Les servantes d'autel

Soeur Michèle Jeunet
29 février 2016

Servantes de l'Assemblée : une violence faite aux femmes

Bis repetita placent ! Le Comité de la Jupe a déjà dénoncé cette discrimination négative qui éloigne les filles de l'autel¹. Mais Michèle  Jeunet pointe ici une pratique plus sournoise : en faire des « servantes de l'Assemblée ».

 

Depuis quelques temps, dans certaines paroisses de France, se répand une pratique qui n’est pas tolérable et qui ne se justifie en aucune manière.

Dans ces paroisses, non seulement les filles ne peuvent pas être « servantes d’autel », mission que ces paroisses réservent aux garçons, mais leur assigne la fonction d'être « servantes de l’Assemblée ».

Elles ont un fichu sur la tête ou sur les épaules, ou encore une cape blanche ou pire d’une autre couleur (mais en aucun cas l’aube des garçons qui pourtant est le vêtement du baptême !).

Elles se placent à la porte de l’église et distribuent la feuille de chant. Dans le meilleur des cas, elles apportent les oblats au moment de l’offertoire.

Ce type de pratique est une violence faite aux femmes. Bien sûr, il y a des violences plus graves comme celles qui font que 3 femmes perdent la vie chaque semaine en France, tuées par leur conjoint. Mais il n’en demeure pas moins qu’une violence est une violence et que les petites sont le terreau des grandes.

Le recours à des « servantes de l’Assemblée » est une violence symbolique. En effet cette pratique assigne des rôles sexués (genrés) qui induisent que le masculin seul est en proximité avec le sacrement : l’autel, le prêtre, les objets du culte (calice et patène que les servants apportent à l’autel, lavabo, linges d’autel). Les servants d'autel portent la croix pendant la procession, ils peuvent encenser le prêtre et l’assemblée, ils se tiennent de part et d’autre du prêtre pendant la lecture de l’évangile...

Si ce ne sont que des garçons qui le font, cela montre que le féminin n’est pas admis dans cette proximité.

C’est une violence symbolique car les garçons vont, de fait, concevoir leur sexe comme la raison de cette proximité qu’on leur permet de vivre et concevoir le sexe féminin comme non capable de cette proximité ou non admis à cette proximité. Et les filles vont intérioriser cette exclusion en concevant leur sexe comme la raison de cet éloignement. Garçons et filles, des baptisé-es, mais les filles moins que les garçons !

Les mettre « servantes de l’Assemblée » se révèle être une violence symbolique supplémentaire car, en leur donnant malgré tout quelque chose à faire, cela entérine définitivement leur exclusion de la proximité avec l’autel.

L’exclusion des filles du service de l’autel et cette innovation des servantes de l’assemblé sont d’autant plus étonnantes que le pape Benoit XVI, en août 2010, en recevant à Rome 50 000 servants d’autel du monde entier, filles et garçons, leur a adressé ce message :

« Chers servants et servantes d’autel… Chaque fois que vous vous approchez de l'autel, vous avez la chance d'assister au grand geste d'amour de Dieu, qui continue à vouloir se donner à chacun de nous, à être proche de nous, à nous aider, à nous donner la force pour vivre bien. Avec la consécration – vous le savez – ce petit morceau de pain devient Corps du Christ, ce vin devient Sang du Christ. Vous avez la chance de pouvoir vivre de près cet indicible mystère ! »

Il est intéressant de pointer le sens de ce service de l'autel tel que Benoît XVI le dégageait. Il s’agit pour le Pape de permettre, par ce service, à ces filles et ces garçons « d’être proches du Seigneur et de croître dans une amitié vraie et profonde avec Lui ».

En approchant de l’autel, ils et elles ont ainsi la chance d’assister au grand geste d’amour de Dieu, de « pouvoir vivre de près cet indicible mystère. »

La conclusion qu’on peut tirer de ces paroles fortes de Benoît XVI c’est que, priver les filles de ce service, c’est donc les priver de cette proximité du Christ, les empêcher d’être proches de lui, de croître en amitié avec lui, de vivre de près le mystère. Cette exclusion n’est pas d’après lui légitime puisqu’il a bien pris soin tout au long de son discours de s’adresser aux filles comme aux garçons².

Ainsi, après la violence symbolique, il s’agit ici de violence spirituelle, on prive les filles de cette proximité avec le Christ, si on les empêche d’être proches de lui, de croître en amitié avec lui, pour reprendre les paroles de Benoît XVI, quand on les exclut de ce service.

Ce discours du Pape aux servantes et servants d’autel a été relayé de manière très positive par l’Osservatore Romano. En précisant que le beau mot latin ministrare (servir) se conjugue maintenant au féminin puisque il est ouvert désormais sans distinction aux enfants, filles et garçons³.

De plus, dans son édition du 15 août 2010, le journal se félicite de la présence de filles servantes d’autel en déclarant que « cette autorisation a mis fin à une forme d’inégalité au sein de l’Église et a permis aux filles de vivre de près la force du sacrement de l’Eucharistie. »

Pour l’Osservatore Romano, « l’exclusion des filles, simplement parce qu’elles étaient des femmes, était un lourd fardeau et constituait une profonde inégalité au sein de l’éducation chrétienne. »

Le texte est au passé. Malheureusement, dans les faits, en de nombreuses paroisses en France (cf le visuel), c’est toujours au présent et on peut dire que l’exclusion des filles est une inégalité qui demeure et qu'elle est toujours un lourd fardeau !

