Missionnaire en Équateur pendant 31 ans, Sœur Inès Wenner est pleine de reconnaissance. Voici une partie de son témoignage donné à l’occasion de son jubilé de 60 ans de vie de Sœur de la Divine Providence.

Agnès WENNER
5/10/2016

Missionnaire en Équateur pendant 31 ans, Sœur Inès Wenner est pleine de reconnaissance. Voici une partie de son témoignage donné à l’occasion de son jubilé de 60 ans de vie de Sœur de la Divine Providence.

Je vais partager avec vous des faits qui sont pour moi motifs d’action de grâces.

Je suis née un dimanche de Pâques et maman me répétait souvent « Bishn e Glekskind » ce qui veut dire « Tu es une enfant née pour le bonheur ». Je peux dire sincèrement que malgré la guerre, l’Exode et les difficultés inhérentes à la vie, j’ai toujours été heureuse.

Lorsque j´avais 15 ans, la maîtresse de 3e a proposé á toute la classe une retraite durant les vacances de Noël. Le prêtre nous présentait les trois états de vie : le mariage, le célibat et la vie religieuse. Mon cœur battait très fort et je sentais bien que pour moi ce serait la vie religieuse. J´en ai gardé le secret jusqu´au jour où j´ai découvert qu´une autre de ma classe avait ce même désir. Nous en avons parlé. Elle m´a convaincue que je devais parler à mes parents, ce que j´ai fait le soir même. Papa m´a dit : « Si tu réussis ton brevet tu pourras y aller. » Maman a pleuré. Pour moi la partie était gagnée. Le 20 septembre 1951, je suis entrée comme aspirante au couvent de St Jean de Bassel. J’avais 15 ans et demi et la joie habitait mon cœur.

J´ai suivi la filière obligatoire : aspirante, postulante, novice et professe, et j´ai commencé la carrière d'institutrice dans le primaire au pensionnat de Fénétrange. Après 14 ans à Fénétrange j´ai été envoyée à Strasbourg-Neudorf durant 3 ans et ensuite  8 ans à la Maison Mère à St Jean de Bassel. Pour toutes ces années au service des enfants et de l’accueil, je rends grâce à Dieu.

Puis, une lettre de la Supérieure générale nous informa que la Congrégation allait ouvrir une Mission en Amérique Latine, en Équateur précisément. Cette lettre disait que l’évêque de Riobamba acceptait des missionnaires pour travailler avec les Indiens dans des villages situés à 2800 m d’altitude. Que le climat était très varié, les 4 saisons en un jour et les nuits toujours fraîches. Qu’il y avait des pommes de terre, des oignons, des bananes, du café et bien d’autres choses encore. Je me suis dit «Si j’y vais, je ne mourrai ni de faim ni de chaleur » et je me suis manifestée à mes supérieures qui ont accepté mon choix. En 1982, je fus envoyée avec deux autres sœurs dans le diocèse de Riobamba. C’était une vraie aventure. Je partais le lundi matin pour 8 jours ou davantage avec des missionnaires dans un village qui avait demandé une mission ; nous partions avec le sac à dos qui contenait le strict minimum et notre sac de couchage. Les voyages se faisaient à pied ou à cheval car on ne pouvait atteindre les villages d’Indiens que par des sentiers. L’accueil était toujours très chaleureux. Une fois sur place, on nous indiquait dans quelle famille nous allions dormir ; puis nous visitions chaque famille et nous les invitions à venir à la réunion du soir. Il n’y avait pas d’électricité et en Équateur la nuit tombe tous les jours de l’année à 6 heures du soir. C’est avec des bougies qu’on s’éclairait.

J’ai découvert la vraie pauvreté, et la simplicité. Les maisons des Indiens appelées chozas sont creusées dans la terre et couvertes d’un toit de chaume. Pourquoi dans la terre ? Parce que comme ils considèrent la Terre comme leur Mère, la Pacha Mama, ils veulent vivre dans le ventre de leur mère. Pour la même raison ils marchent pieds nus, pour être en contact avec leur mère et en recevoir l’énergie. Dans ces chozas, ni table ni chaise, il faut s’asseoir par terre. Au milieu de la pièce il y a le foyer : 3 grosses pierres. Sur ces pierres une grande marmite en aluminium très fin. Dans la marmite, des assiettes en aluminium, des cuillères et une louche en bois. Rien d’autre dans ces chozas, tout est simple et pauvre. Je rends grâce à Dieu car les Indiens m’ont appris qu’on peut être très heureux avec bien peu.

Les Indiens sont très religieux c’est-à-dire ils ont le sens du sacré. Ils font toujours une prière de bénédiction sur les aliments, c’est tout naturel chez eux. Ils remercient la Pacha Mama qui leur donne à manger. Ils mangent en silence comme pour apprécier ce qu’ils ont reçu. Cela m’a beaucoup impressionnée au début. Dans leur conversation, ils disent souvent « si Dieu le veut, ou comme Dieu voudra », ils n’ont pas peur des tremblements de terre ni des volcans en irruption. Alors j’ai vu qu’ils étaient davantage abandonnés à la Providence que moi qui suis Sœur de la divine Providence !

Leur sens communautaire est remarquable. Chaque année ils choisissent entre eux le responsable du village. Comme ça tout le monde y passe et sait que ce n’est pas tâche facile. Pour régler les problèmes du village ils convoquent chaque famille à une réunion et chacun donne son avis. Ces réunions peuvent durer des heures, parfois toute la nuit car ils ne lèveront la séance que lorsqu’il y a un accord entre tous. J’ai appris ce qu’est la vraie vie communautaire, j’en rends grâce à Dieu.

J’ai passé 31 ans en Équateur et en 2013  je suis revenue en France pour me faire soigner avec l’intention d’y retourner. Mes problèmes de santé n’ont pas été résolus alors, j’ai décidé de rester en France. Mais je porte l’Équateur dans mon cœur et dans mes prières quotidiennes. Pendant les années là-bas j’ai vu de belles choses. Les gens m’ont appris bien plus que je ne leur ai apporté. Je remercie Dieu d’avoir vécu cela.

Sœur Inès (Agnès Wenner), Sœur de la Divine Providence de Saint Jean de Bassel, Lorraine – Avril 2016

http://www.divine-providence-stjean.org/qui-sommes-nous/temoignages-videos/

 

 

 

 

Share

Ajouter un commentaire