Les baptisé-e-s de France s’émancipent

Comité de la Jupe

Un article publié sur le site de Témoignage Chrétien
photoEt si le Comité de la Jupe avait trouvé le bon ton ?
Celui que recherchent depuis des années les catholiques qui ne se sentent plus en phase avec la manière dont la hiérarchie mène la barque de l’Église et qui ne savent plus comment exprimer ce malaise sans se voir aussitôt reprocher de semer le trouble dans la maison commune, voire d’inciter au schisme.

En annonçant le 11 octobre, à Paris, sur le parvis de l’église Saint-Sulpice, la création d’une Conférence des Baptisé-e-s de France (CBF), Anne Soupa et Christine Pedotti, les co-fondatrices du Comité de la Jupe (lire TC n° 3365), ont peut-être ouvert une brèche dans la muraille du prêt-à-penser ecclésial.

Il sera difficile pour les évêques de France de faire comme si de rien n’était ou de rejeter l’interpellation comme une manifestation d’humeur de contestataires hors circuit ou d’intellectuels détachés des réalités (1). Religieuses et religieux, prêtres, diacres, mais surtout de nombreux laïcs très engagés dans l’Église et souvent formés en théologie : la petite foule qui écoutait les oratrices de la place Saint-Sulpice avait un air à la fois décidé et… très sage.

C’est peut-être là sa force, dans un monde catholique se vivant comme étant menacé de toutes parts. Rigueur du fond, fermeté du discours mais grande attention à la forme : la recette peut fonctionner.

La phrase calamiteuse du cardinal Vingt-Trois le 6 décembre dernier sur le manque de formation des femmes (« Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ») n’aura été que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Les cathos ne parlent pas, estime Estelle, membre du Comité de la Jupe. Ils ont l’habitude de laisser couler les choses en se répétant que l’Église en a vu d’autres.

Mais aujourd’hui, beaucoup, qui sont pourtant très patients, n’en peuvent plus. »
Les réactions de nombreux catholiques croisés sur le parcours laissent penser que le potentiel d’une telle initiative est réel.

Horizon.
Certaines personnalités catholiques, comme l’historien Jean Delumeau, les journalistes Monique Hébrard ou René Poujol ( ex-directeur de la rédaction de Pèlerin ), ne sont pas non plus passées inaperçues des initiés durant la marche ou sur le parvis de Saint-Sulpice. « Il nous est impossible désormais d’en rester à la question particulière portée au début par le comité de la jupe, celle de la dignité des femmes, a déclaré Anne Soupa devant les quelque 300 personnes qui venaient de participer à la marche du 11 octobre. Notre cause, maintenant, est plus vaste : l’horizon s’élargit. Qu’avons-nous en commun ? notre baptême ! Et à cause de ce baptême qui nous a donné l’Esprit, nous croyons en la force de la parole et nous n’avons pas peur. »

La CBF ne se veut pour l’instant qu’une invitation lancée à tous les catholiques à créer un véritable lieu d’échange qui aujourd’hui manque en France (2). Des exemples de telles structures existent à l’étranger, par exemple en Allemagne, autour du Katholikentag, une manifestation très populaire qui a lieu tous les deux ans durant cinq jours, et lors de laquelle les catholiques allemands se rassemblent autour de débats et de rencontres thématiques très ouvertes. Un Comité central composé essentiellement de laïcs assure la liaison entre deux manifestations.

Les initiateurs de la CBF ne se posent donc nullement en opposition aux structures existantes de l’Église de France. Leur vision se veut « responsable ». Anne Soupa le rappelait dans son discours : « À ceux qui nous disent : “ vous prenez le pouvoir ? ”, nous répondons : “nous prenons nos responsabilités !”»

Des contacts officiels devraient être pris dans les semaines qui viennent avec les évêques de France, lesquels se réuniront en novembre à Lourdes pour leur assemblée d’automne.

(1) Invité de la matinale de Radio Notre-Dame lundi 12 octobre, le Père Pierre-Yves Péqueux, directeur national des Œuvres pontificales missionnaires, n’a pas hésité à classer la démarche du Comité de la Jupe parmi les « combats marginaux qui passent à côté de questions profondes ». Et de citer en contre-exemple les catholiques qui s’engagent… auprès des migrants !

(2) Pour contacter la CBF : e mail

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Commentaires

Que le directeur national des œuvres pontificales missionnaires se rassure, les catholiques qui ont battu le pavé dimanche dernier étaient tous engagés dans et hors l'Église. Nous ne sommes peut-être pas assez pontificaux mais nous essayons d'être missionnaires. C'est bien dans l'espoir de faire sauter les blocages qui nous freinent dans notre mission de baptisé-e-s que nous tentons cette aventure de la CBF. Est-ce un combat marginal qui passe à côté des questions profondes?????

C'était en 1996, le pape Jean-Paul II au cours des célébrations à l'occasion de l'anniversaire du baptême de Clovis lançait cette célèbre phrase: "France, qu'as-tu fait de ton baptême?". (Il existe une variante, qui serait "France, qu'as-tu fait des promesses de ton baptême?"). On suppose bien qu'en disant la France, Jean Paul II s'adressaient aux Baptisé-e-s de France. Non? Est-ce une question marginale de se demander ce que nous faisons de notre baptême? Pour un baptisé, c'est le combat d'une vie, le seul combat. Peut-être certains, à cause de la fidélité à leur baptême, s'engageront-ils au côté des migrants, d'autres choisiront tel engagement ou tel autre. Mais au centre, il y a notre baptême, au centre, pas à la marge!

Bonjour Juste une question : sur le nombre de catholiques baptisé(e)s à ce jour, combien l'ont été parcequ'ils l'ont choisi et fait consciemment en tant qu'adulte responsable ? Et combien ont été baptisés bébés par la seule volonté de leurs parents et sans qu'on leur demande leur avis ?

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