Le lavement des pieds : un rite ou un appel à aimer ?

Comité de la Jupe

Le 5 avril prochain, avec la célébration du Jeudi saint, revient le Lavement des pieds, qui reprend le geste de Jésus envers ses disciples. Quelle est lhistoire de ce geste ? Quel sens lui donner ?

L’évangéliste Jean a choisi de rapporter le Lavement des pieds à la place de l’institution de la Cène. Il souligne ainsi l’aspect existentiel de l’Eucharistie. Le mémorial du dernier repas et de la vie donnée de Jésus Christ pour la vie du monde s’actualise en chaque chrétien en amour-service du frère. L’aspect sacramentel et l’aspect existentiel du dernier Repas ne peuvent être séparés.

« Avant la fête de la Pâques, Jésus sachant que son heure était venue, lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusquà lextrême….Jésus se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge dont il se ceint. Il verse ensuite de leau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et les essuyer avec le linge dont il est ceint » (Jn 13, 1. 4-5).

Deux remarques, au préalable. Jean ne restreint pas ce geste aux seuls douze apôtres, et l’on sait par ailleurs que parmi les disciples il y avait des femmes qui « suivaient Jésus ». Cette dernière qualité contribue à définir un « apôtre ». La deuxième remarque est que dans aucun des récits évangéliques, la Cène - avec l’institution de l’Eucharistie – n’est pas d'abord une institution ministérielle. Elle est mémorial de la Nouvelle Alliance de Dieu avec l’humanité en Jésus Christ.

 

Un peu dhistoire

Dès les premiers temps de l’Église, ce geste d’humble service de Jésus est pratiqué, mais pas toujours en relation avec le Dernier Repas et l’institution de l’Eucharistie.

Saint Athanase et Saint Amboise évêque de Milan, mentionnent que l’évêque, avant de baptiser les catéchumènes, leur lave les pieds, posant ensuite par trois fois le talon du catéchumène sur son front.

Origène puis Saint Augustin y voient un rite pénitentiel lavant les péchés commis aux « extrémités de notre être ». Saint Macaire le relie avec l’eucharistie, car il institue une « communion de charité dans le service de l’autre ». Selon aussi la belle formule de Saint Augustin : « Il n’y a de Présence Réelle que si elle est réalisante », c'est-à-dire réalisant la communion dans la charité reçue et vécue.

Au 4e siècle ce rite précède la communion chaque jour, y compris pour les voyageurs.

Au Moyen Age ce rite s’appelle Mandatum (« commandement », en latin) ou Mande ou Mandet, pour rappeler le Mandatum Novum (commandement nouveau) donné par Jésus. Il est largement pratiqué par les souverains rois et reines, les évêques, les abbés, en général autour de Pâques. Il vaut œuvre de bienfaisance.

Au temps de la Réforme, à Rome, le Lavement des pieds était distinct de la liturgie eucharistique de la Cène du Jeudi Saint. Le pape lavait les pieds, déjà bien savonnés au préalable… de 13 prêtres pauvres. Il était ensuite offert à ces prêtres un bon repas, le pape servant le premier plat et le premier verre de vin, mais sans partager leur repas... Luther et Calvin ont aboli ce rite jugé théâtral et sans vraie charité. C’est d’ailleurs un Jeudi Saint que le pape excommunia Luther le matin et pratiqua le Lavement des pieds l’après-midi. Cependant certaines églises protestantes ont conservé le Lavement des pieds dans leur célébration du Jeudi Saint.

L’Église anglicane l’a repris il y a un peu plus d’un siècle, de même que l’Église orthodoxe russe. L’Église orthodoxe grecque, les églises orientales arméniennes, coptes… l’ont toujours pratiqué.

 

Aujourdhui dans nos paroisses

Il est intéressant de lire ce qu’en dit le missel romain : « Après lhomélie, dans laquelle on met en lumière les mystères principaux que célèbre cette messe, à savoir linstitution de lEucharistie et du Sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle, on procède au lavement des pieds, , pastoralement, il semble bon de le faire. Les hommes qui ont été choisis sont conduits aux sièges qui leur ont été préparés à lendroit le plus apte. Alors le prêtre (après avoir déposé la chasuble, si cest nécessaire) verse de leau sur les pieds de chacun, puis les essuie, aidé en tout cela par les ministres ».

