La trop longue traîne du cardinal Canizarès

Comité de la Jupe
supercanizares
Les hommes aussi peuvent adhérer !!!

Le cardinal Canizarès semblait atteindre, le 22 décembre dernier, le comble du bonheur. En visite à l'Institut du Christ Roi, le nouveau préfet de la sainte congrégation pour le culte divin, tout de pourpre vêtu, tirait derrière lui "sa" traîne de douze mètres de long de la cappa magna des cardinaux. Soi disant disparue depuis Paul VI, mais remise à l'honneur, nécessité des temps, sans doute, allez savoir pourquoi… Photo rituelle - elles sont plusieurs, vous ne voyez ici que la plus solennelle - notre cardinal est assis sur une estrade pourpre de deux marches au dessus du sol, totalement drapé dans la soie pourpre, bras et mains dissimulés, la longue traîne de soie délicatement disposée non plus derrière, mais devant lui, dans un arrondi froufrouté, élégant en diable.Cal-Antonio-Canizares-pr-fet-culte-divin-2009

Sans doute le cardinal Canizarès est-il resté Espagnol dans l'âme et donc sensible au rôle public de la tenue vestimentaire. Sans doute aussi a-t-il en mémoire les fastes de jadis, où ses pairs des siècles d'or, grands d'Espagne parfois, ont paradé en ces mêmes lieux.

Je n'ose croire cependant qu'il se fasse violence en revêtant de si glorieux atours, et qu'il le fasse uniquement pour procurer aux fidèles ce frisson empreint de sacré que l'on ressent devant la pompe et le lustre et pour leur permettre de croire, juste en rêve et jusqu'à minuit, comme Cendrillon, que l'Eglise est encore triomphante et glorieuse. Non, il ne peut céder à cette illusion : les fidèles savent trop bien que la belle liturgie, la grande, est celle qui intériorise le mystère eucharistique et ne le disperse pas en faste, en opulence et en ostentation vaine. Le cardinal n'a donc pu se vêtir ainsi par devoir liturgique.

Aurait-il alors cédé, à contrecoeur, à la demande pressante de ses fidèles de Tolède et de Grenade, les villes dont il a été l'archevêque, fidèles généreux (sans doute la robe était-elle de soie) mais soucieux aussi de ménager leurs économies, à l'heure où la crise touche de plein fouet l'Espagne,? Difficile de le croire.

Non hélas, tout comme à Sodome où manquaient les dix justes qui auraient sauvé la ville, il est difficile de trouver quelque justice, ou au moins quelque "ajustement" à la situation, au monde actuel, aux nécessités de l'Eglise, dans ce choix invraisemblable. Fellini, sans doute, se retourne dans sa tombe, et reprendrait bien sa camera pour filmer une aussi belle traîne…

Bon, entrons dans le vif du sujet: que ressentons-nous lorsque nous "tombons" sur une telle scène?

Première impression, étrange, celle de remonter le temps. Sommes-nous revenus aux années cinquante? Pas sûr que ce soit un bon souvenir… Temps de plomb plutôt que ces années encombrées d'interdits et de crises. Fin de l'expérience des prêtres ouvriers, multiplication des interdictions d'enseigner de figures aussi prestigieuses que celles des pères Gongar, de Lubac, Chenu, Teilhard de Chardin…

Second malaise, plus lourd encore, directement en prise avec l'identité sexuée du protagoniste, mais aussi, indirectement, avec la nôtre, que chahutent les falbalas de soie du cardinal. Regardons cet étrange personnage emmailloté dans la pourpre. Est-ce un homme? Une femme? Interrogez les deux personnages en soutane noire et surplis de dentelle qui le flanquent, et écoutez-les se récrier : "Connaissez vous des femmes cardinal?" Diantre, l'avais-je oublié… Va pour un homme, un homme à la masculinité non actée, puisqu'il est prêtre et a fait vœu de chasteté.

