Le temps est venu, voici le moment favorable…

Marie Jeanne Laurent
23 déc. 2014

Enfant j’avais promis à Dieu, sur ma « montagne », qui n’était qu’une modeste colline, de le servir toute ma vie, chaque jour. Pas de célébration clinquante, pas d’habit d’apparat, pas d’invités prestigieux pour cette cérémonie, mais juste un paysage magnifique, à perte de vue en guise d’église, quelques genêts, quelques pins un peu tordus et ébranchés sous les assauts du vent et, comme témoins, une volée de moineaux, deux ou trois lapins, des papillons, des abeilles, des fourmis,… tout un monde grouillant de vie et de simplicité. Je devais avoir 7 ou 8 ans. Il me reste au cœur cette savoureuse communion avec la Création permanente… un goût d’éternité…

Comme toutes les petites filles, je rêvais d’être une princesse… Mais moi, je voulais juste être une princesse qui donne tout son temps, tout son argent, pour organiser de gigantesques repas où tous les pauvres de la terre, pauvres d’argent, pauvres d’amour, pauvres de santé, pauvres de joie, puissent venir se rassasier à chaque fois qu’ils le voudraient. Aucune restriction, aucun interdit, aucun laisser-passer n’était nécessaire pour venir se mettre à table. Chacun allait et venait autant qu’il le voulait et repartait quand il le voulait. Il suffisait de venir et de s’asseoir pour partager un peu de pain, quelques rires, quelques chansons, un peu d’amour… J’imaginais des tables immenses, qui allaient même jusqu’à faire la traversée du pays ! Seuls les enfants peuvent avoir une telle candeur ! Les conditions matérielles pour réaliser de tels repas ne m’ont jamais effleurée. Je ne me souviens que des rires qui fusaient de toute part, des regards qui se croisaient, des mains qui se tendaient… de la joie, de la paix, de l’Amour qui régnaient de partout, en permanence.

Aujourd’hui, je retrouve mon rêve qui n’est autre que mon désir profond que je garde au plus intime de moi-même depuis si longtemps. Mais était-ce bien un rêve ?... Un songe peut-être ? Je l’ai retrouvé enseveli sous un monticule de souvenirs et de lois obsolètes conçues par quelques-uns. Et miracle ! Il est intact ! Aussi éblouissant qu’au premier jour dans mes souvenirs d’enfant !Depuis ma jeunesse, à chaque fois que je rentre dans une église, je me sens « appelée » comme on dit. Longtemps j’ai cru que le Christ attendait de moi que je devienne religieuse. La question s’est faite souvent bien lancinante. Mais tout au fond de moi, je sentais que ce n’était pas ça. Il y avait autre chose… mais quoi ?...Que veut donc dire ce songe ? Pourquoi me revient-il à l’esprit aujourd’hui ? Qu’est-ce que le Christ attend toujours de moi ?... Je me questionne, je cherche… et tout à coup les mots ont surgi, du fond de mon être, comme une évidence : j’aurai voulu être prêtre.Et si c’était cela que le Christ attendait de moi ?

Seulement voilà, il y a un léger détail qui fait que je ne pouvais pas et que je ne pourrai jamais le devenir : je suis une femme.

Je ne suis pas une sainte. Je ne suis pas parfaite. J’ai souvent trébuché dans ma vie. Je me sens bien fragile, vulnérable à l’extrême. Je me trouve bien maladroite. Je cherche souvent mes mots pour m’exprimer… Et pourtant j’aurai voulu devenir prêtre. Mais ce n’est pas possible… ce ne le sera jamais. Je n’ai même pas le droit de me poser la question.

Depuis très longtemps, l’humble femme que je suis espère, encore et toujours, qu’un nouveau concile advienne pour libérer l’humanité du joug trop lourd que l’histoire nous a mis sur les épaules : le rejet des femmes comme « ministres », le mariage des prêtres, l’ex-communion des « impurs » qui ont eu le malheur de trébucher, des pécheurs de tout bord, de ceux qui ne rentrent plus dans les « normes », de tous ceux qui ne veulent pas obéir aveuglement à toutes ces lois que quelques hommes ont écrites, à une époque donnée, pour répondre à des situations particulières.

