Réflexions de Mgr Albert Rouet

Comité de la Jupe

RouetAlors que s'ouvre aujourd'hui même, 3 novembre, l'assemblée de nos évêques à Lourdes et qu'ils vont, entre autre, aborder dès ce mardi la réflexion sur l’avenir des communautés chrétiennes : situation des prêtres et des diacres dans les diocèses, collaboration avec les laïcs, organisation du tissu ecclésial. (source cef.fr) Nous recevons de Monique Hébrard ce message particulièrement entrainant :

Je vous partage un livre à lire absolument pour préparer la CBF !

Quel bonheur ! Voilà un archevêque (celui de Poitiers) qui parle le même langage que celui que j’ai entendu dans mon petit groupe lors de la Marche du 11 Octobre et que je résume par deux urgences : annoncer l’Evangile et vivre pleinement la responsabilité de tous les baptisés ! Je m’explique :

- Notre époque est en attente d’une Annonce… et l’Evangile peut y répondre (la preuve chez les catéchumènes), or cela ne passe pas ! Question de sainteté de chacun bien sûr, mais aussi de langage et de fonctionnement de l’institution qui fait barrage.

- Le concile a proclamé le fondement de l’Eglise en Christ dans l’égale dignité et responsabilité de tous les baptisés. Le baptême prime toute hiérarchie. Il est urgent que l’on vive le sensus fidelium (des théologiens comme Maurice Vidal, Jean Rigal, Bernard Sesboüé ne cessent d’en déplorer le non respect).

Personnellement ces deux aspects correspondent à ce que j’essaye de dire et de vivre depuis des années. J’étais donc très heureuse de les sentir partagés au cours de la marche et dans l’annonce par Anne Soupa d’une création de la Conférence des Baptisé-e-s de France.

Or voici que je retrouve la même sainte colère et la même impatience chez un évêque en exercice...

Pour vous mettre en appétit voici quelques petits extraits de

J’aimerais vous dire. Albert Rouet. Entretiens avec Dennis Gira. Bayard. 19€

À propos du langage.

« L’Église a la responsabilité de traduire et de transmettre le message qui lui a été confié […] Elle a à réélaborer constamment sa propre parole, parce que sa fidélité au Christ et à sa Parole est une fidélité créatrice, parce que l’incarnation veut que la personne du Christ s’exprime dans les langues que les hommes parlent vraiment et avec lesquelles ils vont découvrir que le Verbe s’est fait chair […] Aujourd’hui comment entendre le cri des hommes, si nous ne comprenons pas leur langue ? Et que peut dire l’Eglise si elle ne parle pas leur langue ? » (p.42, 43)

Qu’est-ce que la vérité ?

« Le silence du Christ devant Pilate est très parlant. Pourquoi se tait-il ? […] parce que ce qu’Il a à évoquer ce n’est pas “j’ai la vérité” – parole de toutes les tyrannies – mais “je suis la Vérité”. Une Vérité qui se livre, qui se met à hauteur d’homme, à la hauteur où l’homme se détruit, donc sur la croix. » (p134, 135)

Et la vérité morale ?

« La vérité ne peut plus se présenter sortant toute nue du puits. Elle doit aujourd’hui apporter la preuve de ses qualités existentielles et faire goûter ce qu’elle apporte » (p. 119)

« Je suis convaincu que l’on ne peut pas présenter la vérité morale, comme si elle permettait à la conscience d’esquiver ses responsabilités […] Une vérité morale qui est totalitaire est une vérité qui sort de la morale et se transforme en imposition. La morale dépasse l’imposition. Elle est dans le domaine du choix et elle met de la lumière. Cela étant il me semble que l’opposition fondamentale dans l’Évangile n’est pas entre le bien et le mal [… mais] entre ouverture et fermeture. » (p 130)

Attention à l’identitaire !

« … je trouve qu’il apparaît quelque chose de mortifère dans la façon dont les groupes chrétiens s’engagent pour l’identité. » (p. 164)

Repenser la manière de faire Eglise.

« Cette culture du dialogue, du débat, de la parole échangée comme signe de fraternité… » (p 211)

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Commentaires

ce livre est à déguster et à goûter... Quel bonheur si nous pouvions échanger dans l'Eglise sur ce livre et sur cette façon d'être ensemble...quelle ouverture!!! et en même temps quelle conversion cela exigerait de chacun!!!

