Propos de Florence Delay dans "La Croix"

Comité de la Jupe

Nous reproduisons ici les propos de Florence Delay recueillis par Emmanuelle Giuliani, et paru dans « La Croix » le 27/05/09

"Ce que je crois profondément, c’est que l’espoir réside dans une forme de retour en arrière. Il nous faut retrouver la jeunesse des premiers chrétiens, ni installés, ni puissants, parfois jugés ridicules. Une faiblesse qui, en réalité, est une force et peut nous aider à résister au lieu de nous affaiblir. Ce retour à la semi-clandestinité, avec la joie et non pas le sens du martyre qu’il suppose, me donne de l’énergie !

Comment retrouver cette vigueur après deux mille ans d’histoire ?

C’est parce que je suis persuadée qu’il faut être au plus près du Christ et de sa Parole que je tiens ces propos au ton idéaliste. Certes, nous avons appris à nous recroqueviller discrètement dans notre coquille, à ne plus évangéliser, à ne plus être prosélytes. Mais nous pouvons tout de même rayonner à travers notre droiture, notre charité, notre joie aussi, j’y tiens. Nous récoltons de mauvais fruits en ayant valorisé la souffrance et le dolorisme. Personnellement, c’est l’idée d’un christianisme joyeux qui m’en a rapprochée après que je l’avais abandonné.

Qui sont, selon vous, les chrétiens d’aujourd’hui ?
Il me semble qu’il y a actuellement beaucoup plus de chrétiens que de gens qui fréquentent les églises. Certains vivent une relation quasi protestante à Dieu, se satisfaisant de leur propre pensée, leur propre prière. Je les comprends, ayant moi-même un « problème » avec la hiérarchie ecclésiale, le pape notamment : je suis hantée par ses déclarations si fermées, jusqu’à être d’accord avec le journal Réforme lorsqu’il titrait : « Ad nauseam »… Je suis, bien entendu, persuadée de la spiritualité hors du commun et de la haute valeur intellectuelle de Benoît XVI. Mais tout autant choquée par la main tendue aux intégristes, la béatification des religieux espagnols tués durant la guerre civile alors que l’Espagne essaie de se « mettre au clair » avec son histoire, la supériorité numérique des cardinaux occidentaux quand l’avenir de l’Église est ailleurs, l’absence d’égalité entre hommes et femmes (les amis du Christ n’étaient-ils pas aussi – surtout – des femmes ?)… La hiérarchie institutionnelle dans laquelle vit l’Occident me semble désuète, sinon dangereuse dans son inadéquation aux réels besoins du monde. Je crains que le grand déploiement de Vatican II n’ait trouvé sa fin.

Les femmes ont-elles un rôle spécifique à jouer ?

Elles sont déjà là, très présentes, dans la catéchèse, les activités en paroisse, toutes ces tâches réservées par l’Église aux « non-PDG »…

Durant mon séminaire, j’avais une étudiante merveilleuse : physique éblouissant, grande intelligence. Seulement, elle ne venait en cours qu’une semaine sur deux, ce qui m’étonnait. Jusqu’à ce que j’apprenne qu’elle suivait une formation pour devenir pasteure. Elle allait, en outre, se marier deux mois plus tard. J’y ai vu une superbe réussite, une image de plénitude que je déplore de savoir – pour le moment – impossible dans l’Église catholique.

Propos recueillis par Emmanuelle Giuliani, 27 mai 09

Intégralité sur :
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2323357&rubId=4078

xavier

Share

Ajouter un commentaire