Le Christ nous a confié une seule Loi : le double commandement d’amour : « Aime le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et aime ton prochain comme toi-même ». Le Christ n’a jamais exclu personne. Il allait manger chez ceux qu’il rencontrait, même Judas a partagé son dernier repas et Jésus lui a offert une bouchée de pain comme aux autres. Il posait un regard d’amour sur chacun quel que soit sa situation et son péché personnel. C’est la seule voie pour le suivre puisque, comme il le disait lui-même, « il est le Chemin ».

Je me sens si fatiguée d’avoir à lutter pour me faire entendre et respecter comme un être humain à part entière. Il faudrait sans doute que je fasse comme ceux qui aiment se donner en spectacle, interpeler la presse, les médias, revendiquer mon droit d’être ce que j’ai envie d’être… . Seulement moi, je n’ai jamais aimé me faire remarquer. Au tapage, aux feux des projecteurs, aux applaudissements, je préfère la discrétion, la simplicité et le silence.

Et pourtant, mon cœur bouillonne à l’intérieur de moi. Un synode des évêques a eu lieu en octobre… un coup d’épée dans l’eau… peut-être… à moins que ce soit la première page d’un avenir radieux pour l’Église… pour l’humanité toute entière.Comme la Cananéenne qui se contentait des « quelques miettes tombées de la table des enfants de Dieu », j’espère vivre assez longtemps pour voir au moins les prémices de ce concile qui doit venir pour le salut de l’Église.

La table est prête, le Christ nous attend. Et si mon rêve devenait réalité ?

Marie Jeanne Laurent 

Crédit photo: 
Wikipedia
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Commentaires

Joie ! Bienvenue au club ! Pourquoi faut-il que nos rêves soient barrés dès notre jeunesse ? En 2010, j'ai écrit à Benoît XVI, lui demandant l'autorisation d'être ordonnée... Un ami à qui j'avais envoyé un exemplaire de ma longue missive, m'a répondu: " Tu n'as pas d'autorisation à demander. Si tu penses que c'est ce que tu dois le faire, alors fais -le !" je viens de retrouver cette réponse et j'ai alors réalisé qu'inconsciemment, j'ai agi en ce sens, auprès de toute ces personnes que je rencontre. Je n'oublie pas que j'ai chanté (il y a belle lurette!!!) "Peuple de prêtres, peuples de rois, assemblée des saints, peuple de Dieu"... Nous sommes prêtres de par notre baptême.
Dans ma jeunesse, je rêvais de donner GÉNÉREUSEMENT ma vie à Dieu. J'ai suivi ce que me dit l'EGLISE. J'ai fait 8 jours de noviciat... La maîtresse des novices m'a conseillé de renoncer car je TOMBE TROP FACILEMENT AMOUREUSE !!! Femme, épouse, maman, mamie, retraitée engagée et bénévole, j'ai découvert à 65 ans que j'ai vécue comme je le rêvais et je me sens reconnue dans ma vocation de prêtre et de missionnaire. Et je me dis que d'ici, 200 ou 300 ans, je verrais le Vatican découvrir mes nombreuses lettres et il reconnaîtra le bien-fondé de notre vocation de prêtre...

Oh, que c'est bon de vous lire, passant à l'acte de vos désirs. Mais concrètement, que faites-vous en lien avec cette "ordination" et comment êtes-vous reconnue ? Pour ma part, j'ai besoin d'entendre le récit de votre "négociation" avec votre entourage, avec l'institution sur ce sujet. Si vous le voulez bien... bien sûr!

