Mort de Lucien Neuwirth, dit « Lulu la pilule »

Comité de la Jupe

lucien_neuwirth-freeComment, le jour où disparaît Lucien Neuwirth, ne pas rendre un hommage vibrant à celui qui, en tant que député gaulliste de la Loire a fait aboutir en 1967 le projet de loi autorisant la contraception, abrogeant la loi de 1920 interdisant la propagande sur les moyens de contraception?

Comment ne pas rappeler l’hostilité affichée d’une partie de la droite gaulliste, jusqu’à ce député qui osa dire que c’en était fini de la virilité des hommes, que les femmes ne seraient plus qu’un objet de volupté et que l’érotisme allait tout submerger….

Comment ne pas saluer l’appui sans faille que Lucien Neuwirth reçut du général de Gaulle, pourtant élevé dans des convictions tout à fait traditionnelles ? Hardiment, Lucien Neuwirth, résistant à l’âge de seize ans, plaide : "Vous avez donné le droit de vote aux femmes. Donnez-leur maintenant le droit de maîtriser leur fécondité". Le Général l’écoute pendant quarante minutes sans l’interrompre et conclut ainsi l’entretien : « Transmettre (vous noterez qu’il ne dit pas « donner ») est important. Il faut que ce soit un acte lucide. Continuez ! » Au printemps 1967, Georges Pompidou lui prédit : "Alors Neuwirth vous allez être célèbre : le général vient de faire inscrire votre proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée." 

Comment ne pas déplorer l’aveuglement de notre Église, championne de toutes les émancipations sauf celle des femmes. Á force de si peu les fréquenter, elle était devenue incapable d’entendre, emprisonnée qu’elle était dans son combat obscur et inavoué pour la maîtrise du corps des femmes.

Comment, enfin, ne pas blâmer l’enseignement catholique d’alors d’avoir exclu la fille de Lucien Neuwirth de son école, à Saint Etienne ?

Alors, après redit notre conviction que Lucien Neuwirth est déjà entré au paradis des bienfaiteurs, faisons-nous plaisir un instant en rappelant ce mot qui dans sa bouche était tout naturel : « J'ai été élevé par deux femmes exceptionnelles. Pour moi, hommes et femmes, c'est pareil. »

Anne Soupa

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Commentaires

Oui ! Lucien Neuwirth fût ce qu'on appelle un grand bonhomme. Ce genre d'homme qui force le respect au delà du son camp politique. Il a su discerner l'humain dans le contingent, s'élever au dessus des prises de position partisanes au nom de convictions supérieures. Un exemple à méditer.

Mariés en 1970, nos 4 enfants sont nés par notre volonté et avec à la grâce et à la gloire de Dieu, ils ont été baptisé ... sans que nous soit posée la question du respect scrupuleux des prescriptions romaines. Vu l'irrégularité de cycle de mon épouse, aussi "bonne chrétienne" que moi -expression idiote!-, nous avons vite renvoyé HV (juillet 1968) où elle aurait du rester: aux WC. C'est trivial, mais au moins c'est plus clair que les écrits romains abscons auxquels nous accordions alors encore du crédit. Rassurez-vous messieurs les clercs ..., nous avons toujours gardé bonne conscience! Donc merci M Neuwirth, et merci Anne d'avoir signalé ce misérable fait d'arme de l'enseignement catholique, si compréhensible hélas tant, alors, il fallait soi-disant ne pas heurter les sensibilités genre "dames patronnesses" qui sévissent encore aujourd'hui et qui reçoivent les mêmes bénédictions d'épiscopes attardés mentaux parce que désireux d'être bien en cour.

Je suis d'accord avec Jean-Pierre sur le fait que l'encyclique Humanae vitae fut une catastrophe, et l'est encore. Rien d'original dans ce constat, il y a des millions de catholiques qui n'en tiennent aucun compte et n'en font pas un cas de conscience. Pas d'accord néanmoins sur votre interprétation du suivisme des évêques et des prêtres. Si la timidité et le désir d'être bien en cour peut jouer un rôle, j'ai peur que nombre d'entre eux y croient vraiment: c'est ce qui les rend dangereux. On en revient toujours à la fameuse citation d'Audiard: ça ose tout, c'est à ça qu'on les reconnait...

Anne-Marie H, oui ils sont nombreux les clercs formatés JP2 B16, surtout évêques! C'est pourquoi il faut qualifier notre attitude clairement: anticléricale. Le système est irréformable, quelles que soient les qualités des clercs, en sorte qu'il est impossible d'échapper à une opération table rase. J'achève la lecture de "Moi, ancien légionnaire du Christ" (Xavier Léger-Bernard Nicolas), livre responsable sensible et sobre qui montre que le parcours pénible de ce trentenaire l'a contraint à conclure qu'on ne peut pas être catholique informé sans être anticlérical. Nota, Xavier Léger est un de ceux qui ont contraint la CEF à reconnaître l'existence de sectes au cœur de l’institution qui se dit Église de France. Juste à reconnaître: pas de bistouri du chloroforme!

Je n'ai guère de temps pour développer mais je ne veux pas laisser cet article sans un témoignage de mon passage. Jean-Pierre vous avez "tout bon". Rien à ajouter. Hélas, car je les aime bien, je suis d'accord avec vous, quelques soient les très grandes qualités des clercs et leur dévouement, il faudrait faire table rase. Comment ? Je ne sais pas. Par nature je répugne de pousser aux extrêmes. Mais je pense qu'il y a des solutions. Si on se penche sur les premières célébrations eucharistiques , on voit bien qu'il n'y avait pas de prêtre , que les apôtres, pour la plupart d'entre eux sinon pour tous, n'étaient pas chefs des communautés qu'ils ne faisaient que visiter et enseigner, que les anciens ( les presbytres ) même une fois ordonnés selon la liturgie d'Hippolyte de Rome, n'étaient pas prêtres à part entière " Joseph MOINGT - actualité des ministères - Recherches de sciences religieuses 90/2, 2002 p.228 La forme actuelle du gouvernement de l'Eglise n'est pas le résultat du développement homogène d'une essence originaire ; elle est contingente et sans doute provisoire. le dysfonctionnement présent annonce une transformation. (Christian DUQUOC Je crois en l'Eglise - Précarité institutionnelle et Règne de Dieu - DONC -J'ai confiance. Il suffit d'avoir du courage et de "parler". En attendant, MERCI à Anne d'avoir pensé à cet homme estimable que toutes les femmes de ma génération révèrent et n'ont pas oublié.

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