Par le choix « d’hommes », il semblerait, en référence dans le même texte à l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, (la majuscule sous entendant ministère ordonné…) que ces hommes sont censés représenter les 12 apôtres. Le missel romain n’indique cependant pas de nombre…

 

Le lavement des pieds : un rite ou un appel à aimer ?

Est-il un simple rappel de l’abaissement de Jésus qui s’est fait serviteur de ses disciples et même de celui qui allait le trahir ? Un geste du passé sans impact dans nos vies…. Est il une valorisation des seuls ministres institués représentés par ces « hommes choisis » parmi l’assemblée et censés représentés les douze apôtres ? Un service de charité en vase clos…

Il est vrai que dans de nombreuses paroisses, femmes et hommes sont encore invités à bénéficier de ce rite, signifiant ainsi que l’appel Jésus à se faire serviteur s’adresse à tous ses disciples.

Ces questions montrent bien le flou qui accompagne aujourd’hui le Lavement des pieds. Ou bien le rite se limite aux desservants, ou bien il est signe de l’amour pour tous, et on voit mal alors pourquoi le missel romain le destine seulement aux hommes.

À chacun-e-s d’entre nous d’être attentifs, cette année, à la manière dont ce geste de Jésus, subversif et riche de sens, sera pratiqué pour faire vivre aujourd’hui le commandement nouveau : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé », sans aucune discrimination, respectant l’égale dignité des femmes et des hommes, disciples de Jésus. Soyons prêt-e-s à intervenir pour que ce rite continue à annoncer l’étonnante et révolutionnaire nouveauté de l’Évangile : le « maître » doit se faire le serviteur de ses frères et c’est à des femmes que Jésus a confié l’annonce de sa résurrection et seul l'amour vécu en actes sera la mesure de nos vies !

Claude Dubois

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Commentaires

Il existe une théologie sous-jacente qui voit dans le lavement des pieds l’institution du Sacerdoce, rapprochant quelques versets de l’Ancien Testament du texte de St Jean. Cette théologie rappelle que l’acte du lavement des pieds était un rituel de préconsécration pour l’ordination des Lévites, les prêtres de l’Ancien Testament, de la tribu de Lévi. (Exode, 29,4 : « Tu feras avancer Aaron et ses fils à l’entrée de la tente de réunion et tu les laveras avec de l’eau ». ) Le terme « part », que Jésus emploie en parlant à Pierre renvoie aussi à la part des Lévites et à leur unique héritage, qui est Yahweh. Il faut alors, impérativement dans cette optique, que ce soit des hommes qui soient choisis. Mais, en toute rigueur de terme, s’il faut signifier le sacerdoce, il faudrait que seuls des prêtres, ou du moins des séminaristes, figurent les apôtres (comme il est attesté dans l’article de Claude, le pape lavant les pieds de 12 ou 13 prêtres). Et c’est ici que nous rencontrons ce qui provoque le malaise de femmes de plus en plus nombreuses : les hommes ont part, d’une manière symbolique, au sacerdoce ministériel, de par leur seule appartenance au genre masculin. Ils peuvent donc figurer les apôtres, indépendamment de toute ordination. Le clivage des genres, au sein des laïcs, est alors très net, de plus en plus fréquent lors des messes dominicales, mais éclatant le Jeudi Saint Dans certaines paroisses – mais pour combien de temps, puisque le Missel romain parle bien de « viri », des hommes, qui s’avancent vers l’autel et que les consignes venant du Vatican sont pressantes– on privilégie encore, comme on l’a fait pendant les décennies qui ont suivi le concile de Vatican II, le geste d’amour du Christ pour tout homme (Homo), Christ venu racheter l’humanité dans sa totalité et laissant ce commandement de la charité à ses disciples, hommes comme femmes. Le prêtre va donc, dans l’assemblée, laver les pieds d’hommes et de femmes, parfois d’enfants. Pour ma part, depuis 2002, je n’ai plus jamais vu de femmes s’avançant vers l’autel, d’une manière visible de l’assemblée. Ce commandement de la charité est central, apport fondamental du Christianisme à l’histoire de l’humanité. Il est triste de voir aujourd’hui que prévaut une théologie que l’on pourrait qualifier de « sacerdotale », qui renvoie les femmes à l’invisibilité, avec le sentiment que si on leur demande à l’extérieur (ad extra), de donner des témoignages de charité et d’être disciples du Christ, à l’intérieur (ad intra), on leur dénie toute participation à la liturgie, même mineure. Elles ne peuvent que se sentir des fidèles de second choix.

