Réflexions

Comité de la Jupe

Olivier Legendre, auteur connu d'un des best-seller actuel sur l'Église (Confession d'un Cardinal, éditions Lattès, 2006) nous livre sa réflexion. Elle s'appuie sur les nombreux contacts et réactions qu'il a pu avoir grâce à son livre. Ces contacts confirment l'actuelle mobilisation d'un bon nombre de chrétiens et la volonté que l'avenir de l'Église se construise avec l'aide et la participation effective de tous...

LEGENDRE

Initiatives chrétiennes

Lors d'une conversation avec Monique Hébrard, nous en sommes arrivés à nous poser la question de la manière dont les différentes initiatives qui surgissent aujourd'hui dans le monde chrétien pourraient collaborer, chacune gardant l'originalité de sa démarche. Et puis nous avons abordé les éléments à prendre en compte quand on « lance » de telles initiatives. Monique m'a suggéré de mettre sur papier la teneur de notre conversation. Le texte ci-dessous pourrait être lu comme une série de conseils ; je pense qu'il est plutôt l'expression de ma conviction.

Collaboration

Il y a eu, il y a, et il y aura de nombreuses initiatives chrétiennes venant des laïcs. Ces initiatives peuvent être connues ou très discrètes. Certaines se veulent purement locales, d'autres ont l'ambition d'élargir leur champ d'action. Se pose alors obligatoirement la question d'une collaboration entre ces initiatives.

Même si certaines des initiatives semblent poursuivre des buts communs, il me semble que le vrai critère de collaboration réside plus dans une « manière de faire » que dans ce partage d'objectifs. L'absence de colère à l'égard de l'institution (ou l'effort pour diminuer la colère), le désir d'agir au plus près de l'Évangile, la volonté de dialogue qui permet de s'enrichir mutuellement, sont des ferments plus riches que le désir d'avoir plus d'influence ensemble que séparément pour atteindre ce but commun. Par ailleurs, je ne pense pas que la rencontre entre ces différentes initiatives doive se faire sous la « houlette » de qui que ce soit, mais plutôt en s'appuyant sur un socle commun de « manières de faire évangéliques ».

Lancement d'initiatives

Je vois trois éléments importants quand on est en train de lancer une initiative chrétienne.

Il me semble que chacune des initiatives doit trouver « pour quoi », et non « contre quoi », elle est lancée et poursuivie. L’origine de telles initiatives peut se trouver dans une protestation, mais celle-ci ne suffira pas à créer du succès dans l'action de longue durée.

Je crois aussi que toute action chrétienne doit, de façon ou d'une autre, comporter trois aspects : une vie de prière (pour dégager une spiritualité), un partage entre les membres (pour faire d'une certaine manière « communauté »), une vie de service (qui peut être le contenu de « l'initiative », mais aussi, en plus, un service concret pour les plus « pauvres »).

Et j'ajouterai qu'il peut être très dangereux de n'inscrire son action que dans le cadre des « problèmes de l'Église », car nous sommes chrétiens « pour le monde ». Plus précisément, on peut se poser la question « qu'est-ce que cela change pour le monde que nous existions, en tant qu'individus, en tant que mouvement, en tant qu'initiative ? ». En termes plus crus, ne nous laissons pas embourber dans les problèmes d'Église, alors que le monde crie sa soif de sens.

Olivier Le Gendre

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Commentaires

Je rejoins Olivier Legendre sur l'importance de la “manière de faire”, plutôt pour moi, je parlerais de la manière d'être, en précisant qu'il s'agit à mes yeux, d'une manière d'être avec le Christ, le Père et l'Esprit comme avec nos soeurs et nos frères en humanité, dans un va et vient d'apprentissage... Nos relations humaines enrichissent nos relations avec notre Dieu trinitaire et réciproquement... Cette manière d'être, toujours à ajuster tout au long de notre vie, détermine de fait ce qu'Olivier Legendre appelle “à s'engager sur des pour quoi” et que j'appelle moi-même, avec ma culture “d'ingénierie de projet” sur le champ de l'accompagnement social, sociétal et politique, individuel et collectif, un “futur désiré” ou des visées... En effet, pour être ajusté dans nos relations humaines et transcendentales, nous avons à prendre en compte, les valeurs qui nous constituent et qui nous portent au service de nos frères et soeurs en humanité dans un respect complet de leur propre liberté et désir... Ainsi, pour moi, la CBF aura à déterminer le “champ de ses valeurs” au plus près de l'Evangile afin d'adosser sa démarche sur un socle de valeurs communes, faisant cohérence, sans être enfermant... Juste, un exemple pour ne pas être trop long... Le Christ donne sa vie pour chacun d'entre nous et rejoint le Père dans sa Résurrection... Il témoigne ainsi d'un amour qui se donne, toute puissance dans une totale impuissance... Fragilité du don pour l'autre puisqu'il me rend prisonnier de sa liberté et en même temps, ce don d'amour est toute puissance puisqu'il ne se laisse déstabiliser en aucune circonstance... Cela peut se traduire dans notre écoute les uns les autres, dans aimer l'autre en premier, le stimuler dans ce quoi il est appelé au plus profond de lui-même et le reconnaître dans la plénitude de sa propre liberté... Avec mes excuses pour avoir été trop long... élie somot