Essai de réponse à Fred (3 Novembre) Vous éclairer, Fred, peut être pas, plutôt réfléchir avec vous à partir des questions qu'il ne faut pas extraire d'une explication ou d'une démonstration d'Albert Rouet. Il insiste beaucoup sur l'importance des mots, la difficulté que nous connaissons tous de formuler exactement une idée et d'être compris « ce n'est qu'après un très long travail de reprise qu'on arrive à dire à peu près clairement ce qu'on a envie de dire ». (page64) La question que vous relevez (page 43) n'a de sens que si vous l'intégrez au thème qu'il aborde « parfois,puisque ces gens parlent d'eux-mêmes, de leurs expériences personnelles, nous disons qu'ils sont subjectivistes( …) mais dans une société où vous ne pouvez rien... quel est l'endroit qui vous reste pour exister sinon votre propre subjectivité? (…) Par conséquent, si on n'entend pas ce cri des gens, si on ne les aide pas à gôuter à la bonté de l'Evangile, comment voulez-vous qu'ils y adhèrent? Ils se sentent incompris par la majorité des grandes institutions de ce monde..  ». Il évoque, me semble-t-il la nécessité, pour l'Eglise, d'écouter les hommes et les femmes qui ont des choses à dire, parce qu'ils luttent pour exister, pour vivre. Il souhaite que l'Eglise comprenne ce qu'ils vivent, et les rejoigne là où ils sont . Je pense qu'il évoque la difficulté que rencontre l'Eglise, non pas face à ses ennemis, elle a l'habitude, mais, c'est plus grave, face aux hommes de bonne volonté, à ceux aussi qui, en son sein même, ne sont pas écoutés: beaucoup de chrétiens se sentent, en conscience, disons déroutés, déconnectés, désolidarisés de ce que dit l'Eglise. Deuxième point : La morale. Oui, elle est dans le domaine du choix et non de l'imposition, oui, il faut qu'elle le reste, il me semble que c'est l'Evangile même, nous sommes libres, absolument libres d'adhérer ou non. L'Eglise éduque, conseille, exhorte, comme une mère mais, comme une mère elle est face à des enfants libres. Par exemple, Jésus n'impose pas au jeune homme riche de vendre ses biens, il ne condamne pas son refus , il le laisse libre de son choix. Vous voyez que ce n'est pas d'aujourd'hui que, pour un jeune, la morale chrétienne, n'est pas facile à vivre. Saint Paul écrit pour des communautés particulières, exhorte sa communauté à une époque donnée, dans des circonstances données, là aussi il est important d'étudier le contexte.

@Fred Il faut faire attention, quand on commence à penser que l'Église est légitime à faire autrement que le Christ parce qu'elle connaîtrait mieux la réalité humaine, on entre dans une logique dangereuse, admirablement illustrée par Dostoievski, dans la légende du grand inquisiteur, une incise d'une trentaine de pages qu'on trouve au coeur des "Frères Karamazov". Le grand inquisiteur explique à Jésus qu'il n'a rien compris aux hommes et qu'en leur laissant la liberté, il leur fait porter un fardeau trop lourd pour eux. heureusement, le grand inquisiteur et ses sbires sont là pour y remédier. Un un texte à lire absolument et à méditer longuement.

Xavier, Merci Xavier de nous conseiller cette lecture. Je viens de terminer "dans la peau d'un évêque", que vous nous aviez également conseillé sur ce site, et m'en suis trouvée toute ragaillardie. Je vais donc me procurer "J'aimerais vous dire". Nous conseiller des lectures pour nourrir notre mobilisation ou notre réflexion, voilà déjà une action bien concrète de la Conférence des Baptisés de France.

ce monsieur est magnifique! j'en voudriais plus! salut_b_logo

J'étais à la conférence que Mgr Rouet a donnée il y a quelques jours à la Procure. Quelle intelligence, quelle culture,quelle hauteur de vue et quel souci d'aller à l'essentiel. Des évêques comme cela on en redemande. Continuez Monseigneur.

