Les femmes et l’avenir de l’Église

Comité de la Jupe
 Les femmes et l’avenir de l’Église, par le père Joseph Moingt sj, Etudes de janvier 2011. Pour ceux qui n’auraient pas encore eu l’occasion de lire l’article de Joseph Moingt sur les femmes, signe que la question trotte de plus en plus dans les têtes, au sein de l’Eglise catholique, voici les réflexions de Monique Hébrard. On connaît sa contribution forte et persévérante à l’évolution de la place des femmes. Ce qui explique sans doute qu’elle aille au cœur des questions soulevées par cet important article. Saluons tout d’abord le fait qu’un théologien de cette envergure et de cet âge écrive sur la situation des femmes dans l’Église ; en soi, c’est déjà un événement. L’approche est inattendue : Joseph Moingt s’interroge sur la corrélation entre le déclin de l’Église et la condition de la femme dans l’Église, en établissant une double relation de cause à effet surprenante : l’émancipation des femmes les a détachées de leur tâche principale traditionnelle d’engendrer des petits chrétiens, donc l’Église est hostile à la promotion de la femme ! Le constat qu’il fait sur la vie interne de l’Église est plus évident : les femmes ne sont « responsables » de rien mais tout repose sur elles ! Il leur est demandé de rester « à leur place de servantes dociles, bien encadrées dans des équipes ˝pastorales˝ sous responsabilité ˝sacerdotale˝ ». Il faut surtout les éloigner de l’autel et des sacrements, « au point, un peu risible, d’interdire de choisir les enfants de chœur parmi les filles » par crainte d’encourager chez elles le désir d’être prêtre ! Mais Joseph Moingt constate que l’opinion n’admet plus que les femmes, qui ont des responsabilités dans la vie professionnelle et civique, en soient écartées dans l’Église. Cette réalité ruine la crédibilité de l’Eglise et accroît « l’hémorragie » dont elle risque de mourir. Il s’agit d’une « attitude suicidaire ». Puis le théologien s’attaque audacieusement à un gros morceau : la « loi naturelle », immuable, que l’Église assimile à la volonté de Dieu, et qui doit donc résister à l’évolution des mœurs, notamment en matière matrimoniale et éthique. « L’Église devrait accepter un libre débat […] et y entrer elle-même, sans s’arroger un droit exclusif et absolu d’enseignement », en faisant confiance aux théologiens et aux baptisés qui ont l’Esprit saint et notamment aux femmes qui sont proches de toutes ces questions. « L’Église aurait-elle peur de perdre du pouvoir en consultant ses fidèles ? L’alternative est de les perdre ! » Notons au passage qu’il y a eu précisément des déceptions et des départs après un certain nombre de synodes diocésains qui avaient magnifiquement joué le sensu fidelium, dans une grande communion avec leur évêque, et dont les souhaits touchant toutes ces questions ont fait l’objet de remontrances de la part de Rome qui a demandé à tous, évêques compris, de se mêler de ce qui les regardaient ! Mais revenons au texte. Joseph Moingt précise qu’il ne milite pas pour l’ordination des femmes, et cela pour une raison fort intéressante : « l’intérêt de la foi n’est pas d’étendre le domaine du sacré mais de tempérer le pouvoir, et pour cela, de le partager en dehors du sacré ». Alors arrêtons de nous méfier de Vatican II et mettons-le en œuvre en laissant plus de liberté aux Églises locales, inventons des lieux de décisions où les femmes seront à égalité des hommes et des clercs, arrêtons d’ériger l’Église en symbole de contre-culture ! La reconnaissance de la femme serait un signe majeur fort. Joseph Moingt termine en ouvrant l’Évangile comme des centaines de théologiens, biblistes et auteurs, hommes et femmes l’ont fait, pour souligner que Jésus a cru dans les femmes, a fait d’elles des « relais de la mission ». Mais est-ce vraiment à la condition des femmes dans l’Église qu’il faille attribuer le déclin de la transmission ? J’en doute. Ce n’est qu’un facteur parmi d’autres, et un aspect parmi d’autres du fossé qui s’est creusé entre les valeurs de la société et l’attitude de l’Église. D’ailleurs Joseph Moingt le souligne bien : « dans notre monde laïcisé et sécularisé, c'est-à-dire démocratique, la foi ne peut que dépérir si elle est privée de la liberté à laquelle le Christ appelle tous les chrétiens au dire de saint Paul… » Et encore l’Église : « s’adresse maintenant à un monde majeur, elle ne peut plus l’enseigner du haut de sa chaire… » Voilà bien des causes majeures de désaffection ! Alors que faire ? On retiendra les deux orientations de sa conclusion.
  • « Il s’agit d’abord de restaurer le sol des communautés chrétiennes, d’y instaurer liberté, altérité, égalité, coresponsabilité, cogestion, d’y laisser pénétrer les soucis du monde extérieur, de rendre ses célébrations plus conviviales… »
  • D’arrêter de sacraliser le « presbytérat », de le réinventer, « de dénouer le lien redoutable du pouvoir, du sexe mâle et du sacré ».
« La femme est et sera l’avenir de l’Église » conclut Joseph Moingt. Je n’aime pas cette conclusion qui me rappelle que l’éternelle misogynie de l’Église a deux facettes : soit elle compare la femme à Eve, soit elle la compare à Marie. Dans le premier cas on met la femme « en bas » et dans le second « en haut »… ce qui dispense, dans les deux cas, de la mettre en vis-à-vis. Ce n’était sûrement pas l’intention de Joseph Moingt. Monique Hébrard .
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Commentaires

