L'essentiel pour moi est l’unité entre la démarche intellectuelle et l’expérience spirituelle.

Comité de la Jupe
Maumont Vue générale de l’Abbaye Sainte Marie de Maumont, 16190 Juignac »

Nous passons maintenant au second groupe, celui des religieuses contemplatives. Quatre moniales bénédictines nous ont envoyé un témoignage. L’ordre de Saint Benoît est très ancien en Occident, les abbayes bénédictines nombreuses à l’époque médiévale. La vie du moine ou de la moniale est, avant tout, louange de Dieu dans les offices qui ponctuent la journée  et sont chantés en commun; le reste du temps est occupé par les travaux qui permettent de faire vivre la communauté et par la lecture et l’étude des textes sacrés.

 

 

 

 

Sœur Cyrille, quelle est la passion de votre vie et comment l’incarnez-vous dans votre vocation ?

La passion de ma vie, depuis mon enfance, est de chercher Dieu ; dès l’âge de sept ou huit ans je me vois posant des questions ; le catéchisme ‘question/réponse’, que je devais réciter par cœur évidemment, ne m’a jamais satisfaite ; mon curé m’appelait sa petite théologienne car il me fallait toujours aller plus loin dans les explications, que je traduisais ensuite dans mon langage, sinon rien ne pouvait m’apaiser. L’adolescence et le temps de mes études universitaires ont avivé ce désir passionné et parfois inquiet. C’est sur ce fond de recherche spirituelle que l’appel à la vie religieuse m’a rejointe.

Ma recherche s’est incarnée dans la Règle bénédictine : « la recherche de Dieu » y est définie comme l’un des critères de discernement. Très vite les responsables ont compris mon désir profond et m’ont orientée vers la théologie, étudiée et transmise... mais l’essentiel pour moi est l’unité entre la démarche intellectuelle et l’expérience spirituelle.

Quelle initiative personnelle ou communautaire vous tient à cœur ?

L’équilibre entre silence et parole, entre solitude et communion, est une recherche jamais achevée. Cet équilibre demande écoute mutuelle, respect des personnes, acceptation des différences, capacité de pardon et de réconciliation. Il se vit plus facilement grâce à l’alternance des temps : les fêtes, les mois d’été, offrent des occasions de rencontres entre nous ou d’accueil d’hôtes ; le carême, l’hiver, sont des temps plus retirés, la retraite communautaire ou personnelle sont des temps de profond silence et de plus grande solitude.

Une initiative récente, depuis 2009, propose des « portes ouvertes », accueil de nos familles, tous les deux ans, des religieuses du diocèse tous les ans, des prêtres du diocèse par petits groupes : ce sont des occasions de profond partage et de joyeuses rencontres bénéfiques à tous, semble-t-il !

 

En quoi Vatican II a-t-il transformé la vie religieuse et le rapport au monde de votre Institut, parce que vous aurez vécu ces changements ou parce que vous en avez bénéficié ?

Le Concile de Vatican II a été un événement important pour moi dans le choix même de la forme de vie religieuse où je me suis engagée. J’étais étudiante au temps de son déroulement ; avec quelques camarades nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs fois un évêque qui nous a confié la forte expérience spirituelle qu’il vivait en participant à ce concile : j’ai perçu en l’écoutant que l'Église était un mystère à vivre, et pas seulement ni d’abord la société hiérarchique dont j’avais entendu parler. La vie contemplative m’est apparue comme le lieu où j’étais appelée à vivre ce mystère.

Mes pas m’ont conduite (ou plutôt le souffle de l’Esprit Saint !) dans une communauté qui avait vécu un transfert quelques années plus tôt, qui avait donc acquis une expérience du changement ! La réception de Vatican II y a été quasi naturelle, sagement progressive, bien suivie par l’Évêque diocésain. Le maître mot qui a guidé notre cheminement a été la paix. Je ne saurais plus dire dans quel ordre les choses se sont passées : les grilles se sont peu à peu ouvertes pour finir par disparaître ; la liturgie a évolué au fur et à mesure que la communauté l’a vécue dans la communion (on peut même dire que cette évolution continue, selon une certaine ligne qui évite les ruptures) ; les contacts avec le monde avaient déjà beaucoup bougé avec les deux années du transfert, pendant lesquelles la communauté avait vécu sans clôture, celle-ci a été rétablie car elle est indispensable pour notre genre de vie, mais elle n’empêche ni l’accueil, ni les liens avec le monde du travail en particulier ; les relations familiales se sont humanisées sans pour cela n’obéir à aucune règle. La clôture monastique a d’ailleurs évolué sur le plan canonique puisque nous avons opté pour une clôture selon les Constitutions : cela ne signifie pas que nous faisons n’importe quoi, mais que nous sommes au contraire beaucoup plus responsables ; c’est plus facile de dire « cela n’est pas permis » que de discerner avec son abbesse la conduite que chacune doit suivre dans chaque cas particulier !

 

Sœur Cyrille, moniale bénédictine, Communauté de Maumont

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