Il y a quelque passage que je ne comprends si quelqu’un peut m’éclaire ça serait cool : Qu’est ce que Mgr veut dire lorsqu’il dit : « … Aujourd’hui comment entendre le cri des hommes, si nous ne comprenons pas leur langue ? Et que peut dire l’Eglise si elle ne parle pas leur langue ? » Personnellement, il me semble que l’Eglise fait de son mieux, certes ce n’est pas parfait mais ça ne l’a jamais été et ça ne le sera jamais. Sinon que le monde ne comprenne pas la langue de l’Eglise ce n’est pas nouveau et Jésus nous a prévenu . « Je leur ai donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. » Le deuxième passage que je ne comprends pas et qui me semble d'ailleurs un peu contradictoire avec l’évangile : « La morale dépasse l’imposition. Elle est dans le domaine du choix et elle met de la lumière.» Je n’ai pas l’impression en lisant les épitres de Paul, qu’il laisse beaucoup de choix aux communautés auxquelles ils s’adressent. Je voudrais partager mon expérience personnelle. Je pense qu’en matière de morale l’imposition est inséparable de la lumière qu’elle donne si elle est faite avec Amour. Personnellement pour tout ce qui est de morale, j’essaie toujours de faire d’abord confiance à l’Eglise et ensuite je cherche le pourquoi et j'avoue que je ne suis pas encore tombé sur une objection de conscience et Dieu sait combien la morale chrétienne est difficile à vivre à notre époque pour un jeune. Mais évidement pour y arriver cela nécessite d’abord d’aimer et de faire confiance à l’Eglise. Et si on doute un peu de l’Eglise alors ça peut devenir très lourd à porter.

Oui, il faut lire ce livre. En voici encore quelques extraits : " On a édulcoré la capacité pour tout baptisé de participer à la marche de son Eglise, ce qui a reforcé la catégorie de "clerc". (page 216) "Comment l'Eglise est-elle crédible? Quand des gens prennent la foi au sérieux au point de devenir responsables de son témoignage. Là se lèvent des enjeux considérables. Parce que dans la situation complexe où nous sommes, il faut revenir à l'essentiel, et l'essentiel est l'origine - pas au sens du commencement historique - mais de ce qu'est la source radicale. (page 217) "Il faut donc reconnaîte aux gens le droit de dire ce qu'ils ont à dire.(...) Et cette liberté existera toujours, même si de fait, aujourdhui, dnas l'Eglise, il se produit un gel, un gel de la pensée, un gel de la liberté de parler. Il y a trop de censeurs. Derrière les dénonciations, se cache trop souvent la volonté de contraindre les autres à penser comme leurs auteurs. Question de pouvoir. Il nous faut à tout prix garder notre liberté de penser de parler, de chercher. (page 230) " Le prêtre n'est pas là pour être placé en concurrence ou en prétention par rapport aux laïcs, il est là pour renvoyer au baptême. Le sacerdoce presbytéral renvoie au sacerdoce des fidèles." (page 256) "Le Christ ne nous jamais demandé d'être nombreux, il nous a demandé d'avoir du goût." (page 275) Anne

C'est essentiel, lire ce livre est essentiel. Se mettre en bouche avec Pietro de Paoli puis lire Mgr Rouet me semble être un beau et bon programme de lecture. Chaque chapitre de ce livre est un vrai petit programme en soi, une vraie proposition de réflexion pour tout groupe du même nom, une bouffée d'oxygène qui éclate en des milliers de petites bulles d'espérance et de sagesse. N'est ce pas ce que l'on appelle le bonheur? Mathilde

chère M.F. Merci pour ta réponse et pour le dialogue. 1er Point: Je crois que parfois on demande trop à l’Eglise, on veut parfois que l’Eglise nous rejoigne dans nos misères comme on le voulait, et non comme elle le veut, de la même façon qu’on demande parfois à Dieu d’exaucer nos prières selon notre volonté et non la tienne. Pour certaine personnes l’Eglise ne peut les comprendre que si seulement, elle les approuve, autrement ils se sentent rejetés. Je citerais par exemple la communauté homosexuelle que ne se sentira accepter par l’Eglise que si seulement elle considère leur union semblable à ceux des couple hétérosexuel autre reconnaissance ne les intéresse pas .Et pourtant l’Eglise peut leur apporter bcq comme d’ailleurs elle le fait dans les paroisses en discrétion. On peut aussi faire la même analogie avec la situation des divorcés remariés. Alors personnellement je pense que l’Eglise rejoint nos contemporains dans leur misère mais elle le fait à sa façon p-e pas comme Jésus mais mieux que nos contemporains. J’accepte mal cette façon contemporaine d’auto flagellation, je pense comme Mgr Dagens l’a dit à Lourdes que nous rejoindront mieux nos contemporain en affirmant et en vivant courageusement notre identité catholique et notre foi catholique qu’en remettant constamment notre magistère en cause.

