Logique d'un saint.... Logique d'un homme vivant dans le monde

Comité de la Jupe

alina Alina Reyes est écrivain, originaire de Bordeaux.

Elle nous envoie cette très belle réflexion :

Il est normal que le monde ne comprenne pas la logique d’un saint. Dans la logique d’un saint, le préservatif est un mensonge, un écran entre la vérité et la vérité, un instrument pour ne pas assumer ses actes.

Il est dommage qu’un pasteur en charge de millions d’âmes ne comprenne pas la logique d’un homme vivant dans le monde. Dans la logique d’un homme vivant dans le monde, d’un homme ordinaire, le préservatif est un rempart contre le défaut de compassion, un instrument pour assumer ses actes en refusant qu’ils risquent de donner la mort.

Dans la logique d’un homme ordinaire, il est humainement urgent d’éviter la mort de millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Car l’abstinence sexuelle n’est pas dans la logique de la vie d’un homme ordinaire.

L’homme ordinaire ne vit pas dans un cadre protecteur et doré, l’homme ordinaire ne vit pas que de prière et d’étude, l’homme ordinaire vit au cœur du chaos du rude monde, il doit gagner sa vie, préparer chaque jour les repas pour ses enfants, supporter les tensions générées par la promiscuité en famille et au travail, supporter l’insécurité permanente, les guerres de toute sorte, conflits armés ou sociaux ou intimes, supporter bien souvent de vivre dans un tunnel dont il ne voit pas le bout.

L’homme ordinaire sait bien qu’il lui faut accueillir, s’il ne veut risquer son âme, risquer de plonger dans la déréliction complète ou la fermeture aux autres, accueillir les moments de joie que lui offre pourtant la vie. Repas partagés en famille, entre amis, entre collègues… Tendresse, jeux et rires avec les enfants… Et bien sûr joies sexuelles : qu’elles soient simples instants d’exultation de la chair ou partage de l’amour, elles sont tout de même une consolation, un temps de rencontre importante, même si elle est sommaire.

La vie de l’homme dans le monde fait qu’il est souvent amené à connaître plus d’un partenaire au cours de sa vie (que celui qui n’en a jamais connu ou désiré qu’un seul lui jette la pierre) ; que cela lui soit l’occasion de transmettre la mort rajoute beaucoup de malheur à son malheur.

L’homme qui vit dans le tunnel a sa sainteté, aussi, car il est dur de vivre ainsi. Il aime le pasteur qui a su accomplir la très difficile tâche de trouver la lumière, et peut la lui montrer.

C’est pourquoi le pasteur doit dépasser sa propre sainteté, afin de montrer à l’homme qui vit dans le monde qu’il l’aime vraiment. Afin de ne pas seulement lui montrer la lumière, mais de la lui rendre accessible. En lui prêchant constamment, non pas la radicalité, mais la modération, et le choix d’accomplir en son âme et conscience un chemin de vie réellement possible, en esprit d’amour. Dans une compassion les uns envers les autres dont le pasteur doit donner le premier l’exemple, sur la terre comme au ciel : non pas seulement idéale mais vivable, et protégeant la vie.

… et d’un autre côté…

Moi aussi je suis Noire et je suis Africaine.
Moi aussi je vis dans un monde qui s’acharne à me piller, me faire souffrir, me dévaster, moi aussi je suis entourée de forces négatives – et moi aussi je continue pourtant à savoir chanter, danser, rêver longuement, connaître l’invisible, aimer Dieu, vivre en plein cœur du paradis terrestre, malgré le mal.

Moi aussi j’aime la vie et j’aime jouir de mon corps, mais j’ai aussi envie d’amour pur et de douceur et de respect entre les êtres.
Moi aussi je suis une femme qui se bat chaque jour pour sa liberté, et je ne la reconnais pas dans les magazines féminins occidentaux, mais je m’interroge quand je vois des témoignages de femmes victimes de viols de guerre qui ont refusé d’avorter, et vivent une relation d’une extraordinaire humanité avec l’enfant qui leur est ainsi né.

Moi aussi, ne perdant pas de vue qu’il est capital qu’en définitive je puisse décider moi-même face à Dieu, j’aime qu’une autre voix puisse me parler et m’autoriser une autre voie.
Moi aussi je sais reconnaître un grand maître spirituel, je sais reconnaître son amour et son courage, je sais reconnaître mon désir du bien dans son habit blanc.
Moi aussi je sais que ce désir est une question de vie ou de mort, et je sais qu’aller toujours plus avant dans ce désir rend la vie belle, rayonnante, éternelle.
Moi aussi j’ai suffisamment d’oreille pour entendre une parole qui touche le ciel, moi aussi j’aime Benoît XVI.

(ces textes sont parus sur mon blog)

Alina Reyes vit entièrement de son écriture, souvent caractérisée comme poétique et sauvage. Traduits dans plusieurs pays, ses livres sont particulièrement bien connus en Italie et en Allemagne. Ses derniers ouvrages, spécialement Lumière dans le temps (Bayard, 2009) et Psaumes du temps présent (Presses de la Renaissance, 2009), témoignent d’une ardente découverte de Dieu, dans la foi catholique.

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Commentaires

Le problème du préservatif est traité par les instances internationales du Vatican d'un point de vue mondial et politique. Vous avez raison d'une certaine manière mais vous oubliez qu'il n'est pas question de la condition de l'homme occidental avec ses petits besoins. Il est quesstion de traiter des bloblèmes majeurs comme les soins à apporter aux femmes dans des pays désespérément en manque de soin etc. Les occidentaux sont davantage focalisés sur leur soucis (homosexualité) et espérons que la cause homosexuelle masculine nempêche pas celle des femmes d'aboutir. Une fois de plus les hommes prendraient la première place...Quand règne une injustice sociale où la femmes et traitée inhumainement et où les soins ne sont pas prodigués comme ils devraient l'être, il est scandaleux de voir les occidentaux penser plus au préservatif. Car finalement cela revient à dire : oui, messieurs, continuer à faire n'importe quoi, oui mettez des préservatifs et pendant ce temps là rien n'avance.

Merci Alina pour ce bon air. Quelques mots à Sophie, difficile à comprendre et plus encore à suivre: qui le mâle c'est le plaisir avant tout et que les femmes se débrouillent! Le préservatif serait masculin (oui certes, et la pilule féminine) et occidental (?) en conséquence la sensibilité qu'exprime Alina serait étriquée et favoriserait le machisme et l'injustice sociale!? Quand au point de vue "mondial et politique" du Vatican je ne comprend ni à quoi vous pensez ni ce qu'il change, de toute façon quasiment tout le monde s'en fiche. Alina, j'ai croisé dans ma vie une jeune femme entrée dans un ordre et chargée de contacts avec des personnes vivant dans une cité; agressée, violée, enceinte elle décida de garder le petit, ... que croyez vous qu'il arriva? : elle dut quitter le couvent et se débrouiller seule. Par contre qu'un prêtre, un religieux ou carrément une part très notable du clergé d'un pays s'égare sexuellement pendant des décennies, y compris dans le crime sexuel (Irlande, Canada, Etats-Unis, ...) il est mieux couvert que Roman Polanski, même sans préservatif.

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