Pauvres frères religieux ! Vraiment ? Et les sœurs alors ?

Anne-Joëlle PHILIPPART

Depuis 2008, le Vatican cherche une façon de valoriser les religieux frères non prêtres. Ceux-ci, non ordonnés, resteraient trop souvent « au deuxième plan ». La structure de l’Eglise est telle, en effet, que pour y exister véritablement, il faut être ordonné. On peut donc aisément comprendre qu’il ait fallu déployer, pendant 7 longues années, toute la créativité vaticane pour enfin donner à ces consacrés, non prêtres, une véritable dignité. Comment ces frères ont-ils pu accepter et endurer cet état aussi longtemps ? Comment accepter, ayant tout donné à Dieu, d’être privé de la transmission des sacrements et de la proclamation de la Parole de Dieu ?

Heureusement, la nouvelle est tombée ce 14 décembre. La Congrégation pour les instituts de vie consacrée y a enfin remédié. Magnifique !

Mais surtout pathétique, trois fois pathétique !

Pathétique parce que la différence de préoccupation et de traitement des femmes et des hommes est tout simplement choquante. 7 ans de travail et 50 pages pour valoriser les frères non prêtres contre quelques lignes incidemment consacrées aux religieuses qui seraient dans une situation similaire. Cette différence de traitement scandaleuse s’était déjà manifestée lors du synode de la famille où un frère, laïc, s’était vu octroyer un droit de vote alors que les religieuses en étaient restées amputées. 

Pathétique parce que le magistère ne réalise même pas l’injustice de son action. Les religieuses, non prêtres, sont femmes et donc effacées et oubliées par nature. Qui se préoccupe de leur situation ?

Pathétique enfin parce que la situation du frère non prêtre est sa réponse personnelle à sa vocation, faite d’effacement et de service. 20% des religieux font ce choix. Assez logiquement, ce même pourcentage devrait se retrouver chez les religieuses. Et donc, dans 80% des cas, la religieuse non prêtre subit une exclusion arbitraire impitoyable contrariant sa vocation réelle. La religieuse appelée à la prêtrise ne se voit même pas proposer une démarche de discernement. Elle est déclarée non appelée à la prêtrise sur base d’un règlement ancré dans une culture patriarcale vieille d’au moins 2000 ans. Les femmes y étaient jugées impures et incapables, responsables de l’entrée du péché et de la mort dans le monde. Seule Marie, à force de dogmes, y échappe…à en perdre son humanité.

Pour conclure, ce glissement est sans doute à surveiller. Ces frères ne vont ils pas être appelés à célébrer les sacrements dans un proche avenir, en réponse au manque de prêtres ? D’eunuques spirituels, ils deviendront « roues de rechange ». Les sœurs continueront-elles, alors, à rester au bord du torrent d’Ezéchiel, en dehors de la transmission de l’Esprit, de sa Parole et de son Energie ? 

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Commentaires

Auteur du commentaire: 
Sylvie

Il s’agit du frère Hervé Janson, Prieur général des Petits Frères de Jésus, qui a été autorisé par le Pape à voter lors du synode, alors qu’il n’est pas ordonné. Il faisait partie du groupe des dix religieux (hommes) supérieurs majeurs. On peut opposer le faible nombre de religieuses, trois, qui n’avaient pas le droit de vote. On voit bien, ici, que ce qui compte, c’est l’appartenance au genre masculin, et non l’ordination. Il s’agit d’une discrimination fondée sur le genre, discrimination qui ne repose sur aucun autre critère : «  Frère Hervé Janson, le Prieur général des Petits Frères de Jésus (la famille spirituelle du Bienheureux Charles de Foucauld), a dit sa surprise d’avoir été invité au Synode, parmi les 10 délégués de l’Union des supérieurs majeurs. « J’ai été élu car en tant que Petit frère de Jésus, nous avons la vocation de vivre dans les périphéries, au coude à coude avec des familles en difficulté. Je m’attendais à être un auditeur, mais le Pape François m’a donné la possibilité de pouvoir voter ». Il a toutefois reconnu que ce droit de vote au Synode des évêques, un cas inédit pour une personne non ordonnée, posait de vraies questions sur le plan canonique, et que le sujet devrait être abordé lors d'une prochaine réunion des supérieurs majeurs ». http://fr.radiovaticana.va/news/2015/10/24/synode__un_message_de_tendres...

Merci pour cet article, qui parle des religieuses, éternelles délaissées, invisibles, inaudibles, comme cette photo le suggère. Je regrette seulement le terme du dernier paragraphe,  « eunuques spirituels », emprunté au vocabulaire anticlérical. La vocation de Frère peut être une belle vocation ; nous avons ici seulement à nous soucier de l’injustice faite aux femmes , à la faire connaître et à la dénoncer.

Auteur du commentaire: 
claudine onfray
    Si vrai !!! un scandale 

Auteur du commentaire: 
Bernard Mercier
Faut-il que les soeurs s'exode dans l'Église Luthérienne pour devenir pasteure pour être considérées par l'Église Catholique. C'est peut-être inévitable ! ou ouvrir une nouvelle Église qui soit incluente des femmes a part entière ! Une Église qui aurait peut-çetre un nouveau titre, mais qui vivrait selon l'intelligence actuelle, la Justice, la Charité et la Compassion !

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