Enfant, en la cathédrale de Montaban Monseigneut Théas a "lavé" mes pieds soigneusement préparés... Initiation au mystère. Initiation au cours d'une longue semaine sainte où nous lisions des extraits de l'exode, des psaumes, vivions les silences voilés du Vendredi Saint après les célébrations grandioses et rigoureuses du Jeudi Saint... Par quoi remplacer pour mes petits enfants ce type de communication sensuelle, conçue pour l'illettrisme, mais à partir de laquelle j'ai pu, entre trente et cinquante ans, affirmr mon adhésion à Jésus???

Je suis parfaitement d'accord avec Sylvie sur les injonctions paradoxales faites aux femmes catholiques: soyez témoins du Christ dehors, invisibles au dedans! Néanmoins, je n'aimerais pas du tout, du tout, en tant que femme, me faire laver les pieds par un homme (c'est peut être ma sensibilité méditerranéenne, j'en conviens)et je ne suis sans doute pas la seule. Pourrait on envisager alors que les femmes se lavent les pieds entre elles ? J'ajoute une remarque: dans mon travail social auprès de personnes très dégradées, ce qui m'a demandé le plus d'efforts, ce sont les femmes:les femmes qui sentaient la saleté, l'alcool, parlaient parfois avec violence, et me renvoyaient l'image de ce que j'aurais pu devenir, si facilement. Donc il ne me semble pas que cette séparation serait une discrimination.

Ah, Michelle, comme quoi, il doit bien y avoir une signification érotique du pied, car si vous ne voulez pas qu'un homme vous lave les pieds, vous donnez raison, symboliquement aux prêtres qui ne veulent pas laver les pieds des femmes. QUant à moi, je me souviens avec une certaine émotion, que jeune responsable d'aumônerie, alors que je rentrais épuisée d'un rassemblement, j'ai croisé mon curé qui préparait la célébration du Jeudi Saint qui avait lieu le soir-même. Me voyant, il m'a dit: "Oh, toi, tu as bien besoin qu'on te lave les pieds". Et le soir, pendant la célébration, j'étais parmi ceux et celles à il a lavé les pieds. Je trouve que le sens étais juste.

@Christine: Il existe deux sortes de non-mixité: l'une , décidée unilatéralement par les hommes/détenteurs du pouvoir,qui est excluante, et désigne aux femmes un champ-espace délimité. L'autre, qui est volontaire, et décidée par les femmes elles mêmes, pour des raisons qui touchent à la pudeur(sentiment, lui, mixte!) ou à l'intimité. Or, je suis fatiguée de la mixité obligatoire où veut me plonger la société. Je n'ai pas aimé avoir des gynécologues hommes lors de mes grossesses, et encore moins avoir, lors de la première, 4 étudiants en médecine(masculins) avec le médecin, pendant que j'étais sur la table d'examen.Il n'y a aucune "érotisation" là dedans; il s'agit du respect de l'intimité: on n'a pas forcément envie de montrer son corps à des personnes du sexe opposé qu'on ne connait pas.Et d'ailleurs, obliger les personnes à le faire est communément ressenti comme une violence. La réciproque pour les hommes est vraie: en milieu hospitalier, les malades opérés de certains cancers(prostate, testicules) demandent très souvent à avoir UN infirmier si c'est possible. C'est pourquoi l'interdiction de demander à être soigné par une personne d'un sexe déterminé m'a paru stupide et irrespectueuse. Il en est de même pour les pieds! je n'ai pas envie d'avoir à mes genoux un homme que je ne connais pas! Je n'y vois pas pour autant une scène torride!!!