@Fred Cher Fred, l'Église, c'est nous, elle n'est pas extérieure à nous. Elle accueille avec nos bras, aime avec nos coeurs, ignore ou méprise avec notre mépris. Nous devons prier sans relâche afin d'être configuré au Christ, afin d'aimer avec son amour, d'accueillir avec ses bras, et de ne pas mépriser ni ignorer car alors, c'est le Christ que nous méprisons, c'est lui que nous rejetons. Il n'y a pas d'autre façon de faire que de faire comme Jésus, en tout, et pour tout. "Ce que vous aurez fait au plus petit, c'est à moi que vous l'avez fait."

(suite à M.F) 2eme Points la morale Certes Jésus n’impose rien à personne mais au moment où il parcourait la Palestine l’Eglise n’existe pas, il la prépare. Le rôle qui fut celui de Jésus ne fut pas exactement le même que celui qu’il a confié à Pierre, Paul, Jean …. A eux il les a confié l’Eglise de la bâtir, et de la préserver du péché. L’Eglise n’a pas commencé dans les rues de la Judée avec Jésus mais lors de la Pentecôte avec l’Esprit Saint. Alors c’est normal que Jésus n’ait rien imposé. Il n'était à la tête d’aucune institution. Mais l’Eglise ne peut pas agir ainsi parce que c’est aussi une institution. Pour le dire brutalement l’Eglise existe au moment où elle se conçoit comme un corps organisé, avec un dedans et un dehors, et le pouvoir et la loi de dire qui est dedans, qui peut entrer… et qui doit sortir. Autrement dit ce qu’on doit accepter et respecter. Alors en effet c’est normal que l’Eglise dés son début ait pris des positions claires et précises sur la morale qui n’ont d’ailleurs pas changé depuis 2000ans. Si l’Eglise a imposé dès le début une morale à suivre c’est que dans son discernement, elle s’est rendu compte que la vie en Dieu n’est pas inséparable avec une certaine vie morale correcte. Alors c’est vrai qu’en effet l’intensité de l’imposition, a varié selon les époques, mais ni l’imposition, ni la morale n’ont changé depuis 2000 ans. Alors si Vatican II fait parti des conciles les plus patristiques que l’Eglise ait jamais connu ce qui nous a permis de revenir à l’essentiel, il ne faut pas aussi oublier que dans la patristique l’imposition de la morale tient une grande place. Je ne vois donc pas comment on peut évacuer une réalité aussi unanime dans la tradition et dans l’histoire de l’Eglise en disant que c’est une époque donnée, dans des circonstances données sans faire une rupture avec la tradition .

chère Christine , Je suis entièrement d’accord avec vous à tout point de vue, mais il ne faut pas aussi oublier que la vraie compassion ne se fait pas nécessairement comme on le voudrait toujours. La compassion est aussi vérité. Et la vérité est parfois douloureuse mais elle donne une joie profonde, mais surtout plus durable. Certes vous pourrez me répondre que la vérité c’est le Christ mais je pense que l’ensemble des doctrines de foi et morale que nous proposons, que l’Eglise propose sont la somme des affirmations nécessaires que l’Eglise nous donne au cours de l’histoire pour que soit correctement reçue la lumière du Christ. Or notre époque voudrait que la compassion de l’Eglise se fasse certes avec nos bras et nos cœurs mais à leur manière c'est à dire selon leur vérité d’où la nécessité d’affirmer notre identité catholique au risque de confondre notre vérité avec celle du monde. Je voudrais terminer par un exemple, celle Mère Teresa ou de Pr Lejeune qui ont été exemplairement compatissant tout en combattant l’avortement.