oh non, Elie, ne vous excusez pas ! Il est tellement stimulant de lire des propos qui, en esprit de Pentecôte, disent dans une langue particulière - pour vous, donc, celle de "l'ingénierie de projet" dans le champ social et politique - ce qu'Olivier Legendre a admirablement dit dans la sienne propre et que nous sommes nombreux à chercher à exprimer chacun avec nos mots ... A mon tour d'essayer de dire, en cette langue - ou ce métalangage ? - qu'est la médiation, la "chose", la cause qui nous tient en dialogue les uns avec les autres. En médiation on est toujours en mode ternaire. En médiation dès qu'on est deux, deux personnes ou deux groupes, on est en fait trois : il y a ce tiers qu'il importe d'apprendre à décrypter pour le cultiver. (Et l'erreur des médiateurs professionnels est de se présenter comme étant eux-mêmes ce tiers qui aurait pour mission d'éteindre les conflits...). Or le tiers entre deux protagonistes n'est autre que leur lien entre eux : selon les cas leur amour, leur amitié, le bien commun, ou tel projet particulier, éventuellement leur conflit. Quand O. legendre appelle "à s'engager sur des pour quoi", il invite à se tenir en médiation. Chaque fois que nous parvenons à nous tenir avec les autres en des "pour quoi", les conflits ne sont plus ce mal absolu qu'il faut réduire à tout prix car ils sont désamorcés de leur agressivité et s'ils durent ce peut être pour un plus grand bien. Vous invitez à "déterminer le champ des valeurs au plus près de l'Evangile" ; ce faisant vous désignez ce tiers qui tient dans la confiance et l'espérance en toutes questions touchant à l'Eglise : plus nous aurons conscience que c'est, à la fin des fins, l'Evangile qui nous tient ensemble, plus vite et mieux les difficultés que l'Eglise connait actuellement tourneront à bien. Ne sommes-nous pas réunis "à cause de Jésus et de l'Evangile" ?

Edmond Djitanghar s'est fait, au synode de Lourdes, l'avocat des femmes dans l'Eglise du Tchad, pour quelque chose qu'il désire mettre en place, et donc forcément contre quelque chose qui est de fait ? C'est pourquoi la question du pour ou du contre est difficile, comment faire ? En purifiant l'état d'esprit de tout sentiment hostile, revanchard, de « pousse toi de là que je m'y mette », bien sûr, de la part de celles et ceux qui veulent être écoutés ; mais aussi de tout sentiment hostile, d'enfermement, de « viens pas troubler mon confort, pas de vagues » de la part de ceux à qui on s'adresse. Chercher des deux côtés ce qui unit, dialoguer, ouvrir un espace de dialogue, mais il faut être deux . La manière d'être ,oui,j'ajouterais dans le temps, il me semble .Il faut du temps pour toute chose, il a fallu plusieurs mois pour que les Pères de Vatican II intègrent le sens du discours d'ouverture de Jean XXIII , donnons du temps aux évêques pour qu'ils intègrent la lettre adressée le 29 octobre (10 jours!) mais toujours dans l'attention et la vigilance, la présence bienveillante, le souci de rénover, de construire pour un témoignage de foi chrétienne ,audible, crédible.

Bonjour, J’extrais une phrase de l’article ci-dessus : -------------- "Je crois aussi que toute action chrétienne doit, de façon ou d’une autre, comporter trois aspects : une vie de prière (pour dégager une spiritualité), un partage entre les membres (pour faire d’une certaine manière « communauté »), une vie de service (qui peut être le contenu de « l’initiative », mais aussi, en plus, un service concret pour les plus « pauvres »)." --------------- Quand j’ai envisagé d’adhérer à la future Conférence des Baptisés de France, ce que je ferai dès qu’elle sera créée, je me suis interrogée sur mes buts et mes attentes. Il se trouve que j’avais identifié 3 attentes que je retrouve dans l’article d’Olivier Legendre : 1. RENCONTRER les autres membres, discuter, en liberté (le « bol d’air »). 2. AGIR ensemble, au service de nos frères Vivre concrètement une action de service, avec des membres de la conférence. Par exemple, et à défaut d’autre idée : s’inscrire dans des actions organisées par des organismes existants chrétien(secours catholique), ou non (banque alimentaire, resto du coeur), ou organiser des actions caritatives propres. En ce qui me concerne, je préférerais une casquette chrétienne car je crois qu’elle fait partie du témoignage. Cet enracinement de chaque membre dans le concret me paraît important et nécessaire pour légitimer toute autre initiative. (Il fait partie aussi du Ministère de l’Ecoute, je pense) 3. PRIER ensemble entre nous, pour ne pas oublier Qui nous motive et nous accompagne et pour nous abreuver à la source. Prier aussi ensemble dans les structures d’Eglise existantes : communauté paroissiale de l’un ou l’autre des membres, communier ensemble lors d’une messe « ordinaire ». Il s'agit là de rester ancrés dans l'Eglise telle qu'elle est en attendant qu'elle soit comme on la souhaiterait. Les points 2 et 3 « agir » et « prier » sont pour moi d’égale priorité même si présentés l’un après l’autre. Si j’ai bien compris, il me semble que la CBF aspire à agir dans un quatrième domaine, spécifique : la prise de parole. Donner à nos frères, surtout à ceux qui ne sont pas dans l’Eglise ( "L’Eglise est pour ceux qui n’en sont pas", merci Thérèse) une parole nouvelle (complémentaire ?) par rapport à la parole institutionnelle. Anne et Christine ai-je bien compris ? Mes 3 attentes sont-elles cohérentes avec vos projets ? Avez-vous bien aussi comme objectif spécifique de « prendre la parole, de manière visible » ? (pas pour la prendre mais pour l’offrir) Fraternellement, Brigitte

