Le clivage des genres au sein des laïcs : la question des lectures

Comité de la Jupe
Les Pères du Concile Vatican II ont souhaité donner aux laïcs une part plus active lors de la célébration de la messe. La liturgie a ainsi été réformée avec le missel de Paul VI et la théologie du laïcat a été développée. Dans les années postconciliaires, il y avait le clergé, masculin – évêques et prêtres – et les fidèles laïcs dans une relative indifférenciation. La fonction de lecteur était assurée par des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants, les prêtres essayaient souvent d’équilibrer la répartition en fonction de la composition de l’assemblée et des circonstances. Sous l’influence des traditionalistes, par besoin aussi de revenir au sens du sacré dans un monde désenchanté, on est revenu à des formes plus anciennes et certains courants ont même souhaité une réforme de la réforme liturgique. La tendance a été d’évincer les femmes, de les écarter de l’autel, comme le souligne le Père Joseph Moingt (1) et le statut des femmes dans la liturgie a été un enjeu entre tendances de sensibilités différentes. Quand on sait les gages donnés aux traditionalistes, la visibilité des femmes ne pouvait que diminuer sinon disparaître. Il s’agissait des filles, servants d’autel, des femmes qui donnaient la communion, deux fonctions qui avaient une dimension cultuelle. On pouvait le regretter – et nous avons été nombreux à le faire – considérer que c’était une régression, comprendre aussi que des millénaires de cultes sacrificiels assurés par les seuls hommes pesaient sur les représentations et les pratiques liturgiques. Pour les lectures qui précèdent l’Évangile, il s’agit de tout autre chose, du moins dans notre civilisation où les fidèles des deux sexes sont instruits. C’est du sein de l’assemblée que se lèvent des fidèles parmi les laïcs. Établir ici une distinction suivant les genres, exclure les femmes, comme on le voit de plus en plus souvent, c’est attenter gravement à leur dignité, celle d’êtres appartenant à la nature humaine, des êtres de parole et de raison. La situation est alors vécue comme aliénante. Le mot est déplaisant, mais c’est le terme qui convient. La pensée différentialiste est ainsi poussée à l’extrême, au détriment de notre commune humanité. Le genre devient alors un critère déterminant au sein des laïcs en terme de fonctions, les hommes ayant part à la dimension sacerdotale de par leur seule appartenance au genre masculin, indépendamment de toute ordination. La dignité de la fonction sacerdotale de tous les baptisés, mise en évidence par le concile Vatican II, est méconnue. Nous sommes nombreuses à ratifier pleinement les valeurs universalistes héritées de la philosophie des Lumières – et qui me paraissent d’origine chrétienne. Nous sommes nombreuses aussi à appartenir à l’Église catholique et à lui accorder notre confiance, comme médiation pour nous conduire à Dieu. Mais aujourd’hui, ce rapport de confiance est altéré, pour des raisons anthropologiques et structurelles qui ne touchent pas à l’essentiel de la foi. L’Église catholique est une structure patriarcale et notre statut sera décidé par des hommes. Mais est-ce trop demander que de réclamer des textes de référence clairs, sans la marge d’interprétation actuelle et sans les consignes secrètes que l’on pressent et qui sont entourées d’une grande opacité ? Est-ce trop demander que de souhaiter la reprise et l’approfondissement d’une théologie du laïcat ? Est-ce trop demander enfin que, dans le cadre d’une pensée aussi différentialiste, notre appréhension de la situation soit prise en considération ? S. de Chalus 1) Article du Père Joseph Moingt, dans la revue Etudes, janvier 2011, p. 67-76. Un article sur le site lui a été consacré.
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Commentaires

A quand la grève des femmes ? La mienne est déjà entamée, je refuse de faire acte de poteau pour entretenir et encourager chaque dimanche un peu plus l'opération en cours. La présence corporelle silencieuse par obligation signifie l'approbation. Tant que les femmes elles-même ne se décideront pas à agir massivement avec ce seul moyen à leur disposition, les églises vidées au trois-quart éveilleront peut-être le sourcil des pierreux.

Chère Constance, je ne crois pas que le CSA soit concerné; rien n'interdit ce que vous pointez. Mais pour information, sachez que les dames du Comité de la Jupe y sont persona non grata.

