Mise en perspective

Comité de la Jupe

Après ces deux ensembles de témoignages, nous faisons une pause, avant de reprendre la publication des derniers témoignages en Septembre. Nous proposons une mise en perspective des textes reçus.

Une vingtaine de témoignages pour rendre compte de la vie religieuse féminine en France aujourd’hui, dans son extrême diversité, c’est très peu et il serait présomptueux de proposer une synthèse. Tout au plus pouvons-nous proposer une mise en perspective, car les textes reçus se font écho et il n’est pas impossible de dégager des lignes de force et des points de convergence.

Le premier groupe est composé de religieuses apostoliques, insérées souvent en milieu populaire, en petites communautés. Si les visiteurs du site ont pris le temps de lire les encarts, ils constateront que ce sont souvent des congrégations nées entre le 17e siècle et le 19e siècle, particulièrement dans les terres catholiques de l’Ouest ou du Sud-Ouest (Vannes, la Vendée, Angoulême…) et qu’elles répondaient à un besoin de l’époque, parfois à un besoin spécifique des femmes, comme celui de faire retraite comme les hommes (Sœurs de la Retraite).

Ces communautés ont essaimé sur d’autres continents, suivant, il faut bien le dire, l’entreprise coloniale de la France. Aujourd’hui, au sein de ces communautés, on peut trouver des religieuses étrangères et ce sont elles, plus jeunes, qui assurent la relève (Religieuses trinitaires). Elles vivent, dans leurs communautés, la mise en commun des différences de coutumes, de traditions. C’est déjà une ouverture au monde entier, illustrée par la photo du globe terrestre. Cela leur permet, dans les quartiers, de s’ouvrir à toutes sortes de cultures étrangères et à la différence : « … en communauté, nous expérimentons au quotidien la vieinternationale qui demande beaucoup d’attention à l’autre, de compréhension et de délicatesse. Un véritable apprentissage qui pourrait être porteur pour notre monde ! »

Leur action s’exerce auprès des plus démunis, d’une manière discrète, signes d’une humanité ouverte à la fraternité et à l’espérance d’une vie meilleure. Elles sont attentives aux plus fragiles. Un catholicisme identitaire pourrait regretter leur manque de visibilité  - la plupart ne portent pas l’habit et les communautés sont petites – mais elles sont signes de l’espérance chrétienne au milieu du monde. Comment être pleinement du monde, en assurant cependant la spécificité de la vie religieuse ? Sœur Regina en souligne la difficulté : « Poursuivre cerapprochement avec l’humanité. Être moins à part, tout en continuant de garder notre identité propre. C’est un défi. Car la différence n’est pas toujours bien comprise et pourtant, si elle s’estompe, quel sera le témoignage de la vie religieuse ? » Le Pape François, qui montre ce même souci des plus pauvres, met aussi en garde que la charité –le mot est souvent incompris ou peut sembler désuet- ne devienne simple solidarité. Il y a là probablement un point théologique important, repéré dans les textes reçus. Malgré les difficultés, et l’inquiétude probable face à la relève, car un bon nombre de religieuses qui nous ont écrit sont sur le dernier versant de leur vie, elles ont accompli dans l’ombre, pendant des décennies, une tâche importante et méconnue, que l’Église met au premier plan aujourd’hui, avec Diaconia 2013.

Et les contemplatives ? Quatre témoignages reçus, émanant de la même communauté bénédictine, l’ordre monastique le plus ancien de l’Occident. On peut ressentir, à la lecture de ces textes, une impression d’équilibre : d’abord, l’équilibre de la vie selon la règle de Saint Benoît, le temps réparti entre la louange de Dieu, le travail et la vie en communauté, l’étude : « L’équilibre entre silence et parole, entre solitude et communion, est une recherche jamais achevée. » Équilibre dans la conception de la liturgie, non pas figée mais évoluant à travers le temps, en évitant les ruptures : « Cet équilibre est un bienfait pour nous et un bienfait pour lemonde, à travers nos hôtes. Une communauté à l’aise dans sa liturgie, dans son expression spirituelle, est porteuse de paix, de réconfort et de foi pour ceux qui viennent se joindre à sa prière. » Équilibre dans la prise en compte des besoins de l’époque et l’ouverture modérée aux relations avec le monde. Liberté intérieure ensuite, qui permet à chacune de s’exprimer selon sa personnalité – les quatre textes reçus sont très différents –, qui  permet de signer ou de rester anonyme.

Merci pour ces textes envoyés, ces photos. C’est une confiance à laquelle nous avons été sensibles.

 

Sylvie de Chalus

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Commentaires

Merci pour ces témoignages, toujours très inspirants. Vivement la suite!

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