MAis précisément Michelle, le lavement de pied est un geste liturgique, il n'est pas une question d'envie, et ce qui est en question c'est bien d'avoir une personne à genoux à vos pieds. Homme ou femme, il n'y a en la matière pas de différence. Symboliquement, c'est-à-dire dans la réalité liturgique, c'est Jésus lui-même qui se met à nos pieds.

Michelle, il ne faut pas renverser les choses. On n'a jamais obligé aucune femme à se faire laver les pieds. Bien au contraire, elles sont depuis quelques années souvent exclues du geste au motif qu'elles ont des femmes.

Sur le fond et le principe, vous avez raison Christine, cependant, lorsque nous allons nous confesser, nous sommes censés parler à Dieu, et c'est de Lui que nous attendons le pardon. Mais concrètement,nous parlons à un prêtre, "passeur de Dieu", et personne humaine, comme votre laveur de pieds qui personnifie le Christ. Or, si cette personne humaine outrepasse son rôle, et nous tient des propos blessants et nous rejette (voir de nombreux témoignages de personnes "en marge" sur ce sujet) le malaise est tel que nous ne pouvons plus voir Dieu. Donc, je pense improductif que les femmes qui ressentent le même malaise que moi à cette idée (le lavement de pieds) se fassent violence. On pourrait dire aussi que c'est "la médecine" asexuée qui est symboliquement au chevet du malade, mais vous voyez que ce n'est pas si simple.

à propos du commentaire de Sylvie. serait-il possible que nous usions avec discernement des mots "sacerdoce" et "ministère"? Pour moi, il n'y a qu'un seul sacerdoce, celui du christ, auquel tout baptisé a part (et c'est en ce sens que Pierre dit que nous sommes prêtres, prophètes et rois. La fonction particulière des prêtres dans l'église s'appelle- pour moi- ministère presbytéral. Le ministère ne fait pas du prêtre quelqu'un qui serait davantage assimilé au Christ que n'importe quel baptisé. Nous sommes tous membres du Christ, comment l'un d'entre nous pourait-il l'être davantage? Le prêtre est un chrétien à qui la communauté confie un certain nombre de fonctions particulières, éminemment celle de présider l'Eucharistie. Cette fonction est un service (= ministère) confiée à un "ancien" (= presbus, prêtre). Ces questions de mots ne sont pas anodines: elles font en fait l'objet de discussions très tendues au sein de notre église et, bien évidmment, entre l'église romaine et les églises protestantes. En usant du mot "sacerdoce" nous faisons du prêtre un intermédiaire entre l'assemblée et le Père, nous faisons de lui une personne sacrée: est-ce vraiment cela que nous voulons dire?

C'est pas le pied! Ma petite expérience, lointaine, enfantine, est celle de l'immersion dans le trésor des rites et des symboles. Dans ma caverne d'Ali Baba j'ai une bassine d'eau chaude portée par un diacre ou sous-diacre, un évêque mitré ceint d'un torchon penché sur moi, une vision particulière du "Verbe fait Chair".....Mais je ne suis pas femme....

Le lavement des pieds est certainement un évènement historique rapporté par Jean (plusieurs dizaines d'années après la mort de Jésus) et par lui seul, et dont la signification a été voulue par Jésus, on est là au coeur même du témoignage historique et de sa signification. Jésus a voulu dire qu'il n'était pas venu pour être servi mais pour servir. C'est un des éléménents de notre foi chrétienne. Mais n'oublions pas que d'autres hommes (des justes) ne professant pas la même foi que nous, mettent en pratique cette valeur au service des hommes, parfois jusqu'à en mourir. Une excellente explication du lavement des pieds dans le monde juif et de la valeur que lui a attribué Jésus est très bien expliqué ici Jacques J.