Fred, pour terminer, d'accord avec Christine, attention aux bûchers . Je pense très franchement, Fred, que l'Eglise n'a pas inventé la morale, le premier Testament en est truffé. Etes-vous sûr, d'autre part, que Jésus n'a pas évoqué la morale chrétienne ? Page 78, dans le livre d'Albert Rouet, sont rapportées les paroles de Jean XXIII dans son discours d'ouverture de Vatican II: "Autre est le dépôt de la foi, c'est à dire les vérités contenues dans notre véritable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées.." et le Concile dans son décret "Unitatis Redintegratio" dit: "Toute rénovation de l'Eglise consistant essentiellement dans une fidélité plus grande à sa vocation, c'est dans cette rénovation que se trouve certainement le ressort du mouvement vers l'unité (...) Si donc, par suite des circonstances, en manière morale, dans la discipline ecclésiastique, ou même dans la formulation de la doctrine (..) on se soit montré trop peu attentif, il faut remédier en temps opportun d'une façon appropriée" Vous voyez,la rénovation doit être le souci de l'Eglise. Une Eglise, comme une communauté, figée, gelée meurt. De saint Paul en 50 à 2009, l'Eglise a changé, mais Jésus-Christ dont elle ne cesse de chercher le visage et le faire connaitre, est le même bien vivant, avec elle, jusqu'à la fin ds temps, même si ses membres font des erreurs (n'a-t-elle pas demandé pardon? La rénovation de l'Eglise, l'aggiornamento, c'est la raison d'être de Vatican II, qui a offert une feuille de route, un très vaste chantier de rénovation lancé il y a 44 ans mais qui est loin d'être achevé. Il ne s'agit pas d'attaquer le magistère, mais réfléchir avec lui, car Albert Rouet, archevêque de Poitiers,membre du magistère, exprime, comme beaucoup de chrétiens, cette nécessité.

@Christine Vous avez parfaitement raison, le serviteur n’est pas plus grand que son maitre. Mais si notre vocation est d’être comme le Christ, notre grandeur d’enfant de Dieu est de ressembler au Christ tout en complétant la mission du Christ en y mettant notre touche. L’Eglise que nous sommes est un corps organisé, avec un dedans et un dehors, et le pouvoir et la loi de dire qui est dedans, qui peut entrer… et qui doit sortir. Autrement dit, ce qu’on doit accepter et respecter, elle ne l’a pas inventé parce que non seulement nos ainés dans la foi l’ont fait mais c’est surtout un commandement du Christ . Rappelez vous ces paroles du Christ : « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autres, pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins. Que s’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s’il refuse d’écouter même la communauté, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. » (Mt 18,16-17). Alors c’est vrai que le Christ dit à la femme adultère « Je ne te condamne pas non plus » mais il lui demande aussi de ne plus pécher «Va, et ne pèche plus». Alors qu’est ce que l’Eglise, la communauté des croyant doit faire si elle doit faire face à un pécheur qui refuse d’écouter ? Manque –t-elle de miséricorde lorsqu’elle l’exclut? Je ne pense pas, ni saint Paul d’ailleurs. (1 Co 5,11-13).

Pardonner, Fred, pardonner, "soixante dix-sept fois sept fois!" ou encore: «Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés ; car, du jugement dont vous jugez on vous jugera, et de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous." Ces phrases sont selon moi les plus terribles de l'Évangile. Elles ne nous incitent pas au laxisme vis-à-vis de nous-mêmes mais à la miséricorde et à la tendresse vis-à vis de nos frères et soeurs. Alors, la correction oui, mais fraternelle! Et pour mémoire, Matthieu savait bien comment Jésus se comportait avec les publicain puisqu'il en était un lorsque Jésus l'avait appelé. Ne pas juger, Fred, c'est le commandement le plus difficile de l'Évangile!

@Fred, Votre logique est humaine, c'est celle de Caïphe: "Il y a intérêt à ce qu'un seul homme meure pour le peuple." Caïphe croyait de bonne foi qu'en retranchant le prêcheur de Galilée, il faisait le bien de la communauté… Selon la même logique, l'Église a livré ceux et celles qu'elle jugeait hérétiques, apostats, débauchés, blasphémateurs, etc au bras séculier. Je n'en suis pas fière. Le Christ sur la croix n'a pas attendu le repentir de ses bourreaux pour leur pardonner; "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Nous ne pouvons être intransigeants qu'envers nous-même. La seule poitrine de pécheur que nous pouvons frapper est la nôtre.

@Christine On ne peut pardonner « soixante dix-sept fois sept fois! » que celui qui reconnait sa faute et demande pardon. Quant à ne pas juger, oui vous avez raison mais à partir du moment que cela n’induise pas le laxisme, le manque de fermeté et par là la complicité et la légèreté de la communauté face au péché consciemment ou inconsciemment. Certaines personnes dans l’Eglise ont reçu un charisme spécial, de juger ce qui doit être lier ou délier comme les parents l’ont reçu envers leur enfants pour protéger la communauté, la famille face au monde. "je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes." (Matt. 10.16)

Oui, le livre du Père Rouet fait du bien même s'il est plus difficile à lire que le dernier Pietro de Paoli... Je crains malheureusement qu'il ne se sente bien seul ds la CEF ou du moins bien minoritaire. Merci pour votre site si bien fait et si nourrissant !

