Les jésuites et la situation des femmes

Comité de la Jupe

En cette journée internationale des femmes, dans une actualité ecclésiale préoccupante pour ce qui est de leur place et de leur dignité, il peut être paradoxalement réconfortant de découvrir la parole d’hommes religieux…

Une surprise chaleureusement accueillie

Il s’agit des Jésuites… En effet, aux hasards de navigation sur Internet vous pouvez tomber sur leur site et découvrir un texte de loi étonnant… Il s’agit d’un texte créé en 1995 à l’occasion d’une de leur Congrégation Générale, l’instance suprême de leur gouvernement, qui ne fut réunie que 35 fois depuis leur fondation au XVIe siècle. C’est dire que, lorsque cette instance publie des décrets, ceux-ci ne sont pas des documents qui peuvent être considérés avec légèreté…

Or de quoi traite le 14e décret ? de « la Compagnie et la situation des femmes dans l’Eglise et dans la société civile ». Un document qui, aux dire mêmes de ceux qui l’ont réalisé a provoqué « une grande surprise », car « rien ne faisait prévoir à l’avance » la possibilité d’un tel texte… C’est dire si ce document n’est pas le fruit d’un quelconque lobby, préparé à l’avance, mais bien le fruit d’un patient travail d’écoute, de prière et de lecture fine d’une situation historique. Et il est clair que cette émergence laissa place « à un accueil chaleureux et un appui sans ambigüité ».

Une analyse lucide et sans fard de la situation

Cette Congrégation Générale a donc voulu attirer l’attention des jésuites sur leurs attitudes et leurs réactions face à ce problème de la situation des femmes. Car il ne s’agit pas d’un « décret sur la femme », et ils n’ont pas la prétention de « parler au nom des femmes » mais comme ils le disent eux-mêmes, c’est un décret qui s’adresse aux jésuites et veut que, dans la fidélité à leur mission, ils n’oublient pas un problème aussi évident que celui de cette « tradition civile et ecclésiale qui a blessé les femmes »

Le décret commence par une analyse lucide et sans fard de la situation. Dès le début le ton est donné : « La domination des hommes dans leurs relations avec les femmes s'est traduite de multiples manières. » (§ 2) Et les Jésuites reconnaissent leur part de responsabilité : « nous portons encore avec nous l'héritage d'une discrimination systématique contre les femmes.  […] il fait partie d'un ensemble de préjugés et de stéréotypes culturels plus profonds. Beaucoup de femmes, en vérité, estiment que les hommes ont été lents à reconnaître la pleine humanité des femmes. Elles font souvent l'expérience d'une réaction de défense de la part des hommes quand elles attirent leur attention sur cet aveuglement.» (§ 3)

Ils rappellent que c’est Jean-Paul II lui-même qui « a demandé à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté, spécialement aux catholiques, de faire de l'égalité fondamentale des femmes une réalité vécue. Ceci est un authentique "signe des temps" » (§ 5)

Un acte de repentance et une demande de conversion

Les Jésuites en prennent acte et en tirent les conséquences : la réflexion de l’Église sur l’Écriture les appelle «  à changer nos attitudes et à travailler à un changement des structures », son ton « indique clairement qu'il y a urgence à relever le défi de traduire la théorie en pratique, non seulement hors de l'Église, mais aussi au sein de celle-ci. » (§ 6). Et cela sans confusion des genres ou de la place qui revient à chacun : « La Compagnie de Jésus relève ce défi et accepte la responsabilité qui est la nôtre de faire ce que nous pouvons en tant qu'hommes et en tant qu'ordre religieux masculin. Nous ne prétendons pas parler au nom des femmes. Nous parlons, cependant, à partir de ce que nous avons appris des femmes, sur nous-mêmes et sur nos relations avec elles. » (§ 7)

La première démarche est un acte de repentance et de pardon impressionnant par sa simplicité : « nous, Jésuites, demandons d'abord à Dieu la grâce de la conversion. Nous avons fait partie d'une tradition civile et ecclésiale qui a offensé les femmes. Comme beaucoup d'hommes, nous avons tendance à nous convaincre qu'il n'y a là aucun problème. Fût-ce sans la vouloir, nous avons souvent participé à une forme de cléricalisme qui a renforcé la domination masculine en l'accompagnant d'une sanction prétendument divine. Par cette déclaration, nous voulons réagir personnellement et collectivement, et faire ce que nous pouvons pour changer cette situation regrettable. » (§ 9)

Suit alors un acte de reconnaissances et une série de recommandations qui feront l’objet d’un second article...

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