Il existe un cas de figure -pratique minoritaire, mais attestée par des photos exposées dans plusieurs églises en France. J’en ai été le témoin oculaire dans une paroisse parisienne, sous la présidence d’un évêque auxiliaire : il s’agit, pour figurer les apôtres au cours du lavement des pieds, du choix de six hommes (viri) et de six garçons (pueri). Ce sont souvent des lieux qui se piquent de tradition, mais rien dans le Missel romain de 2002 n’en fait état .On se demande quels sont les fondements symboliques et théologiques d’une pratique comme celle-ci. En revanche, on voit très bien quels sont les fondements anthropologiques : les analyses de l’anthropologue Françoise Héritier, telles qu’elle les a exposées dans Masculin/Féminin, ont ici toute leur pertinence. Les hommes se réservent la production et la représentation du symbolique et caressent le vieux rêve d’engendrer des garçons, sans avoir besoin des femmes. Le raccourci visuel de la pensée de l’anthropologue a quelque chose de saisissant. Il y a là quelque chose de navrant ! Pour une femme, il est bien difficile sinon impossible dans ces conditions d’être en communion avec l’assemblée (et c’est pourtant la signification étymologique de l’ecclesia). Or la liturgie est pour un chrétien un moment privilégié de disponibilité à Dieu, en Eglise, dans la totalité de sa personne, son corps, son esprit et son cœur. C’est une action essentielle. Au regard de femmes beaucoup plus nombreuses que ce qu’on croit, la restauration en cours fait trop souvent de la liturgie un espace tout simplement inhabitable.

Personnellement, je n'ai jamais vu ça... Pauvres paroissiens à qui cette image est imposée... Cela me fait penser à quelque chose que disait une éminente professeure de psychologie, quand j'étais étudiante. Elle nous racontait les phases d'élaboration du complexe d'Oedipe, en égayant parfois le propos théorique de formulations familières. Elle nous disait donc que, pour le petit garçon (pris entre son amour pour sa mère et son admiration pour la virilté du père), il y avait à certains moments des tentatives de résolution du conflit consistant à mettre la mère "hors jeu", dans un monde de connivence entièrement masculine. Et elle nous citait la chanson de carabins: "À la tienne, Étienne, à la tienne, mon vieux, sans ces garces de femmes nous serions tous des frères, sans ces garces de femmes on serait bien plus heureux". C'était très drôle, parce que l'éminente professeure n'avait pas du tout une tête à chanter ça, mais c'était bien vu... Trivialité à part, le rite dont vous parlez relève bien de ce phantasme là, n'est-ce pas?

Lors d'un déplacement, nous avons participé par hasard, le 15 août 2010, fête de l'Assomption, à la messe de 10 heures 30, à Bourg-en-Bresse - Eglise Notre-Dame. Cette messe était présidée par l'évêque du diocèse. Surprise ! 4 gamines, vêtues d'une tunique bleue (chiffonnée) par dessus une aube blanche, marchaient en tête de la procession d'ouverture de la cérémonie. Elles ont gravi les marches menant à l'autel, se sont placées par deux de chaque côté de l'autel et ont déployé une nappe bleue sur l'autel. Je me suis dit, naïve et intéressée : « Ils ont préparé un jeu scénique ou quelque chose pour honorer Marie…» Malheureusement c’était faire preuve de trop d’optimisme car sur ce, ayant rempli la partie la plus importante de leur mission liturgique, elles ont quitté cet espace sacré pour laisser la place aux servants de messe garçons et sont allées fièrement prendre place au premier rang de l’assemblée. Au moment du Notre-Père, elles se sont mises dans l'allée centrale (je n’ai pas bien compris pourquoi, le reste de l’assemblée n’a pas suivi)... après quoi elles sont allées partager la Paix dans l'assemblée. Enfin, elles sont allées "chercher" par le fond de l’église les personnes qui désiraient communier pour les faire avancer vers l’autel. Il va sans dire que pendant tout l’office les garçons, eux, assuraient leur rôle de servants d'autel mâles. Je crois que ce qui m'a le plus choquée est la manière dont elles ont partagé la Paix. Imaginez des gamines prendre la main d'adultes entre leurs deux mains, dans une attitude protectrice, quasi initiatique, qui n'avait rien à voir avec la poignée de main franche et amicale à laquelle on est habitué. Lors de son homélie, l'Evêque (étant de passage, je n'ai pas mémorisé son nom) a commencé à souhaiter la fête aux personnes portant le nom de Marie, et s'adressant à ces gamines au premier rang, "plus particulièrement à vous, Servantes de Marie". Une bonne part de l'homélie qui a suivi a été consacrée à l'inventaire de toutes les qualités propres aux femmes!!! Mais voyons ! Je suis vraiment fâchée de voir comment on exclut les filles du choeur en leur faisant croire qu'elles ont la bonne part... Théologiquement, je ne comprends pas comment on peut d’une part insister sur la gratuité de l'esprit de service de Marie, sa générosité toute féminine, sa disponibilité... et lever des troupes de jeunes filles pour la servir, ELLE. Sont-ils surs qu’elle a envie d'être servie, ELLE ? Qu’elle se réjouit, là-haut, de les voir mettre une nappe (bleue) sur l'autel et s’éclipser pour laisser la place aux mâles ? Où est la logique ? Si quelqu'un doit être servi, c'est le Christ, en particulier par la mise en oeuvre du message évangélique quant au service du plus petit... Mais ne soyons pas dupes. Même si c'est inconscient ou non avoué, au bout du compte, ce n'est pas Marie qui est servie. J'ai beaucoup admiré la présence souriante de la dame qui animait les chants. Au moins, il en restait une... pour le moment. Marie-Danièle - Alsace

