Scandale des enfants de choeur, suite...

Comité de la Jupe

Si déjà, dans un sondage de « La Croix «  du 24 Avril 1985, un français sur deux trouvait l’Eglise catholique inadaptée à la société moderne ; force est de constater que 25 ans plus tard, il ne s’agit même plus d’inadéquation, mais d’un fabuleux bond en arrière .

Je viens d’avoir en main la feuille paroissiale d’un petit village, transmise à une amie par des catholiques aussi révoltés qu’abasourdis. Dans cette feuille explicative des activités paroissiales, la distinction entre les fonctions d’aide des garçons et des filles est particulièrement soulignée, tout à la fois dans la présentation (deux feuillets distincts), la dénomination, et le style.

Les jeunes garçons sont destinés à être servants d’autel. Ils doivent accomplir leur fonction "dignement".
Cette fonction se déroule en quatre étapes, illustrées par des grades, et des insignes gradués :
Novice, puis Servant, Clerc, et Cérémoniaire. Les Servants sont divisés en trois grades aux noms pompeux : servant, Cruciféraire, et Céroféraire ;

Les Clercs sont subdivisés en Acolytes et Thuriféraires ;
Le Cérémoniaire doit être confirmé, et porte une croix dorée, les autres grades bénéficiant d’une croix de bois, puis de bronze, et enfin, d’argent.
De nombreuses photos de jeunes servants en aube apparaissent avec leurs prénoms, valorisant les jeunes élus.

(Celles d’entre nous qui ont des enfants imaginent aisément la fierté ludique de petits garçons qui se vantent auprés de leurs copains "je suis Thuriféraire à l’église !" quelle aura !)

Le problème est qu’il ne s’agit ni de jouer, ni de paraître, mais de reçevoir et transmettre le message du Christ.

Les jeunes filles sont des « Auxiliaires de Marie ».
Elles sont présentées comme un « complément » des servants d’autel,
Il n’est plus question ici de dignité. Elles représentent le « Service Charité dans l’Humilité »
Leurs fonctions ne sont plus symboliques, ni religieuses, elles sont totalement matérielles :
Distribution des feuilles de messe, aide aux personnes âgées et malades, aux mamans pour les petits enfants,quêtes, chants ; et, tout de même, lectures.

Elles assurent aussi des fonctions « hors liturgie », comme des ateliers pour enfants.
L’atelier d’apprentissage des lectures est encadré par un homme, de même que celui qui participe à la rédaction du bulletin trimestriel.
Seules deux photos de jeunes filles anonymes illustrent ces propos, et un énorme encadré rappelle SERVICE CHARITE HUMILITE.

Il s’agit d’une confusion que l’on croyait révolue entre la différence biologique des sexes, et le clivage hierarchisé des fonctions.

Encore une fois, le genre masculin est consacré aux fonctions honorifiques, le genre féminin confiné dans l’ "humilité" de petites tâches. Cela n’a rien à voir avec la Foi, mais avec relève d’une idéologie sociale. Cette littérature m’a mise mal à l’aise, car elle m’a rappelé un souvenir inquiétant : la centralité de la notion de genre dans le programme du régime de Vichy ; avec la restauration d’un prétendu « ordre social naturel », reposant sur la différence hiérarchisée des sexes. On pourait citer une abondante littérature qui exalte la construction d’une virilité basée sur son négatif : le féminin. On est un homme parce qu’on n’est pas une femme !

Si l’humilité est une vertu si chrétienne, pourquoi ne pas l’apprendre aux jeunes garçons ?
Pourquoi ne peuvent ils être sensibilisés au grand âge, à la maladie, aux jeunes enfants ?
Cela les aiderait certainement dans leur future vie de couple et de famille .

L’instauration d’un pareil ordre rétrograde à l’intérieur de l’Eglise ne va aboutir qu’à un résultat :faire fuir toutes les personnes ouvertes sur le monde, citoyens engagés dans leur profession ou leurs activités pour la construction d’un monde meilleur, et attirer tous les passéistes. Peut on imaginer un instant que des mères elles-mêmes médecins, magistrats, ou chefs d’entreprise, vont inscrire au catéchisme des petites filles qui devront subir une telle ségrégation ? Et même si elles sont simplement infirmières ou employées, les mères sont traitées dans la vie civile avec une dignité inscrite dans notre Constitution. Les jeunes filles ainsi malmenées ne vont guère inciter leurs camarades à venir dans les aumôneries.

Il ne faut pas s’étonner si ensuite les média voient le catholicisme comme une secte moyenâgeuse, et diffusent cette image.
Il y va de la crédibilité de notre Eglise de manifester notre désaccord et notre indignation contre de telles pratiques, ensemble, hommes et femmes .

Michelle C.D.

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