Les "anonymes" sont de retour sur le Comité de la Jupe... ça doit être irréversible... mais c'est bien dommage de ne pas savoir à qui je m'adresse...
Donc, cher ou chère "Anonyme",
comme je l'ai écrit dans mon histoire, lors de ma "promesse" il y a pas mal d'année, il n'y avait qu'une volée de moineaux, quelques lapins, des abeilles, des fourmis, des papillons comme "témoins" de mon engagement. Tout un monde qui doit manger les pissenlits par la racine depuis bien longtemps!
Plus sérieusement, "comment suis-je reconnue" me demandez-vous? A votre avis? Je suis une chrétienne comme n'importe quelle chrétienne. Je suis "prêtre, prophète et... reine" aux yeux de l'Eglise de par mon baptême... à condition que j'obéisse à certains messieurs sans poser de question et surtout sans prendre des initiatives.
Il n'y a pas eu de négociation: il y a quelques années, alors que je faisais partie de l'équipe pastorale paroissiale, l'évêque m'a demandé (sur un ton très dur pour ne pas dire pire)de cesser ma mission le plus rapidement possible parce que j'avais osé lui dire quelque chose qui lui a déplu en face.
Etant au cœur de la tourmente sur le plan personnel à ce moment-là, je n'ai pas pu, je n'ai pas su me défendre et j'ai obéi: j'ai démissionné.
Ces événements ont été suivi de plusieurs années d'une grande souffrance morale, pour ne pas dire une immense détresse. Des années où j'ai erré au cœur des ténèbres les plus obscures. J'ai cru "tomber" plus d'une fois et pourtant, à chaque fois, je me suis relevée, les yeux fixés sur une petite flamme qui ne s'est jamais éteinte au fond de moi. Durant toutes ces années si sombres, ces années d'errance, de colère, d'incompréhension, de doute je n'ai jamais cessé de me tourner vers le Christ et son Evangile.
Aujourd'hui, j'ai retrouvé la paix, j'ai retrouvé la force de poursuivre mon chemin... à ma manière. Je "célèbre la gloire de Dieu" en servant les prochains que Dieu m'envoie, que ce soit dans ma vie de tous les jours ou dans ma vie professionnelle, en toute simplicité, dans l'anonymat...
Je ne vais pratiquement plus jamais à la messe car à chaque fois que je vois un prêtre en train de célébrer, j'ai envie de le traiter de "menteur". Car pour moi, même le meilleur des prêtres, aussi "saint" soit-il, est condamné à être un menteur s'il applique les dogmes si chers à l'institution-Eglise. Parce que tant qu'il y aura des exclus de la table eucharistique, tant que les femmes ne seront pas reconnues comme des êtres humains à part entière, les prêtres s'auto-condamnent à l'ex-communion puisqu'ils parlent et agissent contre les paroles et les actions du Christ lui-même.
J'espère pouvoir reprendre le chemin d'une communauté un jour car cela me manque terriblement.
Toutefois, ce qui est curieux, c'est que plus je m'éloigne de la vie en Eglise, plus je me sens proche du Christ... Je ne sais pas où tout cela va m'emmener, mais je garde mon âme sereine et demain sera peut-être un autre jour...
PS: je recommande à tous ceux qui ne l'ont pas encore fait, d'écouter le discours de Anne Soupa lors de sa remise du titre de chevalière de l'Ordre national du Mérite, c'est juste MERVEILLEUX!!!

Chère Marie-Jeanne

Vous voyez vous n'êtes pas totalement anonyme,(pour le webmaître que je suis), mais bien sûr la situation n'est pas idéale je vous l'accorde. En effet le changement de support du site en a amélioré certains aspects (d'après moi), il avait effectivement besoin d'un coup de peinture et de la mise à niveau de ses rouages, pour des raisons de sécurité et mieux servir le projet du Comité de la Jupe. Soyez sûre que je fais tout mon possible pour vous rendre l'identité que vous avez choisie pour vous faire connaître sur ce site. Merci de votre persérance, malgrè ces dysfonctionnements. A bientôt avec votre véritable signature (le plus rapidement possible).

