Lourdes , un dialogue de femmes ?

Comité de la Jupe

En partant à Lourdes, j’avais peur d’une sorte de simplification du phénomène qui conduise, ni plus ni moins, à l’infantilisation des fidèles, devenus ainsi des adeptes. Au point que les événements deviennent une « jolie histoire » dont le seul objectif serait une adhésion basée sur l émotion, et non l’intelligence.

Lourdes, lieu de rencontre de 2 femmes : Marie et Bernadette.1

La première apparaît à la seconde et s’identifie comme l’Immaculée Conception. Elle lui indique le chemin : faire pénitence et prier pour la conversion des pécheurs ; faire construire une chapelle ; aller boire et se laver à la source qui a spontanément jailli au pied de la grotte des visions.

La première, telle qu’on nous la montre, c’est la Vierge. La Sainte Vierge. Robe blanche, ceinture bleue et roses jaunes sur les pieds. La Sainte Vierge est partout. Elle est partout. Comme mère de Jésus ? À peine. Comme Mère de Dieu ? Oui, dans sa splendeur, et avec les honneurs de sa gloire. Comme Mère de l’Église, oui, surtout ! 2 En tous lieux, en toutes célébrations, dans toutes ses représentations.

Marie pour moi est autre. C’est celle de Cana, celle de la Croix, celle de la Pentecôte : Marie de Bethléem, de Nazareth et de Jérusalem, décidée, allant de l’avant, désespérée aussi.

La seconde, pauvre, ignorante, mais libre et résistante. Jamais de compromission, jamais dupe des stratagèmes pour « profiter de la sainte ». Bernadette, quittant la ville très vite, se désinvestit de Lourdes pour se consacrer à sa quête de Jésus-Dieu. Bernadette n’est pas une mariolâtre. Marie lui a parlé ; elle aime Marie mais elle ne confond pas Jésus et Marie…Même si elle demande à Marie de lui « apporter » Jésus, elle ne confond pas la prière à Marie et avec Marie, à l’état de grâce qu’elle trouve lorsque par la prière, elle se met en présence de Jésus. Ce qui compte pour elle, c’est l’Evangile et l’Eucharistie.

Bernadette me réconcilie avec Lourdes. Elle a su aller à l’essentiel, Jésus-Dieu, par l’intermédiaire d’une Marie de son siècle. Aller à Jésus –Dieu par la culture du temps.

Lourdes hier et aujourd’hui.

Nous sommes en 1858. Les attaques contre le christianisme vont bon train ; elles deviennent de plus en plus insidieuses mais de plus en plus efficaces aussi, en ce 19ème siècle des grands philosophes de la science et du progrès. Pour les tenants de l’Église, il s’agit de redonner à la foi catholique, et à son institution, une raison d’exister, un lustre ?, qu’elle semble en train de perdre. Les apparitions en semblent une excellente occasion. Excellente ? Serait-ce qu’on tente de ramener à l’Église des ouailles par l’émerveillement, la soumission, la peur ? Drôle de lecture des Evangiles…3

Bernadette a vite compris le risque. Son objectif, son garde-fou aussi: être plus prés de Jésus. Le curé Peyramale lui avait écrit : « votre mission à la grotte est finie, travaillez à votre sanctification. Vivez de la vie cachée en Jésus-Christ »4.

L’Église aussi. Le clergé a bien réagi en démentant, pendant la guerre de 70, de nouvelles visions, de nouvelles grâces qu’aurait reçues Bernadette. Il ne s’agit pas de confondre le message de Lourdes avec une action politique, obligatoirement partisane5.

Nous sommes en 2011. « Pénitence, pénitence, priez pour les pécheurs » dit la Dame à Bernadette. Chacun certes est souvent en état de s’éloigner de Dieu. Mais le péché ne doit pas être un alibi ni pour soumettre, ni pour se soumettre. Cette interprétation, selon laquelle les malheurs sont une punition de Dieu, n’a plus cours. Aujourd’hui on engage un discours de responsabilisation. À Lourdes aussi, le discernement est indissociable de la foi. Lourdes n’est pas un lieu magique. Chacun établit avec sa foi et son discernement, le contour de sa Marie. C’est aussi le lieu d’une rencontre avec Jésus-Dieu. Et chacun sous la forme qui lui est propre.

Lourdes, une manifestation du peuple de Dieu ; Lourdes, la communion des saints. Aller sur des lieux, établir un lien de pensée. Un lieu de mémoire. Un lieu de rencontre. Une façon de construire sa foi. Lourdes n’est pas un détour inutile.

À Lourdes, l’essentiel de la foi : un peuple tourné vers Jésus-Dieu, la miséricorde manifestée aux malades, des eucharisties sources de vie.

Dieu inscrit son alliance avec son peuple dans ce lieu où une femme, pauvre, mais forte et déterminée, a diffusé à tous le message qui lui a été offert par une autre femme, pour inciter à rendre grâces, à se nourrir de l’Eucharistie, à vivre l’Evangile.

Clémence C.

Notes

1 Bernadette et nous, entre Lourdes et Nevers Lethielleux/DDB 2008

Francis Deniau, ancien évêque de Nevers.

2 Vatican II, Lumen Gentium Chap 7 La Vierge Marie. Les Polonais bataillent pour que Marie soit nommée mère de l’Église, ce que la majorité des pères conciliaires trouve théologiquement inconcevable. Ils préféraient la voir dans l’Église, disciple de Jésus, qu’au dessus de l’Église. Pas de Marie, Mère de l’Église. Alors le pape Paul VI, très influencé par un certain Carol Woltyla, dans un discours du 21.11.64, proclame « la Vierge Marie, Mère de l’Église », « …que ce titre si doux serve à l’avenir pour invoquer la Vierge d’une façon plus honorable par tout le peuple chrétien ».

3 Lettre de Léon XIII au clergé de France 8.9.98 (les professeurs) mettront en garde (les séminaristes) contre les tendances inquiétantes qui cherchent à s’introduire dans l’interprétation de la Bible, et qui… ne tarderaient pas à en ruiner l’inspiration et le caractère surnaturel.

4 F.Deniau p 207

5 F.Deniau, p 209

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