@Christine J'avoue que je ne vous comprend pas. Que faites vous par exemple de ces passages de l'évangile (Mt 18,16-17), (1 Co 5,11-13) et (He 12:11). Y-a-t-il une organisation au monde, religieuse, familiale, politique, ou sociale qui n'exclut pas pour mieux se protéger? Est-ce que c'est pour autant qu'on manque de charité en faisant ainsi ? L'excommunication est une loi les plus fondamentales de la science sociologique. Ceci dit de même que vous, je regrette douloureusement la manière dont l'inquisition a été faite mais je ne regrette vraiment pas l'esprit de l'inquisition et j'espère que l'Église ne permettra jamais un prêtre comme Eugen Drewermann d'exercer au nom de la communauté des baptisés. Ma logique est surement humaine mais je vous assure que je fais un effort de vous comprendre mais je ne vois pas comment on peut parler de l'Eglise comme institution sans qu'elle ait le pouvoir d'exclure. Certes ce pouvoir ne doit pas écraser mais si on juge qu'il écrase, là on juge aussi ces hommes de l'Église qui exercent ce pouvoir très difficile or comme vous disiez « Ne pas juger, c’est le commandement le plus difficile de l’Évangile! ». D'autant plus que comme Paul le dit, il n'est pas toujours facile de voir les bienfaits d'une correction « toute correction ne paraît pas sur le moment être un sujet de joie, mais de tristesse. Plus tard cependant, elle rapporte à ceux qu'elle a exercés un fruit de paix et de justice. »He 12:11

Fred, Avant toute chose, l'Église est une communion. C'est la réalité qu'elle reçoit de Dieu. En ce qu'elle est une communion, elle est divine et parfaite. Elle est aussi une institution, et en ce qu'elle est une institution, elle est humaine et imparfaite. Le corps sociologique de l'Église se défend comme n'importe quelle institution humaine. Le corps mystique de l'Église s'offre comme le Christ s'est donné et se donne toujours. Je crois que l'Église doit inlassablement nous appeler à la sainteté, jusqu'à l'héroïsme, mais je crois aussi que l'Église s'égare quand elle condamne. Maintenant, Fred, je crois que nous avons mesuré ce qui distingue nos visions et qu'il serait sage de laisser l'espace du débat à d'autres personnes. Merci de votre compréhension.

bonjour, Je saisis cette page réconfortante sur les opinions, vous concernant, d' un institutionnel de l' Eglise (Mgr A. Rouet) pour vous dire ma joie: l'idée de lancer la CBF partenaire de la CEF (mais pas encore ) est donc GENIALE. Bon vent, courage, patience, pas d'anathèmes irréversibles car c'est une tâche de très longue haleine que vous engagez ! je vous suis, je vous lirai régulièrement dans les mois qui viennent, avant d'aller ensuite, si tout se passe comme il faut - c'est à dire pas uniquement sur les hauteurs de la théologie - sur le terrain basique de ma vie de croyant catholique sans cesse partagé entre la conviction de ma foi et le doute de ma raison et ma philosophie à la fois modeste et surtout très humaine.

je suis bien contente de voir tant de personnes lire le livre du père Rouet! Il écrit depuis longtemps, avec exigence et toujours très bien à mes yeux! OUi, il ranime l'espérance au sein de l'Eglise que nous sommes! Merci à Christine d'avoir dialogué avec Fred dont je me sens bien éloignée...exclure, intérieur, extérieur...droit, devoir...toutes choses avec lesquelles je trouve qu'il faut être plus que prudent...mon mari est luthérien et grâce à Dieu l'Eglise du Christ n'est pas limitée à la seule église catholique, pas plus qu'à la seule église orthodoxe ou à chacune église protestante! Bon temps pascal à tous!

Chère Claire, Dieu seul connaît les coeurs ; et il revient à Dieu seul de nous sauver. Mais je crois qu'il faut rendre sa signification au "Et unam sanctam catholicam et apostolicam ecclesiam" que nous disons à la messe le dimanche, dans quelque langue que ce soit. C'est le concile Vatican II, dans Unitatis redintegratio, c'est-à-dire le décret sur l'oecuménisme lui-même, qui dit que l'Eglise catholique seule à une plénitude de grâce et de vérité et que c'est donc tout d'abord par elle que s'accomplit le salut. "Tu es Petrus..." Cela ne doit pas nous empêcher d'aimer nos frères luthériens et de prier pour eux.

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