Le lavement des pieds dans la liturgie Ce titre évoque aussitôt pour moi un autre passage de l’Evangile, que je trouve lumineux, et qui pourtant n’est jamais repris dans la liturgie chrétienne, à ma connaissance. Et justement ce lavement des pieds concerne une femme et les pieds de Jésus, lors d’un dernier repas à Béthanie. C’est lors de ce repas que sont rapportées les paroles de Jésus : « Il sera fait mémoire d’elle » (Matt26,6-13, Marc14,3-9, Jean 12,1-8) Il me rappelle aussi mes expériences de jeune élève infirmière ayant à laver les pieds, d’hommes et de femmes et y percevant la possibilité de relation avec une personne. Décidément les pieds prennent de la place au cours du carême de cette année, voici ce que j’écrivais à la suite d’un WE dont l’animatrice me demandait ce que j’en avais retenu. Souvenir du WE animé par Dana PEREZ, à Rezé les 3-4 mars 2012 (Son site : http://danielle.perez.free.fr) C’était le pied ! C’est en effet le souvenir marquant que je garde de ce WE. Les pieds y ayant été pour moi source de réflexion et de méditation. Ils m’ont aussi fait revisiter certains textes évangéliques essentiels. Le thème du WE étant "l’intériorité dans le mouvement", Dana rappela d’entrée de jeu l’importance du corps, « de la tête aux pieds ». Aussitôt cette évocation des pieds dans un contexte plutôt spirituel m’interpella. Par effet de surprise peut-être, la tête, le cœur, le ventre et son Hara, les bonnes positions, la respiration, tout cela me semble pouvoir être relié au « spirituel », mais les pieds ?? Il est vrai que sans eux nous n’irions pas loin ! Ils permettent à la fois enracinement et marche. « Lève toi et marche » ces paroles sont souvent prononcées par le Seigneur dans l’Evangile comme signe de guérison. Et si les pieds sont indispensables pour marcher, combien plus encore pour danser ! Il y a aussi les pieds du Seigneur. Il marche si souvent entre la Galilée et Jérusalem, il s’arrête aussi pour écouter, parler, guérir. Ce seront les pieds des disciples qui feront l’objet d’une attention toute particulière de la part de Jésus, juste avant sa mort et le dernier repas qu’ils passeront ensemble. C’est cette partie de leur corps qu’il va célébrer, en quelque sorte, en les touchant, les lavant, les essuyant, comme pour les rendre prêts à servir. Prêts pour partir témoigner et annoncer la bonne nouvelle ? Prêts à assurer leur service, comme il leur est demandé d’être de bons serviteurs à l’image de leur maître ? Lui va accepter de mourir, fidèle à lui même, à son message. Il aura ses pieds transpercés de clous et immobilisés sur la croix par ses opposants. Ce sont aussi les pieds du Seigneur qui avant, à Béthanie, ont été « célébrés » par une femme. Elle qui les a arrosés de parfum précieux, essuyés de ses cheveux et de qui Jésus dit : « il sera fait mémoire d’elle » Décidément les pieds méritent qu’on leur prête attention, peut-être ont-ils encore beaucoup à nous dire, eux qui nous sont déjà tellement utiles ! Depuis j’ai aussi repensé aux « Pieds dans le bénitier » ce livre écrit par deux femmes pour faire prendre conscience de ce qui ne va pas actuellement dans l’Eglise catholique. La situation surprenante de ces pieds pourraient aider à se poser quelques questions. Pourront-ils en sortir pour partir annoncer la Bonne Nouvelle ? Sont-ils là parce que les hommes du lieu ne les ont pas vus, n’y portent pas l’attention nécessaire, leur refusent une juste place ??

