Quand les baptisés s’en mêlent… Les conclusions du sondage de mai 2015.

Anne-Joelle Philippart
7 février 2016

En mai 2015, le Comité de la Jupe a lancé un sondage pour évaluer la perception des répondants sur une série de questions concernant la gouvernance de l’Église catholique, la place qu’elle laisse réellement aux laïcs et le rôle qu’elle attribue aux femmes. Pour rappel, les perceptions sont importantes. Elles guident les choix individuels et influencent les orientations sociétales futures. Entre émotion et rationalité, les perceptions sont très difficiles à faire évoluer.

En trois semaines, 750 réponses ont été enregistrées. Ce taux de réponse donne au sondage une bonne validité. Cette réactivité est également le signe que ces questions suscitent l’intérêt.

Les répondants sont majoritairement des personnes visitant le site internet du Comité de la Jupe et de la Conférence Catholique des Baptisés.

Une grande tendance de ce sondage montre que les personnes peu impliquées dans l’Église ainsi que les femmes sont plus sévères à propos des positions prises par l’Église. Ils la voient davantage misogyne et cléricale. Pour une Église qui se veut missionnaire, nul doute que ces perceptions constitueront un frein difficile à lever. Quant au jugement sévère émis par les femmes, elles qui constituent la majorité des pratiquants et le moteur de la transmission de la foi, il y a lieu de craindre qu’elles ne remplissent plus ces rôles à l’avenir. Des jours plus sombres sont à craindre. L’image de l’Église devra être revue mais cela ne suffira pas. Des mesures cosmétiques ne feront pas illusion longtemps. Il faudra réellement transformer ses fondements cléricaux et patriarcaux.

Une autre grande tendance révèle que les répondants sont bien formés. Ils se sont initiés à la lecture biblique et à l’exégèse. Ils n’acceptent plus la parole des clercs et du Magistère sans un recul critique. Par exemple, pour la grosse majorité d’entre eux, le contenu des quatre Évangiles a été influencé par la culture et les traditions de la Palestine du 1er siècle. Le Christ n’a pas expliqué comment organiser son Église. Il a voulu donner aux femmes une place identique à celle des hommes et ne leur a pas attribué des rôles spécifiques. Enfin, Dieu n’a pas voulu réserver la prêtrise aux hommes et le sexe des individus est secondaire par rapport à leur commune humanité.

Cette prise de recul a un corollaire. Pour les répondants, les positionnements moraux, dogmatiques et les pratiques pastorales sont les principaux freins à un engagement comme bénévole dans l’Église. Les fidèles ne se contentent plus de désapprouver. Ils agissent et votent avec leurs pieds.

Dans la foulée de cette meilleure formation et de ce recul critique, les baptisés voudraient voir leur institution évoluer. Ainsi, la prise de parole des laïcs qui demandent des changements dans l’Église est tout à fait approuvée par l’ensemble des répondants. Pour eux, ces prises de position rendent un service à l’Église.

Les répondants estiment qu’en retour, l’Église répond trop frileusement à leurs demandes. Ils sont particulièrement sévères quand il s’agit de la place, toujours insuffisante, laissée aux femmes. Ainsi, la gouvernance de l’Église et la prise de parole publique, en son nom, doivent être partagées avec les femmes. De même, ce n’est pas une décision de Dieu de réserver la prêtrise aux hommes…

Un détail dans les réponses est intéressant. Sur les 10 dernières années, ils observent un manque d’actions concrètes pour mettre fin à une répartition discriminatoire des rôles et fonctions. Cependant, si on exclut la prêtrise du champ de la réponse, ils estiment, qu’au contraire, il y a eu des progrès… On pourrait en déduire que la prêtrise uniquement masculine fait basculer les avis. Elle deviendrait un marqueur qui suscite la désapprobation.

Enfin, sur les cinq dernières années, et de façon inquiétante, certains répondants font état d’un recul qui se manifeste par une restriction des tâches et missions dévolues aux femmes. De nombreux témoignages parlent, ainsi, dans certaines paroisses, d’éviction des femmes d’un service d’Église qu’elles rendaient bien, de leur interdiction de distribuer la communion et de leur éloignement du chœur. L’arrivée d’un nouveau prêtre, le changement d’évêque, l’installation d’une communauté nouvelle traditionaliste ou d’une fraternité sacerdotale sont épinglés, dans les témoignages, comme des déclencheurs de ces évolutions rétrogrades. Les sermons culpabilisants réapparaissent ainsi que le péché mortel et l’enfer.

Meilleure formation, audace critique, volonté de changement, indépendance de jugement, les baptisés sont de plus en plus formés et autonomes. Ils ne se contentent plus de penser, ils agissent. Ce sondage est intéressant. Il devrait interpeller ceux qui ont un pouvoir dans l’Église car nul doute que ces tendances vont influencer la situation de l’Église dans les années à venir. Il n’est pas trop tard mais il est temps. Le fossé s’élargit mais des ponts sont toujours bien présents. Nos communautés chrétiennes, à l’instar de nos sociétés, admettent de moins en moins bien que l’Église n’arrive pas à mettre fin à des pratiques sexistes qui divisent et rabaissent les femmes depuis des siècles alors que les Évangiles promulguent un message qui unit et relève. Patriarcat et cléricalisme sont de plus en plus ressentis comme défigurant le visage de l’Église et de Dieu au point d’éloigner certains parmi les plus engagés auparavant.

Anne-Joelle Philippart.

Avec l’aide et le soutien de Claire Gavray, Faculté des Sciences Sociales, Université de Liège.

 

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