Mais de quel "genre" est-il, pour se laisser ainsi suivre par douze mètres de traîne, ce qu'aucune mariée n'oserait faire? Que je sache, il n'est ni Ecossais, ni imam, ni prêtre de Pharaon, ni roi inca, ni mandarin de Birmanie. "Non, il n'est qu'Espagnol, disent ses deux acolytes, juste Primat d'Espagne, il est bien de chez nous… Et nessun dubbio, le pantalon pour les hommes et la robe pour les femmes, il connaît."

J'en frémis, car un autre péril surgit alors à mon esprit : N'a-t-on pas entendu le Vatican tonner contre cette nouvelle "Gender theory" et rappeler que chaque sexe a un rôle à tenir selon son genre? Chacun sous sa guitoune, à sa place, et qu'on ne se trompe pas, comme dans les toilettes publiques! Mais alors… notre homme est en pleine transgression de son "genre".

Si je comprends bien, la Gender theory serait mauvaise pour les femmes et bonne pour les hommes. Notre petit chaperon rouge, lui, a droit de cumul, il est "du genre homme/femme : Antonio, pour l'Etat civil, peut arborer la toilette d'une femme, davantage encore, il peut jouer à la figure la plus emblématique de la féminité, celle de la jeune mariée parée avec éclat, qui quitte le domicile parental pour se rendre auprès de son futur époux.

Est-ce un funeste tropisme romain qui jette sur notre malheureux cardinal le souvenir de l'Hermaphrodite endormi de la Villa Borghèse, ou celui, plus irrésistible encore, des sublimes castrats baroques? Ah, Monsieur le cardinal, dépasser l'humiliation de n'être qu'une moitié du genre humain, être tout à la fois, sans division ni mélange, insécable, l'autre enfin rapatrié en soi, la démesure nichée à l'intime de soi-même, si c'était là votre rêve caché, vous voilà comblé!

Mais, vous qui vénérez les Saintes Ecritures, quelles pages de l'Ecriture lisez-vous donc pour vous sentir obligé de vous vêtir ainsi? A part "l'Ephod d'or, de pourpre et de cramoisi" que portait l'Hébreu Aaron au désert, et après lui les grands-prêtres du Temple de Jérusalem (Exode 28), et qui était une tunique, vêtement masculin à l'époque, je ne vois guère qu'aucune page de l'Ecriture vous demande de "faire la femme".

On aimerait vous écouter nous commenter le livre de la Genèse, qui nous définit en nous associant à l'image divine : "Homme et femme il les créa, dit le rédacteur biblique, à son image et ressemblance." Contrariant, monsieur le cardinal, ce "et" entre l'homme et la femme, j'en conviens. Il a une inestimable conséquence, à laquelle les commentateurs ont mis beaucoup de temps à prêter attention : l'image et la ressemblance lui sont subordonnées. Personne, à soi seul ne les possèdent, mais seulement les deux ensemble. C'est-à-dire l'un avec l'autre, dans le partage, le dialogue, la confrontation entre les sexes, le respect mutuel, la non fusion des différences. Fort difficile à vivre, ce "et"! Jamais atteint, l'ouvrage d'une vie…

Sauf pour notre petit chaperon rouge, qui, lui, ôte le "et" de la phrase et le planque sans doute sous sa robe, pour se faire tout en un, "hommefemme" à sa façon.

Certains diront que je suis cruelle de décliner ainsi les conséquences funestes du libre choix de chacun - des femmes portent bien le pantalon et personne ne trouve (plus!) à y redire – ou de maltraiter les petits délires personnels de certains, (que les académiciens, par exemple, exercent sans qu'on le leur reproche). Ils auront en partie raison, car je crois que le cardinal Canizarès ne voit certainement pas le mal qu'il y a à ressortir des tenues qui ont peuplé le Vatican en d'autres temps. Mais sait-il qu'il choque? S'il le savait, il aurait au moins évité les photos. Mais il devrait savoir, lui qui gouverne, administre, exhorte les fidèles, leur ouvre les chemins du culte divin! Gouverner, c'est prévoir, voir avant les autres… Et quand on rappelle enfin que cette fonction s'exerce au service d'une religion qui prône davantage l'humilité et la discrétion que la démesure et l'exhibitionnisme, on n'a plus envie de rire.