Sœur Michèle Jeunet – 25 février 2016

 http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/

¹ Véronique Beaulande, Filles et garçons à l'autel, juin 2015

² Audience générale de Benoît XVI, St Tarcisius, 10.08.10

³ Osservatore Romano du 15 août, article de Gian Maria Vian

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Commentaires

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Pierronne la Bretonne
Les Servantes de l'Assemblée sont un symptôme du "renouveau" que d'aucuns nous annoncent pour l'Eglise et pour la France!!! En s'appuyant sur la "génération Jean-Paul II" censée remplacer la "génération de mai 68", finissante et prétendument responsable de tous les maux, l'ambitieuse volte-face, partie du sommet de l'institution et appelée par les passéistes de tout poil, en marge comme à l'intérieur de l'Eglise, prétend remettre les pendules à l'heure (préparez vos perruques à grappes!) et mettre au pas fidèles et citoyens (Hérauts, chaussez vos bottes!)... C'est ainsi qu'apeurés et insufflant la crainte, menace de charia aidant, ils confondent évangélisation et visions éculées, mystique authentiquement chrétienne et pathologie illusoire, thérapie libératrice de l'Evangile et funestes idéologies dans lesquelles au nom de Jésus, libérateur par excellence,  nous nous refusons catégoriquement d'entrer. C'est l'Evangile lui-même que nous devons opposer au retour plus ou moins sournois des foutaises infantilisantes et sexistes!

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Jean-Pierre
Certaines expressions, même entre guillemets, deviennent à force de répétition des vérités.  Je partage pleinement ce que dit Pierrone sauf que réduire l'époque 1968 au mois de mai est franchouillard et aussi erroné que couper en deux la guerre mondiale. 14/18 que nos aïeux ont gagnée militairement et perdue diplomatiquement, et 39/45 que nos parents ont perdue militairement et su gagner, avec beaucoup d'autres, moralement (la place au conseil de sécurité vient de là). Similairement, l'époque 1968 dura sur toute la terre une dizaine d'année, et fut le centre précédé de secousses annonciatrices de divines libérations: fin de la domination de l'idéologie communiste (sans laquelle jamais JPII n'aurait pas été élu), fin des 30 glorieuses, liberté d'aimer et remise aux femmes de leur corps associée à la liberté religieuse. Cette sécularisation qui trouble encore quelques "bonnes âmes" avides de pouvoir a été marquée aussi par le début de la réaction, politique du vatican quand en juillet 1968 le solitaire Paul VI fit l'erreur qui signa la fin lente de l'infaillibilité. Mai 68 et les deux guerres mondiales sont de dangereuses déformations de musée Grévin! Tout cela est politique, oui, et guère religieux puiqu'il s'agit jsute de religion. Pas difficile de sortir de l'église si le prêtre avance avec ses bons petits gars costumés jusqu'à l'autel alors que de gentilles gamines elles aussi costumées sont priées de ne pas l'approcher! Est-il besoin de prêtres pour communier et d'une Eglise si peu fraternelle pour prier avec d'autres?

Auteur du commentaire: 
Sylvie
Merci, Michèle, pour cet article qui me paraît très juste, dans les idées exprimées comme dans le ton. En ce qui concerne Benoît XVI, sa position me paraît ambivalente. Le texte pronocé devant les servant(e)s  d'autel est explicite. Lorsqu'il a célébré la messe à Cologne, aux JMJ, il y avait des filles parmi les servants d'autel, des céroféraires. Il est vrai que les évêques allemands, dans leur grande majorité, sont favorables à la présence des filles.  En même temps il a favorisé le retour à une liturgie  plus sacralisée, et, du même coup, les filles ont été exclues du choeur, les femmes de la distribution de la communion... Seuls les hommes, par leur seule appartenance au genre masculin, indépendamment de toute ordination, sont censés pouvoir s'approcher du sacré. On retrouve des éléments archaïques et des considértions  de pureté ont été réintroduites. Parmi les laïcs, un clivage très net a été instauré entre les sexes alors qu'il y avait une relative indétermination dans les années 70. C'est la situation qui est la nôtre, au moins dans les grandes villes et lors des fêtes solennelles. Dans ces cas-là, que faire des filles ? Les responsables ont bien senti qu'il fallait leur faire faire quelque chose. On a prévu pour elles un rôle secondaire, "complémentaire" en langage ecclésiastique. L'article montre bien qu'elles ne portent pas l'aube des baptisés, vue probablement comme un vêtement trop liturgique. On leur propose une cape, mal coupée, trop courte, laissant surtout bien voir les vêtements, parfois même une demi-cape, pour que ce soit un signe distinctif, sans plus.  Je pense, d'après mes observations, que les servantes d'assemblée ne portent jamais de croix autour du cou ;  au Puy en Velay, seulement un cordon de couleur accroché à la cape par une bande velcro. Même la couleur blanche leur est parfois refusée, au profit du bleu "marial". Enfin, dans certains endroits, on leur impose de porter un fichu... ou un bandeau - manière moderne de se couvrir la tête. Céline Béraud, dans l'article qu'elle avait donné à la revue Etudes , montrait bien qu'il y avait discrimination en fonction des sexes et hiérarchie sensible (place dans l'église, vêtements, fonctions...). Comme l'article le montre, les garçons vont intérioriser leur supériorité et les filles leur infériorité. Certains évêques, aujourd'hui, en sont conscients. Le successeur de Mgr Brincard, au Puy,  a supprimé les servantes d'assemblée, et les filles retournent à l'invisibilité. Vaut-elle mieux ? Les filles n'ont-elles  le choix qu'entre l'invisibilité ou la présence active dans des fonctions subalternes ?

Auteur du commentaire: 
Blandine
   J'aimerai ajouter que, de même que les filles doivent pouvoir servir à l'autel à l'égal des garçons, il serait beau et juste que les garçons servent de même l'assemblée car le service du frère est viscéralement lié au service divin et c'est une façon bien concrète de l'enseigner aux enfants et à l'assemblée.

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