Mieux vaut en rire, mais…

Anne SOUPA

Mais en effet, ce n’est pas du meilleur goût….

Trois reines au lieu de trois rois, cela paraît un grand pas dans la marche vers la non-discrimination des femmes dans le domaine religieux ! C’est même trop, les femmes n’en demandent pas tant, elles se contenteraient d’une ou deux reines, pour favoriser, justement, la différence, l’échange, la non uniformité. D’ailleurs un bibliste a émis, ces dernières années, en fonction du contexte littéraire qui sous tend ce midrasch (genre littéraire juif auquel appartient le récit des mages), qu’au moins l’un des trois mages était une femme. Mais non, l’auteur de ce libelle choisit le tout ou rien. Comme si l’égalité hommes-femmes faisait disparaître les hommes. Comme si elle les faisait sortir du champ. Plus d’hommes ! Serait-ce ainsi qu’est perçue par eux la demande d’égalité ? Est-ce ainsi qu’on vit la différence : « Je te chasse, tu me chasses » ? Qui est le plus belliqueux dans ce petit jeu, la femme qui demande ou l’homme qui se dit exclu alors qu’il n’a pas voulu d’un « partage » à la loyale ?

Sans doute pour compenser le fait que les hommes soient exclus du trio de têtes couronnées, et comme pour se donner du cœur au ventre, voilà que l’auteur (oui, je présume que l’auteur est un homme, car une femme n’aurait pu écrire les sept petites bulles) en vient à la seconde séquence du propos : un petit inventaire différentialiste en règle. Pur jus, pur sucre, mais avec pas mal d’acide sous la plaisanterie ! Bon enfant, mais pas trop, tout de même….. Déjà, le fait même d’introduire un petit discours semble sous entendre que les hommes n’en n’auraient pas fait autant. Ce serait donc un trait « féminin », d’avoir ainsi des tas d’arrière-pensées à ruminer sur le chemin du retour.

Si je vais maintenant dans le détail, quelle charge dans ces sept petites bulles ! Un bon paquet de « critères de genre » sont là, bien mis en valeur. Les femmes persiflent, cancanent, - ah parfois, elles soulèvent de bons lièvres !- mais finalement, elles se révèlent étriquées, « petites », sans grandeur, à attendre le tupperware du gâteau. Comme le disait déjà Monseigneur Ratzinger en 2004, les femmes ont le goût des choses concrètes, à distance de ces abstractions qui font parfois tant de mal ! (Lettre aux évêques sur la complémentarité hommes-femmes dans l’Église, en collaboration avec Mgr Amati). Belle restitution de tous les clichés qui traînent dans les caniveaux de la Curie (et pas seulement là !). Grâce à ces bons vieux clichés qui peuvent encore servir (On comprend que le Magistère ne veuille pas que l’on y touche !), ouf Messieurs, l’honneur est sauf. Certes, vous vous êtes exclus de la procession, mais en échange, vous avez la certitude que ces femmes ne vous arrivent pas à la cheville : pas de majesté, pas de panache, vraiment, leurs trop petites têtes ne sont pas faites pour porter une couronne : elles leur tomberaient au cou !

Finalement, ne serait-ce pas une vraie chance, Messieurs, que vous ayez ainsi pu persifler ? Car ainsi, vous vous offrez ces petites mesquineries que vous épinglez chez les femmes.

Tout ceci me rassure : vous êtes bien des femmes comme les autres.

Anne Soupa

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Inconnu sur la Toile
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