Le ridicule ne tue pas, dit-on, mais celui-ci outrage l'Evangile.

Anne Soupa

P7052886

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Commentaires

Merci d'avoir eu le courage d'écrire cet article. J'ai, maintenant je vais pouvoir pleurer ! Cela m'a encore plus motivée pour aller aux arènes de Lutèce, dimanche prochain.

Vous moquez le cardinal canizares à propos de ses vêtements et de sa masculinité??? Curieuse ouverture d'esprit? Met-on en doute votre féminité lorsque vous vous mettez en pantalon? Prenez garde de ne pas tomber dans les travers que vous dénoncez. Pourquoi le sexisme serait-il à sens unique?

Moi aussi, quand je l'ai vu cela m'a choqué. Choqué ET fait plaisir. Y aurait-il encore une Eglise forte, qui croit vraiment en elle et en Dieu ? Votre texte est bien écrit, mais je ne suis pas d'accord. En quoi les vêtements luxueux et splendides seraient-ils réservés aux femmes ? Mais il ne s'agit pas ici d'un luxe de femme, d'une splendeur féminine. Ni même de luxes et splendeurs masculins, car en fait ce vieil homme est ridicule, enveloppé comme une barbe-à-papa dans ce tissu qui l'emmaillote . De même que sont ridicules ces vieillards en dentelles et dessous affriolants. Comment croire qu'ils en tirent fierté et plaisir personnel ? Non, c'est l'Eglise, corps du Christ et pourtant féminine ("she" en anglais), qui est honorée ainsi et rendue visible. Dans ces habits qui leur vont si mal, ils expriment la dépossession totale de leur corps, qu'ils supportent. Comme vous le dites, il s'agit bien d'un "frisson emprunt de sacré", ou plutôt de la partie visible d'une réalité dont l'essentiel est invisible : l'Eglise comme sacrement. Une femme justement n'y serait pas à sa place : l'incongruité serait absente, Dieu serait invisible.

Le Christ a vécu "la dépossession totale de son corps" (la kénose, en termes théologique) ainsi : Lui qui était de condition divine, (...) Il s'est dépouillé (*ekenosen* = vidé de lui-même)(...) Il s'est abaissé devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix". (Ph, 2, 6-8) Jésus est mort probablement nu, sinon fort peu vêtu. (http://arts-cultures.cef.fr/livr/livrpast/lpastx23.htm : image et 4ème de couverture du très beau livre du P. Alain Chapellier Le Christ nu (Seuil, 2003) J'aimerais bien que mon Eglise exprime d'une manière visible et LISIBLE par tout un chacun cet essentiel invisible que saint Jean de la Croix exprimait ainsi : c'est au moment le plus extrême de son abaissement qu'Il nous sauve.

Que peuvent penser les jeunes et les sans logis d'un tel déploiement de luxe vestimentaire qui ressemble à un défilé de mode. Est-ce cela l'Eglise du pauvre de Bethléem ?

Tout cela est grotesque et fera la joie des anticléricaux qui ne manqueront pas de fustiger (à juste titre) le luxe de l'Eglise catholique. Par contre je ne suis pas hostile au port de la robe par les hommes dans certaines circonstances (avocats, magistrats, professeurs d'université, pasteurs protestants, rabbins et ministres du culte israélite), à condition toutefois que le costume reste d'une grande sobriété. J'ai été choqué, non par le fait que cet ecclésiastique ait revêtu la robe (les écossais portent bien le kilt sans être pour le moins du monce efféminés) mais par le luxe et l'extravagance d'un tel accoutrement que l'on ne voit plus guère qu'au cinéma (après tout ce costume a peut-être été confectionné par un couturier du sectacle ?) j'ajoute enfin que l'intéressé manque sigulièrement "de classe" ; on dirait vraiment un figurant minable dans une tournée de troisième ordre. Décidément ce monsieur n'a rien d'un Hidalgo !!!