Marie-Claude, quand je suis "partit" il y a 20 ans, j'en ai parlé avec notre curé, et écrit à notre évêque. Le second m'a aimablement répondu qu'il prierait pour moi, sans un mot sur les motifs explicités dans la lettre; je n'ai été qu'à moitié surpris car il faisait grand seigneur contrairement à son oncle d'Alger qui l'était sans le faire. Quant au premier, il m'a très peiné, il a jeté un sort sur notre famille, prédisant des malheurs, ... mais il est venu chaleureusement à mes 50 ans alors que nous quittions la région. Je souhaite dire à Anne ma vision différente de la sienne sur "l’institution n’a vu ni su accompagner la montée de la conscience individuelle". Je crois que c'est parce qu'ils obligeaient l'institution à voir et savoir que les théologiens "turbulents" de l'après-guerre -Jésuites et Dominicains pas seulement en France- ont été si férocement (le mot est en dessous de la réalité) repris en main; ensuite, évêques et cardinaux prêts à les suivre (pas à les précéder) sont rentrés sagement dans le rang. Ces théologiens de terrain voyaient bien, au contact permanent des laïcs et des jeunes prêtres d'alors, que rien ne serait plus comme avant. Deux conflits mondiaux et les décolonisations avaient fait se rompre les digues. Ils voulaient amener l'institution à accompagner la sécularisation. L'institution s'est dans un premier temps libérer avec le concile, puis très vite l'atavisme a repris le dessus jusqu'à la crispation actuelle, qui est mondiale et qui a aussi des motifs financiers en rapport avec la tradition d'ordre (dans l'institution, plus on monte plus on penche à droite).

Il y a une idée tordue qui s’installe parfois dans les esprits et que réveille un présupposé repris par Joseph Moingt : que le déclin de l’Eglise serait dû à un relâchement de la transmission, laquelle transmission, - ce n’est pas dit, mais le mot même de « transmission » y invite - serait l’œuvre des chrétiens, en particulier des mères chrétiennes. Si l’Eglise recule, c’est pour une double infidélité : au monde et à l’Evangile. Envers le monde, l’institution Eglise n’a vu ni su accompagner la montée de la conscience individuelle, qui a conduit en particulier à la démocratie et à l’émancipation féminine. De l’Evangile, elle a oublié la dimension universelle (« Il n’y a plus ni juif ni grec », Galates 3, 28) qui fonde l’Eglise sur un peuple et non sur une hiérarchie tentée de se sacraliser elle-même, qui condamne dans l’oeuf toute discrimination - l’antisémitisme par exemple - et instaure une fraternité puissante entre les hommes. Il est donc un peu facile de dire « l’Eglise c’est nous tous » et de charger la barque des fidèles du Christ quand cela ne va pas bien. La question doit s’analyser d’abord là où se sont prises les grandes orientations, c’est-à-dire au sein de l’Institution. Et le départ silencieux de beaucoup de catholiques, pourtant convaincus, est peut-être dû à leur fidélité plus qu’à leur infidélité. Au monde ? Ou à l’Evangile ? Et si c’étaient aux deux ensemble ?

Merci Anne de ce commentaire. Je suis de ceux et celles qui partent silencieusement ... et j'ai du mal quand certains me poussent à me justifier. Jugement/justification, c'est une démarche que je refuse et dans ce domaine, au sein de l'Eglise, il y a procès là où il ne devrait y avoir que débat. Je dois tout à l'Eglise, et je veux vous citer trois de mes Maîtres : Paul Beauchamp, Philippe Gruson, Pierre Lenhaert. Les nommer, c'est dire ma fidélité. Je ferai tout mon possible pour être des vôtres le 30 Mars. Très amicalement, mcm

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