Jacques JOSEPH

Auteur du commentaire: 
Jean-Pierre Gosset

Marie-Jeanne. Tous menteurs, je ne sais. Par contre j'ai cru sentir souvent -plus de 50% au pif- une attitude mensongère chez des prêtres sur la base de symptômes comme: mariolâtrie, assurance, faible écoute, activisme. Je sais que, chaque fois qu'il m'est arrivé d'avoir un échange "à cœur ouvert" avec un prêtre n'ayant plus le nez dans le guidon, il s'est avéré que ce sentiment était fondé. Chaque fois le mensonge enferme le prêtre plus que d'autres parce que le mensonge est lié à la promesse qui conditionne l'ordination: il doit toujours affirmer que sa promesse fut librement consentie. Même à ceux qui, pour l'institution, ont "quitté" pour travailler, fonder une famille ...le poids psychologique de cette parole donnée/extorquée dont il a promis de ne pas parler demeure jusqu'au bout un tourment.

Et oui bienvenue au club! Que dire sinon que la réponse ecclésiastique est simple... Dieu n'appelle pas les femmes à la prêtrise... donc nous divaguons.

A Marie-Jeanne et à toutes les autres qui ont senti cet appel au fond d'elle-même, cet appel si fort, si profond et si vrai,
Oui, c'est dur! Oui, cet appel nié, cassé, tabou fait mal car nous ne pouvons y répondre et nous ne pouvons même pas en parler. Et quand certains prêtres prétendent qu'ils auraient, eux, préféré ne pas être appelé pour pouvoir vivre une vie "du monde", cela fait encore plus mal. Le même sentiment envahi quand nous les voyons "tirer la gueule" dans la choeur. Lors des cérémonies solennelles, lorsqu'ils sont 10 ou 20 dans le choeur, et qu'ils n'ont même pas réussi à laisser à quelques femmes une lecture, la distribution de la communion, une simple présence... c'est carrément de la colère qui déborde. C'est comme une épée qui transperce notre coeur. Et pourtant, nous sentons bien que cet appel est là, bien vibrant. Nous voyons la mise en scène du masculin, orchestré par le seul masculin, qui se répète partout, de la famille à la paroisse en passant par le couvent. Un immense jeu de rôles figés se déroule inlassablement sous nos yeux. Monsieur est prince, fort et sauveur sur l'estrade. Madame est "princesse" gentille et soumise, dans l'assemblée (ou dans la chorale). Elle aide. Il dirige. Il sauve, elle est sauvée. Courage, les filles! Nous savons bien que nous avons énormément à apporter à cette Eglise. Il n'y a pas de crise des vocations. Il y a juste l'Eglise qui a étouffé 50% d'entre elles . Effectivement, il y a une contradiction flagrante entre un message d'Eglise qui prône la complémentarité, l'ouverture et la non discrimination et qui vit dans un monde masculin, recroquevillé sur des principes anciens dans la discrimination de genre.

Auteur du commentaire: 
Dina

Bonjour,
Effectivement, l'Église catholique n'admet pas de femme à la prêtrise. Mais d'autres Églises le font. Je comprendrais très bien si vous me répondez : "Je suis catholique et je veux le rester." En même temps je trouve que c'est important d'évoquer cette possibilité.
Je peux vous en parler, car ça a été mon chemin. Non pas de devenir prêtre, mais de changer d'Eglise. Non, en fait, je n'ai pas changé d'Eglise. Je suis enfin arrivée chez moi.
J'ai eu une éducation très catholique, et, comme vous, je sentais un appel. Mais je ne comprenais pas à quoi. Et puis un jour j'ai compris : en réalité, j'étais Protestante. Depuis toujours, cette façon de lire et de vivre l'Evangile était la mienne. Depuis j'ai effectivement rejoint une Église protestante. Est-ce qu'elle est parfaite ? Non, mais c'est vraiment la mienne. Je ne suis pas devenue pasteur pour autant, ce n'est pas ma vocation. C'est juste là où je devais être.

Pour information, las anglicans ont des femmes prêtre. Ils est vrai qu'ils sont rares en France, mais pas complètement absent.

Auteur du commentaire: 
babou

Pourquoi vous sentez - vous protestante ? Quelle est la différence qui est pour vous essentielle et qui fait que vous vous sentez chez vous ?
Votre témoignage fait du bien.

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