Les Innocentes : la foi à l'épreuve du mal

Comité de la Jupe
21 février 2016

Le film Les Innocentes est proche du chef-d'œuvre. Il appartient au cercle très restreint des films que l'on est sûr de ne jamais oublier. Quand les horreurs de la guerre ont pour cadre un couvent de Bénédictines, la foi est confrontée à l'épreuve du mal.

Petit résumé du synopsis : Pologne, décembre 1945. Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes après avoir été violées par des soldats russes, sont sur le point d’accoucher. Peu à peu, se nouent entre Mathilde, athée et rationaliste, et les religieuses, attachées aux règles de leur vocation, des relations complexes que le danger va aiguiser... C’est pourtant ensemble qu’elles retrouveront le chemin de la vie.

Et Dieu dans tout ça ?

Au-delà des qualités artistiques – exceptionnelles – Les Innocentes pose de façon remarquable la question : comment croire quand le mal semble signifier l'absence de Dieu ?

Les viols de ces religieuses – un fait historique –, Dieu l'a « permis ». Où était-Il ? L'interrogation, évidemment, taraude les bénédictines.

La shoah, Dieu l'a « permise ». Où était-Il ? Dans ce film, le médecin juif, qui a perdu toute sa famille en déportation, renvoie à cette même question : où était Dieu dans les camps de la mort ?

Paradoxe

Les Innocentes développe un étrange paradoxe. La jeune médecin athée, fille de communistes, confrontée aux épreuves qu'elle s'emploie à soulager, en vient à croire à « quelque chose ». Qui n'est pas Dieu, mais la vie.

En revanche, la mère supérieure du couvent, meurtrière par souci d'éviter le scandale et le déshonneur, incarne un contre-témoignage de la foi au Christ.

Il ne reste que l'amour

Que reste-t-il au fond quand les larmes ont séché, si ce n'est l'amour ? L'amour des petits, l'amour qui dépasse les règles – y compris la règle monastique. L'amour qui permet de continuer à vivre, malgré tout, et qui témoigne ainsi de sa force. Supérieure au mal absolu.

C'est ce cri puissant que Les Innocentes nous donne à entendre. Comme le cri des bénédictines au moment d'accoucher. Ce n'est évidemment pas un hasard si ce film a été réalisé par une femme. Merci à Anne Fontaine. 

François Vercelletto – 14-02-2016

http://religions.blogs.ouest-france.fr/

Affiche du film Les Innocentes
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Commentaires

Auteur du commentaire: 
Jean-Pierre
Merci aussi à François Vercelletto. Ce film semble faire toucher que l'essence religieuse est d'abord charnelle. Cette essence vitale, aucune religion ne peut la tenir, la circonscrire, l'expliquer. Face à elle chacun est invité à l'humilité et quand Jésus dit "va ta foi t'a sauvé" c'est devant à une humilité pas devant une contrition.

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