Moniales s'abstenir

Comité de la Jupe
N’ayons pas peur de nous indigner ! Anne Soupa s’insurge contre le traitement réservé aux moniales dans une publication récente.

Ces jours-ci est paru un ouvrage sur la liturgie monastique qui illustre le petit machisme ecclésial ordinaire que, hélas, nous connaissons toutes par cœur.

Le livre s’appelle Les moines et leur liturgie (Desclée de Brouwer, sous la direction de Jean-Louis Souletie) et au dos de la couverture figure la mention « Écrit par des moines et des moniales ».

La première phrase de l’introduction insiste : « Le livre est écrit par des moines et des moniales ».

La deuxième dit tout : « Ce livre présente la manière dont la liturgie unifie la vie du chrétien, en l’occurrence celle des moines. »

Mais où ont bien pu passer les moniales ?

Comment ne pourrais-je pas penser que l’unique signataire femme (l’ouvrage est collectif), Soeur Dominique Rousselet de Sainte Marie de Maumont, moniale bénédictine, est ici « utilisée » comme un apport intellectuel, « manipulée » comme une caution pour dire que l’on intègre les femmes à la réflexion et au travail ?

Comment ne pas voir qu’elle est ensuite « ignorée », autant dans le choix du titre qui aurait pu être « La liturgie des moines et des moniales », que dans tout le déroulé du livre, où les moniales dans leur ensemble semblent appelées « moines » ?

« Parole du moine à la moniale : l’utiliser et ne pas la reconnaître », voilà la petite maxime que je retiens de ces simples faits.

Que les auteurs me prouvent le contraire ! Et qu’on ne me dise pas que le terme « moines » désigne aussi les moniales, alors qu’on prend la peine de préciser au début : « moines et moniales ».

A la réflexion, je trouve étrange que les adeptes du différentialisme qui clament haut et fort dans l’Eglise que les chats ne sont pas les chiens manifestent autant d’aptitude à confondre les moines et les moniales quand cela les arrange.

« Ah, un bon titre de livre doit être court et direct », dira l’éditeur religieux.

« Ah, les moniales se reconnaîtront bien toutes seules », diront les auteurs de l’ouvrage, prêtres et moines.

« Ah, nous n’allons tout de même pas chipoter pour de si petites choses », diront les moniales.

« Ah, la branche féminine de mon ordre ? Elle est bien malmenée », diront même certains moines qui apaiseront leur conscience avec cette petite phrase convenue. Certains ajouteront même : « Vous savez, c’est Rome, ils bloquent tout ! »

Et voilà comment un machisme discret, qui ne fait pas scandale, qui se contente de pérenniser des pratiques « de toujours » contribue à faire fuir les femmes hors de l’Eglise.

Comment en sortir ?

Tout a été dit, sur la nécessité de multiplier les échanges, de se parler, de ne pas avoir peur de l’autre, d’accepter le conflit…

Une chose n’a pas encore été dite, un appel n’a pas encore été lancé. C’est de supplier les moniales de ne plus céder sur leur dignité. Pour elles-mêmes et pour toutes les femmes catholiques.

Oui, nous avons besoin des moniales. Qu’elles défendent leur reconnaissance, leur inaliénable dignité, pour elles, pour nous, au nom du Dieu qui les a crées belles, bonnes, et qui leur demande, non la fausse soumission, celle qui écrase l’être humain, le bafoue, le voue à l’inexistence, mais du Dieu qui se réjouit de leur louange, parce qu’elles auront affirmé leur simple existence, belle et bonne, leur place, la légitimité de leur parole, propre et entière. Donnée par Dieu pour produire du fruit. Ah, mes sœurs, n’oublions jamais la parabole des talents. Même en clôture. Solidarité oblige.

Anne Soupa

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