j'aime beaucoup les messages d'Anne-Marie H. et de Sylvie. Oui, les analyses de Françoise Heritier ont ici toutes leur pertinence, comme elles en ont dans l'établissement du sacrement de lOrdination uniquement réservé au sexe masculin. "Les hommes se réservent la production et la représentation du symbolique et caressent le vieux "rêve d’engendrer des garçons, sans avoir besoin des femmes. Le raccourci visuel de la pensée de "l’anthropologue a quelque chose de saisissant." Oui, il faut intervenir, toujours à temps et à contre temps que ce soit pour le lavement des pieds ou autre chose. D'ailleurs dans notre Institution catholique romaine, les interventions féminines étant toujours à leurs yeux à temps et contre temps, j'éviterai à l'avenir d' utiliser cette expression.

Lorsque j'étais curé de quelques paroisses, j'ai pu me pencher avec les équipes pastorales sur la meilleure manière de rendre très parlante la liturgie du lavement des pieds. Première adaptation : ce n'est plus toujours le prêtre célébrant qui tient la place du Christ. Deuxième évolution : trois ou quatre personnes - hommes et femmes - assurent ce role de laver les pieds de leurs frêres et soeurs. Cela marque de manière inoubliable, nous nous portons les uns les autres et nous sommes tous porteurs et bénéficiaires des dons de Dieu.Le geste du Christ est ainsi manifesté avec une force nouvelle. Daniel

D'après certains, il y aurait un principe selon lequel « Il faut exclure les femmes du lavement des pieds le jeudi saint » : c'est ce que croit pouvoir dire http://www.scholasaintmaur.net/apprendre-a-prier/il-faut-exclure-les-femmes-du-lavement-des-pieds-le-jeudi-saint/ ? Ne pourrait-on pas prendre acte de cette interdiction pour ré-instituer le ministère de diaconesse dont l'une des charges serait de laver les pieds des femmes? D'après Roland Minnerath[1], qui s'appuie sur la "Didascalie des apôtres" et sur le texte des "Constitutions apostoliques" parues en l'an 380 en Syrie, l'une des tâches des diaconesses dans l'antiquité était de procéder à l'onction corporelle des femmes qui se faisaient baptiser, par souci de la chasteté des rapports homme-femme, qui empêchait qu'un diacre ou un presbytre masculin puisse s'en charger lors du baptême d'une femme. Cela pourrait être une manière de renouer avec le ministère de diaconesse. [1] Roland Minnerath, "A propos de la disparition du diaconat permanent" in Anne-Marie Vannier (dir.) "Anthropos laikos: mélanges à Alexandre Faivre à l'occasion de ses 30 ans d'enseignement", Saint-Paul, 2000, p.192-193 http://books.google.fr/books?id=M-vVTF1NkCMC&pg=192

@ Martinus Votre raisonnement se tient si on accepte les arguments qui conduisent à exclure les femmes du rite du lavement des pieds! Et, pour ma part, je ne suis pas du tout d'accord avec ces arguments. Si j'ai bien compris le site auquel vous faites référence, il y a deux arguments essentiels: 1) le geste du lavement des pieds, rapporté dans l'Évangile de Jean, serait un rite de "pré-ordination", un préalable à la Cène, considérée comme institution du sacrement de l'ordre. Mais que Jésus ait institué le sacrement de l'ordre me semble justement un point tout à fait discutable! Pour moi, ceux qui ont participé à la Cène du Seigneur (qu'ils soient douze ou davantage) ne sont pas là au titre du futur corps ministériel, mais au titre de la communauté croyante toute entière. Jésus ne dit pas "prenez, et distribuez ce pain à vos frères", mais "prenez et mangez", et cette invitation nous est faite à tous. 2) Il serait indécent qu'un homme lave les pieds à une femme. Ah bon. Je vous remercie de me le faire savoir, je n'y aurais pas pensé toute seule. Moi, voyez-vous, ce que je trouve indécent, c'est de voir un homme mûr caresser les orteils de jeunes gens. J'ai l'esprit mal tourné? Vous avez raison, ce que je viens d'écrire était une plaisanterie. Mais alors, ceux dont la décence est offensée en voyant leur curé laver les pieds de ses paroissiennes ont, eux aussi, l'esprit bien mal tourné. Bande de vieux dégoûtants.

