthéon les grands Français qui ont marqué l’Histoire de France. Je les rejoins d’autant plus volontiers que Simone Veil est déjà dans mon Panthéon personnel depuis bien longtemps.

Bien sûr, elle y est à plus d’un titre :

- la jeune fille déportée à Auschwitz ;

- la grande européenne ;

- la grande voix qui, le 26 novembre 1974, a porté le projet de loi sur l’IVG : « Je voudrais vous faire partager une conviction de femme, aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes… »

Ne pas fermer les yeux sur l’évidence, l’avortement a été de toutes les époques et dans tous les milieux, seule la fortune faisait la différence. Ensuite la vie reprenait ses droits, on mettait le secret au placard. Les rigueurs de la loi n’étaient  pas toujours appliquées, « Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? », la morale serait sauve ! Mais quelle morale ?

Et la dignité de la femme, riche ou pauvre ? Cette dignité souvent seule richesse des pauvres et des « sans-droits ».

Ce fut le motif de mon admiration sans borne pour cette femme pourtant insultée avec violence. J’ai surtout souffert de l’âpre méchanceté des adversaires à la loi de la dépénalisation de l’avortement et de la contraception car elle visait « la défenseure » de la dignité de la femme.

Je garde ainsi en mémoire un triste événement. C’était à Toulouse, dans les années 80, lors d’États généraux sur la condition féminine organisés par les Femmes démocrates. La plupart des associations toulousaines traitant de l’enfance, de la famille, de la condition féminine en général et de l’engagement en politique nécessaire à une démocratie équilibrée étaient présentes. C’était une belle salle. Simone alors députée européenne nous avait fait l’honneur de répondre à notre invitation.

Alors qu’elle arrivait à pied traversant l’espace extérieur, une double haie de femmes jeunes pour la plupart, récitant le chapelet et le cierge à la main, l’a obligée à la traverser. Simone a atteint notre table de conférence, très pâle, et très raide, avec dans les yeux la couleur bleue des lacs de glaciers. Quelle humiliation, quelle épreuve !

Pour moi, une blessure que rien n’a pu vraiment effacer car ces femmes étaient des catholiques, des femmes de mon Église, mais ce fut aussi pour moi la prise de conscience de la nécessaire liberté critique par rapport à la morale enseignée par l’Église catholique.

Jacqueline Lach-Andreae

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