Le CCFD-Terre solidaire s’engage pour l’égalité femme/homme

Odile DELAYE
14 février 2015.

Le 15 novembre le CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement) et l’université de Strasbourg ont rassemblé plus de 350 personnes à Strasbourg sur le thème de l’égalité femme/homme comme enjeu de développement. L’originalité de ce choix est qu’il traduit une expérience de solidarité internationale entre des acteurs vivant dans l’hexagone et d’autres dans divers pays du monde.

Ce 15 novembre, nous avons échangé, partagé et célébré sur les pistes de changements dans la construction de nouveaux rapports égalitaires femmes/hommes. Avec l’Université de Strasbourg, des acteurs de transformations sociales et des ONG partenaires du Sud, nous avons croisé nos regards et capitaliser nos expériences. Maria de l’association argentine INDESO nous a parlé de leurs actions pour lutter contre les violences faites aux femmes et Nicelatte de l’association ACORD au Burundi nous a parlé de l’autonomie économique des femmes et en particulier de leur difficile accès aux ressources et à la terre.

Ces prises de parole sont le fruit d’échanges nourris, depuis plus de quatre ans. Nous avons tissé des liens entre nos amis là-bas d’Afrique, d’Amérique Latine, d’Asie et du Moyen Orient et nos alliés ici. Ces liens ont changé notre regard et nous nous sommes enrichis des pratiques communes. Cette expertise construite lors de ce colloque permettra d’alimenter le futur travail du CCFD. L’histoire avait commencé en 2010, lorsqu’un diagnostic de territoire mené sur l’Alsace-Lorraine nous avait amené au constat que les pauvretés touchent plus particulièrement les femmes, celles d’ici et aussi celles de là-bas. Pourquoi ?

Parallèlement, nous constations que, si cette thématique « évolution des rapports femmes/hommes pour plus d’égalité » était inscrite au rapport d’orientation (2008-2012) du CCFD Terre Solidaire, elle avait cependant encore été peu explorée par les équipes locales du CCFD. Les retours d’expérience de nos partenaires des pays du Sud étaient peu visibles dans notre organisation catholique. Nous avions besoin d’une solide formation pour déjouer tous les stéréotypes et comprendre les enjeux de cette thématique pour le développement. Le travail pour l’égalité ne se limite pas à un objectif en soi – c’est un moyen efficace de favoriser le développement. Les inégalités, par les processus de domination qu’elles entrainent, constituent en effet un des principaux freins au développement.

Dans un premier temps nous avons formé le réseau et les cadres sur la thématique :

Pourquoi ces inégalités ? La première action a consisté à déconstruire les stéréotypes.

Nous avons découvert les actions des femmes ici et là-bas en faveur de leur autonomie économique et financière, leurs actions de paix, leur accès à la gouvernance, leur lutte contre les violences de genre… Plusieurs conférences et forums ont eu lieu pour croiser les regards entre des acteurs de transformation sociale ici et là-bas.

Ce travail passionnant a interpellé et déstabilisé des animateurs et les animatrices du CCFD, engagé(e)s en Église. Comment moi, dans ma posture de service, je vis ces inégalités, quelle place réelle ai-je dans l’Église ? Il a fallu affronter ces questions, dépasser les peurs, aider à construire un argumentaire sur nos convictions et la juste place des femmes dans l’Église.

Le contexte de ces débats s’est encore durci avec les débats de société en France, et la grande confusion entretenue entre les questions d’identité sexuelle et les questions d’inégalités des rapports sociaux de genre. Il a fallu être pédagogue, expliquer, rassurer et positionner le débat sur les inégalités femme/homme et l’accès aux droits.

Paradoxalement, les plus virulents ou les plus méfiants ont été les prêtres ? Quelles peurs ? Y-a-t-il péril en la demeure ?

Dans un deuxième temps nous avons voulu revisiter les Écritures pour réconcilier certains bénévoles avec la Bible. Une partenaire argentine nous a invités à témoigner du visage féminin de Dieu. Ce travail a donné lieu à une compilation de textes qui donne des pistes de lectures vivifiantes.

S’adressant autant aux hommes qu’aux femmes, nous avons voulu questionner les certitudes et les assurances inculquées depuis des siècles. Comment les inégalités femmes/hommes, si souvent construites sur ces « complémentarités » peuvent être déconstruites ? Pourquoi alors l’Église a-t-elle « naturalisé » des modèles féminins ? Questions encore posées…..

 

Odile Delhaye, CCFD Alsace-Lorraine

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Commentaires

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Anne-Marie H.