A propos du clivage, le gouvernement de l'Etat du Vatican réunit le lundi de pentecôte a à nouveau abordé ce sujet qui lui tient tant à coeur: http://blog.lefigaro.fr/religioblog/2011/06/leglise-catholique-chasse-ses.html Les communautés nouvelles sont ainsi invitées à se méfier des gourous, mais aussi du mélange des sexes, sans doute incompatible avec la tentation d'un état quasi monacal auxquels certains aspirent. Clownesque, cet Etat misogyne, non?! lors, écarter les femmes de toute proximité de l'autel, est logique. Et pourtant, il y a encore des femmes dans les églises. Il va falloir agrandir de toute urgence le narthex pour les y confiner.

Je voudrais vous faire part d'un problème qui me préoccuppe depuis logntemps : à savoir RADIO-NOTRE-DAME. En effet depuis quelques années (disons depuis 2005) cette radio se droitise de plus en plus. Cela a commencé par des émissions à la louange et avec la participation d'économistes ultra-libéraux de la mouvance de l'école de Chicago. En suite l'invitation d'hommes politiques en majorité de droite ou sarkozyste. Puis un éditorial confié à Gérard Leclerc écrivain qui fait l'apologie de Maurras sur la radio d'extrème-droite. Invitation de zélateurs de la nouvelle droite ouvertement paîens ou apologistes du régime de Vichy. Emissions confiées à un ancien rédacteur du figaro-magazine. Enfin, et c'est le pompon tribune mensuelle confiée à "Maître" Collard l'avocat de Le Pen. Certes pour donner le change parfois on invite une personnalité du centre gauche mais cela ne rétablit pas l'équlibre. J'ai souvent protesté mais rien n'y fait. Alors je nécoute plus cette radio qui se déshonore en invitant des membres du front national. Je préfère France Culture. Pensez-vous que du temps de Mgr Lustiger on aurait osé inviter des gens du front national ? Bref il faut REAGIR, peut être en saisissant le CSA ?

Bonjour, je voudrais vous laisser un témoignage sur la difficile évolution des mentalités. Je me trouvais un dimanche d'Août à la messe dans une grande paroisse parisienne. Exceptionnellement le prêtre était seul. Au moment de la communion il a fait appel à trois femmes pour la distribution: une Africaine, une Ibérique et une Française. La file derrière l'Africaine s'est rapidement tarie, ensuite celle de l'Ibérique et enfin celle de la troisième femme et le prêtre s'est retrouvé seul à distribuer la communion et pourtant l'assistance était très mélangée comme à l'habitude. Comme si la communion avait un effet particulier si elle est distribué par un prêtre de surcroît un homme.

oui , il y a une dérive profonde actuelle..... à tous les niveaux qui est suicidaire.... il y a bien une petite minorité qui s'y retrouve.....; mais c'est une minorité qui est appelée à disparaître.... on ne va pas contre le sens de l'histoire.... je dirai on ne va pas contre la venue du royaume....dès aujourd'hui.... quelques soient les interdits, les séparations, les dictatures ......la femme est devenue peu à peu le face à face indispensable à l'homme et à Dieu.... ce face à face le Christ l'a vécu .... qui très tôt a été appelée l'Apôtre des Apôtres : celle que l'on va fêter cette semaine Marie de Magdala......de Béthanie....peu importe les différentes thèses....celle qui fut proche du Christ comme Jean ..... que de commentaires sur le "Noli Tangere".... pourquoi d'ailleurs chercher compliqué et parfois dur: le Christ écartant d'un geste décisif..... .ne me retiens pas ....car elle seule, pouvait peut-être le retenir n'oublions pas qu'il dit ne pas être encore monté vers le Père.......il est encore cet homme Jésus vrai homme qui devient vrai Dieu...... il va devoir , lui aussi lâcher prise......il l'a fait : que ta volonté soit faîte et non la mienne mais il est entre l'humanité et le divin.... je dirai qu'il a demandé à Marie de ne pas lui compliquer la tâche et lui a montré sa route désormais.... certains me diront que c'est scandaleux comme interprétation , je dirai que c'est un commentaire féminin..... avec Pierre le Christ a été plus direct : "retires toi Satan ...." oui derrière tous ses reculs, il y a un pouvoir masculin qui met toujours la femme en position inférieure..... les Papes sont souvent entourés de femmes indispensables, proches, aimantes......dévouées.... mais en retrait... sauf que Dieu n'a pas voulu l'humanité ainsi, et que le monde progressivement admet dans les actes l'égalité homme femme.....ce qui ne veut pas dire qu'ils aient les mêmes talents .....ce qui ne veut pas dire non plus que leur complémentarité doit enfermer la femme.... le médecin dit qu'en tout homme et toute femme il y a une part féminine et masculine.... je serai d'accord pour dire que Dieu aussi et même qu'il est plus mère que père dans notre langage humain:car il est capable d'un amour infini gratuit comme celui d'une mère au delà de toute faute....

