Le Tout Nouveau Testament : Dieu existe et il habite à Bruxelles

Comité de la Jupe

Le tout nouveau film de Jaco Van Dormael

Je m’attendais à une bonne grosse farce bien loufoque et à quelques gags drôles, mais sans plus. Á des digressions sur la puissance et l’impuissance de Dieu, mais un peu trop convenues. Et aussi à une bonne dose d’inventivité dont les Belges en ont le secret. J’ai trouvé davantage, que je me dépêche de venir vous raconter. D’abord, le clou : Dieu est père d’une fille, futée et sensible, un peu du modèle de son frère, Jésus. Rien que cela, cela fait du bien : en 2015, on peut bien s’offrir ça…

La famille vit dans un appartement à Bruxelles. Le père, Dieu, règne sur un super ordinateur avec lequel il asservit l’humanité avec une perversité consommée. Mais sa fille va délivrer à chacun des membres du fichier de l’ordi – toute l’humanité – la date de  sa mort. Dieu est furieux car il perd son emprise sur les gens : désormais, ils enverront balader les contraintes inutiles et seront libres ! La mère, très bien incarnée par Yolande Moreau, semble stupide… Le fils, visiblement, est le raté de la famille. Bref, une famille assez calamiteuse.

On se dit : Bigre, est-ce tout ce qui reste de 2000 ans de christianisme ? Depuis, la question ne me lâche plus. Cette image de Dieu est celle que les philosophes ont contribué à véhiculer mais elle n’a rien à voir, vraiment rien à voir, ni avec le Dieu « de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité» de l’Exode, ni avec le Dieu de Jésus-Christ, Père qui pardonne et redresse les affligés. Tout de même, c’est troublant : le « Dieu de Jésus-Christ » serait-il si mal connu ? Et Dieu aurait-il fait tant de dégâts dans les consciences ? La faute à qui ? Va t-en savoir… Mais le mal est fait, et bien fait.

Malgré sa lourde hérédité, notre jeune héroïne a des réflexes qui sentent bon la santé : elle quitte le foyer familial et va se donner une demi-douzaine d’apôtres pour écrire son « Tout Nouveau Testament ». Et c’est là que l’histoire acquiert plus d’humanité. La fillette racole, un clochard par ci, un dépressif par là, une jeune femme handicapée ailleurs. Et cette bande de mal foutus, de branquignoles va, cahin-caha, se remettre debout. Eux qui étaient fâchés avec la vie se réconcilient, leurs mains refermées sur eux-mêmes se tendent pour aider. Vraiment, cette humanité semble bien sans « Dieu », tandis que, dans la tendresse et la poésie, elle retrouve ses sources vives.

J’ai été touchée par la réconciliation et la reconstruction de soi, solidarité comprise, qui se dessinent entre ces six apôtres et la fillette. J’y ai lu une leçon très sérieuse sur l’écoute de personnes bridées, malmenées, malgré l’apparente normalité de leur histoire. Le film ne va pas plus loin, le Tout Nouveau Testament écrit « en direct » de leur aventure est un livre presque vide, sans message fort, sinon, peut-être, celui que les pages blanches sont à remplir selon les évangiles propres de chacun. Pour ma part, j’aurais envie de faire confiance à ces Pierre, Paul et Jacques pour qu’ils ruminent leur message et écrivent leur histoire, demain, après, plus tard. Mais l’amie avec laquelle je suis allée voir le film en est sortie plus agacée que charmée : ils n’ont rien à dire, les personnages sont artificiels, c’est même un film dangereux car il renforce une image négative de Dieu. Peut-être. Mais le mal a été fait avant…

Pour ma part, j’ai vraiment reçu ce film, plein d’humour, de créativité, de poésie, comme un reflet de ce qui, aujourd’hui, se voit et se pense de Dieu. Rien de bon… Pas de doute, ce Dieu là peut mourir, je ne le pleurerai pas. Reste à savoir qu’est-ce qui, dans ce film, tient lieu de divin. La fillette, assurément, qui est assoiffée de liberté, déterminée, mais aussi tendre, candide, à l’écoute d’autrui, faisant le bien. Je reconnais que cet humanisme gentil est un peu court et semble considérer le don de soi par Jésus comme un ratage, un désastre insurmontable. Est-ce grave ? Pas trop, la croix, cela ne s’écrit pas à l’avance, cela se vit quand ça vient. Sans doute qu’ici personne n’est « dans les clous » d’une théologie dûment labellisée. Mais Jésus était fort mal vu des prêtres. Alors…

Anne Soupa 

Share

Ajouter un commentaire