Plaidoyer pour une sphère publique ecclésiale

Comité de la Jupe

IMGP2410

Comment fonder une opinion publique dans l'Eglise en s'appuyant sur ses fondements théologiques? C'est ce qu'explique Bernard Boudin, frère dominicain, qui voit dans la foi chrétienne en la Trinité la justification du débat.

Plusieurs événements ont marqué le premier semestre 2009 dans l'Eglise catholique: la levée de l'excommunication de quatre évêques intégristes, l'excommunication contre les médecins ayant pratiqués un avortement sur un enfant de 9 ans, enceinte à la suite d'un viol, un aspect du discours du pape qui a fait grand bruit dans le Landerneau médiatique, au sujet du préservatif, et un propos maladroit et très dépréciatif pour les femmes, propos à la suite duquel est né le « comité de la jupe ». Si ces événements n'ont aucun rapport direct les uns avec les autres quant à leur objet, ils n'en ont pas moins suscité des réactions diverses dans l'Eglise et dans la société. Rien d'original en tant que tel.

Ce qui l'est, notamment lorsque l'excommunication des évêques intégristes a été levée, est l'apparition d'une opinion publique dans l'Eglise de France, et peut-être au delà. Cette opinion existait en fait déjà. Elle n'aurait pu se manifester sans qu'elle soit au moins sous-jacente. Mais cette opinion publique est apparue au grand jour, en montrant son attachement au Concile Vatican II, y compris par la voix des évêques. Le pape lui-même s'est exprimé dans une longue lettre pour expliquer les raisons de la levée de l'excommunication. Du jamais vu!

Qu'en conclure si ce n'est un fait nouveau, qui lui aussi a valeur d'événement, l'esprit démocratique fait partie intégrante du monde catholique, du moins dans sa sphère occidentale. Non que l'Eglise doive s'aligner sur les modes de fonctionnement de la société civile, mais elle ne peut pas ne pas prendre en compte cette donnée massive de notre culture contemporaine. En terme ecclésial, c'est faire justice au sens commun des fidèles. De plus, le peuple de Dieu, clercs et laïcs, est la réalité constitutive de  l'Eglise. Et c'est à bon droit que l'Eglise, parce que peuple de Dieu, non seulement peut reconnaître une opinion publique, mais peut aussi ériger en sein une véritable sphère publique. L'Eglise a tout à gagner à développer le débat public, assumer ses désaccords sur telle ou telle orientation. Développer une sphère publique est aussi la meilleure garantie pour ne pas céder aux mirages de l'idéologie, d'où qu'elle vienne. De surcroît, une meilleure perception de l'Eglise dans la société ne peut qu'en ressortir. Bien mieux encore, c'est assumer pleinement ce qui anime le coeur trinitaire de notre foi: A l'image de la Trinité, l'unité n'est pas uniformité, mais plurielle; de plus, elle n'est pas une fin en soi, mais en vue du royaume de Dieu. Une sphère publique ecclésiale a sans conteste un fondement théologique et ecclésiologique.

Bernard Bourdin, Op

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