Ces misères ne sont que les infimes conséquences d'une idéologie beaucoup plus mortifère selon laquelle Dieu et le Christ sont de caractère masculin et l'Eglise -pourtant dirigée par des hommes !- et la Vierge de caractère féminin. Cette idéologie est professée par des théologiens, comme par exemple Urs von Balthasar. Comment Dieu, qui "les créa homme et femme à son image" s'y retrouve-t-il ? Et comment comprendre les passages de la Bible où Dieu nous aime avec tout l'amour de ses "entrailles", terme qui, selon Soeur jeanne d'Arc est réservé à la nature féminine ? Pour ma part je refuse de toute mon âme un Dieu exclusivement masculin, j'ai besoin de sa nature féminine dont je pense, qu'homme ou femme, nous sommes tous héritiers. VAC

Je suis entièrement d'accord avec vous,Claudine.J'aime ce magnifique «Retour de l'Enfant Prodigue» peint par REMBRANDT,déjà au XVIIème,où l' voit LE PÈRE,entourant son fils de ses deux mains l'une féminine et l'autre masculine.

Bon dimanche à Jean-Pierre v. Face à ce que vous venez de décrire et si elle n'est pas spécifique à ce dimanche là, rien n'empêchait le prêtre de proclamer que les personnes qu'il a appelé -ou fait appelé- à "distribuer" la communion en sont aussi dignes que lui à sa connaissance. Au cas ou rien ne se serait passé, il aurait très bien pu retourner vers l'autel

oui ce virage est très net même dans les paroisses du moins certaines : milieu tendance Le Pen apparence nickel : tout est en ordre : les filles à l'accueil aucune fille à l'autel aucune laîque pour donner la communion , ce que je trouve aussi indigne....le Christ n'a pas eu peur de rencontrer en direct la femme! la parole aussi est confisquée il y a une parole prononcée par un prêtre proche et intelligent , qui m'a interpelée car il envisageait possible : une séparation: aux hommes l'autel , aux femmes la parole sans accès aux hommes.......la discussion n'a pas pu avoir lieu faute de temps ..... je pense qu'il y a une peur panique de la femme à l'autel avec cette notion ancienne ; un sexe exclue l'autre... je pense qu'en 2011 on se trouve dans un autre monde .....où comme le dit Saint Paul ....il n'y a plus ..... non seulement c'est indigne pour la femme, mais c'est contre la venue du royaume qui progressivement met un peu plus de justice et de paix même si certains diront que c'est long n'oublions pas qu'un foetus féminin n'avait une âme que bien plus tard qu'un foetus masculin pour notre Eglise......qui crie au scandale pour la mort naturelle des embryons de la fécondations in vitro.... oui pour le monde , pour l'Eglise, la femme reste impure .... car il y a derrière le pouvoir et on voit bien que ce pouvoir s'il peut être féminin est souvent masculin.... pour moi , il faut contrer jour après jour cette dérive... inciter les femmes à ne rien faire dans ce cas la pénurie va aider.... je pense que seul un retrait de toute aide fera bouger les choses.....

Je suis consternée par ce que nous apprennent Constance et Christine. Cà me fait physiquement mal. Cette fermeture et cette confusion totale entre la vie chrétienne et le mode de vie social, familial, sexuel est grave. Il y a encore une structure dominant/dominé. Que la droite et l'Eglise aient besoin réciproquement l'une de l'autre, c'est grave ! Bien évidemment non, ce n'est pas trop demander que ce que demande Anne en fin d'article. C'est totalement légitime et en + cela me paraît nettement plus intelligent que de se bétonner dans de vieilles idées largement invalidées par les études et l'évolution actuelle du monde. que

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