C'est la 1ère fois en 39 ans que je sors en colère du jeudi saint, c'est le 1ère fois que l'unique présence des hommes au lavement des pieds me saute aux yeux et me fait violence. Ce geste me touche au plus profond de moi en général. J'ai eu l'occasion d'avoir les pieds lavés par des personnes ayant un handicap à l'Arche, par les sœurs du monastère melkite de l'Emmanuel à côté du mur de Bethléem, par des marcheurs comme moi sur le chemin de Compostelle et même de participer à un lavement des mains de toute l'assemblée. A chaque fois, je suis bouleversée de la façon dont Jésus se met au service de chacun, et donc de moi et nous/me demande de faire de même. De voir donc tous ses hommes (bien propres sur eux, un SDF aurait fait tâche) se faire laver les pieds, je me suis senti exclue de l'amour de Jésus qui se met à mon service et celui de toutes les femmes aussi. J'y ai vu une vague pièce de théâtre de mauvais goût pour faire comme autrefois. J'ai pensé effectivement à la pudeur, mais là aussi je suis heurtée. Nos pauvres prêtres seraient donc tellement en manque de sexe que le toucher d'un pied pourrait les troubler dans leur chasteté, c'est qu'ils ne sont vraiment pas dans l'esprit du Christ à ce moment-là. Quand à être lavé par quelqu'un, toute personne perdant son autonomie le vit douloureusement, c'est effectivement le summum du dépouillement, du lâcher prise et de la confiance. Alors se laisser laver le pied par qui que ce soit, prêtre ou pas, c'est peut être commencer à comprendre dans sa chair qu'on a besoin de l'autre à notre service pour vivre et qu'on ne peut rien tout seul. N'ayant sûrement pas la culture religieuse la plus poussée, j'ignorais ce que je viens de lire sur l'institution du rituel de pré-consécration des lévites... Mais qui dans l’assemblée le sait ? Combien sont-ils ces savants ? Jésus nous rappelle que ce qu'il a caché aux sages et aux savants, il l'a révélé au plus petits. La majorité des assemblées est composée de ces petits qui ne voient pas de rituel de pré-consécration, mais un geste d'amour du Christ, et là en l’occurrence ce geste d'amour exclue la moitié de l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour notre Pape François qui lave les pieds des femmes avec une infinie tendresse de père, et qui plus est des femmes malades, prisonnières ou musulmanes ! Il m'aide à faire tomber cette colère du jeudi saint et à espérer pour notre Église qui parfois va de travers.

Grand merci.

Dites-nous où ça se passait! Peut-on ajouter une dimension supplémentaire à la cartographie, portant spécifiquement sur le lavement des pieds, et inciter les visiteurs du site à communiquer à nouveau leurs observations?

Nous avons une analyse qui va dans votre sens, tout en mettant l'accent sur ce geste reservé aux femmes les plus humbles d'une maison pour en acceuillir les Hôtes : laver les pieds du voyageur fatigué. geste réservé aux femmes,non pas pour leur charité supposée mais parce qu'elles sont à la dernière place, la servante ou la fille de la maison. C'est cela que Jésus reprend donnant un sens et une reconnaissance à ces gestes d'humbles femmes.C'était une leçon pour l'orgueil des hommes mais elle n'est pas vraiment entendue, au contraire. Le déni, enquête sur l'Eglise et l'égalité des sexes. Chapitre 6, la dialectique pouvoir, service.

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