On a un peu l'impression, en vous lisant, qu'une partie au moins du CCFD a "découvert" récemment que développement et égalité entre les sexes étaient indissociablement liés. Mais peu importe que cette "découverte" soit étonnamment récente, c'est une avancée dont nous nous réjouissons.
On devine néanmoins, entre les lignes, que cette avancée provoque des tensions. La phrase:
"Le travail pour l’égalité ne se limite pas à un objectif en soi – c’est un moyen efficace de favoriser le développement" est assez révélatrice. On sent bien que certains, parmi les intervenants, craignent que d'autres se passionnent "un peu trop" pour l'égalité, et "dévoient" le CCFD vers des luttes féministes pour lesquelles ils n'ont pas beaucoup de sympathie. Alors, on s'efforce de les convaincre en disant: "non, non, ce n'est pas l'égalité elle-même qui nous intéresse, mais il faut en passer par là, c'est un MOYEN pour favoriser le développement.

Est-ce que j'ai une gueule de moyen?

À part ça, un détail qui n'a rien à voir. L'expression "il y a péril en la demeure" signifie "il est dangereux de rester au même endroit", il est dangereux de ne rien faire. Dans cette expression "la demeure" signifie "le fait de demeurer" et non pas la maison. La plupart des gens ignorent le sens de cette expression et l'utilisent comme synonyme de "la maison est en danger". Moralité: si vous vous voulez dire: "notre maison est menacée", dites "notre maison est menacée".

Alors, est-ce que le combat pour l'égalité est une menace pour la structure traditionnelle de l'Église? La réponse est clairement oui. Lutter pour l'égalité femme/ homme, c'est redéfinir l'identité féminine, depuis toujours organisée à partir de la soumission. Et on ne peut pas redéfinir l'identité féinine sans mettre en danger la définition traditionnelle du masculin. Et comme le ministère presbytéral est, jusqu'à présent, strictement ié à la masculinité, il ne fait pas de doute que le féminisme sape le fondement de la hiérarchie ecclésiale. Il n'est pas du tout surprenant que les prêtres y résistent.

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soupa.anne

Bon, moi je remercie le CCFD de sa décision, qui lui a valu pas mal de résistances et de visages fermés. C'est autant de petits pas qui peuvent coûter cher.

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Anne-Marie H.

Moi aussi, Anne, je remercie le CCFD pour l'ensemble de son travail et pour cet engagment explicite en faveur de l'égalité entre les sexes. Mais on voit bien que cet engagement non seulement provoque des grincements avec des instances extérieures, mais aussi à l'intérieur du CCFD. Alors, quand on entend certains dire: "qu'est-ce qu'elles ont encore à revendiquer, les féministes, dans nos pays développés, il n'y a aucun problème, l'égalité est acquise", il ne faut pas se laisser prendre à ce discours lénifiant. Non, l'égalité n'est pas acquise, évidemment pas dans bon nombre de pays en voie de développement, et chez nous, elle ne l'est ni dans les faits si surtout dans les principes, dans les têtes, dans l'idée qu'on se fait d'un être humain, masculin ou féminin.

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Odile Delhaye

Le CCFD-Terre Solidaire s’engage dans des projets de transformations sociales. Les discriminations, injustices et violences faites aux femmes sont autant de réalités qu’il dénonce ici et là-bas. Ce travail a permis de tisser des liens entre des alliés qui agissent ici pour les droits des femmes et des ONG là-bas (nos partenaires) qui agissent aussi pour déconstruire des stéréotypes et pour l’accès aux droits des femmes. C’est le sens de la solidarité internationale, nos partenaires nous interpellent, nous bousculent. Le CCFD-Terre Solidaire, en s’alliant aux efforts des peuples qui ont proclamé leur foi en la dignité humaine, inscrit son action dans l’histoire des communautés humaines qui se libèrent de la terreur et de la misère.
Les actes du colloque qui seront visibles sur le blog du CCFD TERRE SOLIDAIRE ALSACE-LORRAINE est la poursuite de la réflexion, et vient en réponse à cette volonté forte, exprimée par l’ensemble des participants, de porter le débat hors des murs de l’Université. Ce billet en est le signe.
Porter le débat c’est accepter de dépasser nos peurs, c’est accepter de déconstruire nos stéréotypes pour défendre la dignité de toutes et tous. Nos partenaires nous aident aussi à dépasser les résistances rencontrées.

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alice chablis

il y a une corrélation entre les développement de l'égalité hommes-femmes et de la liberté des femmes avec le développement des pays correspondant. Et beaucoup moins de souffrances et de violences. C'est plus d'humanité, plus de capacité humaines, moins de dictatures et de domination "mâles". C'est juste plus humain

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