Merci à Olivier Le Gendre pour sa "confession d'un cardinal" qui m'a enchantée et m'a donné beaucoup d'espoir pour l'avenir. J'ai essayé de continuer la réflexion en joignant le site sarepta-org.net indiqué dans le livre. Des réponses mais quelque peu dilatoires ! Puis sont venus les articles et livres de Pietro de Paoli, à commencer par son "longtemps je me suis tu…" et cela a fait tilt ! Je me retrouvais pleinement dans son expression et j'avais envie de poursuivre, mais comment ? Puis est né le "comité de la jupe" dont j'ai suivi de près l'évolution jusqu'à participer à la marche du 11 octobre et j'ai assisté avec bonheur à la création de la "conférence des baptisés" où justement j'ai eu la joie de rencontrer des gens de différentes sensibilités dans ou hors de l'Église. Alors pour rebondir sur la "conviction" d'Olivier, je voudrais lui dire que, oui, dans cette CFB les nombreuses initiatives chrétiennes que l'on sent monter en ce moment peuvent se retrouver. Laissons Anne et Christine aller au bout de leurs intuitions et laissons-nous entraîner tous ensemble par ce souffle que j'espère prophétique et que j’appelais de mes vœux. J’ai trop souvent entendu dire. C’est comme cela… On ne peut rien changer… Il faut faire confiance… je pense sincèrement qu’il faut maintenant faire entendre sa voix, non pas contre mais pour et avec l’Église que nous aimons. En ces temps de morosité, nous avons besoin de raisons d’espérer !

Merci, un énorme merci au Cardinal pour sa franchise, à Olivier Le Gendre pour nous l'avoir transmise. C'est une telle bouffée d'espérance qui nous est parvenue! Arrière Grand-mère dans sa 87ème année, invalide, concrétement, je ne peux plus que " me tenir au chevet de Poo " mmais pour le spirituel, je peux faire "le passeur ". Je parle du livre autour de moi, J'ai imptimé le passage entre: "Etre chrétien , voyez-vous" et "tendresse qu'IL réserve à chacun de ses enfants " qui pour moi résume bien le contenu du livre, et je le fais lire et l'envoie à tous ceux qui sont suceptibles d'en être consolés, ou encouragés. C'est tout ce que je peux faire physiquement. Je demande au Seigneur que celà porte des fruits.

Merci à Olivier Legendre pour son livre " confession d'un cardinal il m'a donné un nouveau souffle, une bouffée d’espérance. Si être chrétien c'est se mettre à la disposition de Dieu alors manifestons la tendresse de Dieu en allant vers les plus pauvre. Merci à Monique pour son témoignage

Bonjour, Le site www.sarepta-org.net, mentionné dans le livre Confession d'un cardinal, semble disparu ou inaccessible. Est-il fermé ou a-t-il été relocalisé?

à notre connaissance il a été fermé après un grav piratage.

ce livre peut bouleverser nos vies, vivre l'évangile au plus près, mais peut-on déjà agir dans l'esprit de la parole du Christ en s'engageant déjà auprès de proches dans la détresse. Il y a beaucoup de solitude tout près de nous, être présents pour ceux là, leur donner de l'affection dont ils manquent, la maladie fait peur et éloigne ; cela n'est-il pas essentiel aussi pour ceux la qui se sentent oubliés par Dieu, La pauvreté est partout et c'est peut être aussi manifester au Christ le 1er des commandements. ? Il y a de multiples façons de s'engager, je l'ai fait pendant 20 ans auprès d'enfants de milieux défavorisés. Je souhaite maintenant intégrer dans un cadre paroissial une équipe auprès des plus pauvres, je vois et j'entend beaucoup d'engagements autour de prêtres dans l'esprit que nous communique le Cardinal.Il faut aussi que cela se sache, l'Esprit est à l'oeuvre et l'espoir que suscite ce livre d'Olivier Legenre en est la preuve

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