Je suis Belge et j'ai lu un article sur le Comité de la jupe dans la revue Le Vif L'express J'ai eu envie de venir à votre rencontre... J'ai quasi joui en vous lisant (oui je sais, suis sûrement une grand pécheresse!!!) J'aime votre trait qui décoche la bonne flèche au bon endroit (oups!) En plus, super bien écrit: et là! j'apprécie... J'ai quitté l'Eglise à cause de ce genre de choses, voyez-vous...

"Non, c’est l’Eglise, corps du Christ et pourtant féminine ( »she » en anglais), qui est honorée ainsi et rendue visible. Dans ces habits qui leur vont si mal, ils expriment la dépossession totale de leur corps, qu’ils supportent. Comme vous le dites, il s’agit bien d’un « frisson emprunt de sacré », ou plutôt de la partie visible d’une réalité dont l’essentiel est invisible : l’Eglise comme sacrement." Je ne suis pas certain d'avoir pleinement saisi le sens de ces phrases. L'Eglise [Catholique] est elle réellement honoré par le faste d'une "enveloppe" vestimentaire ? Qu'est-ce qui honore : le déploiement de richesse (je ne voie pas ce que peut-être d'autre cette "flamboyante" tenue) ? Les hommes consacrés doivent-ils se déposséder de leurs corps et ainsi renier ce que Dieu lui-même a créer ? Sommes-nous seulement une âme (le bien) à détacher d'un corps (le mal) ?

Tout ce que j'ai à dire, c'est que ce n'est guère pratique pour le lavement des pieds...

Quelle tristesse à la lecture de cet article et à la vue des photos ... Comment Jésus aurait-il réagi ? Peut être aurait-il éclaté de rire !! Je viens de lire une article sur vous, Anne Soupa, dans Panorama de janvier 2010. J'ai admiré votre courage et je pense comme vous qu'il est important de lutter ou de réagir, sinon c'est la fuite de l'église ... et j'ai souvent envie de fuir face aux réactions ou positions de ce type qui semblent se multiplier au sein de l'église catholique, à la grande tristesse de vieux prêtres qui ont connu l'avant concile, ont espéré tellement dans le concile et croient voir tout à coup tant d'efforts s'écrouler ... J'ai aussi connu l'avant concile et prie chaque jour pour que ce temps de revienne JAMAIS mais qu'au contraire, l'on applique la loi de l'évangile faite de simplicité et non de pouvoir les uns sur les autres. Merci d'avoir créé ce site, nous permettant ainsi de nous exprimer et d'échanger car je voudrais que mon église ne soit pas ridicule mais humaine.

La remarque de Saga dit en moins de 20 mots tout ce qui est à dire. Le cardinal n'en n'aura jamais conscience. Sixte

Ridicule ! Paul VI avait fortement raccourci la traîne de la cappa magna des cardinaux en son temps et cela ne leur avait pas beaucoup plu. "Une église servante et pauvre" avais-je cru entendre ? Le commentaire de Saga me plaît beaucoup.

Cher ami, je crains qu'il n'ait un challenger redoutable en la personne du cardinal Burke

Election de « Mister Vatican » Je viens de découvrir ces deux photos de Monsieur le Cardinal Canizarès, en tenue folklorique d’apparat, qui dateraient de décembre 2008 avec une traîne de 12 mètres de long. Sur l’une la traîne est portée par des boys, pas de girl c’eût été dans le contexte une faute de goût. Sur l’autre Monsieur le Cardinal Canizarès est assis sur un fauteuil princier avec la traîne bien étalée. A la vue de ces éléments et s’il n’est pas trop tard je vote pour Monsieur le Cardinal Canizarès dans la course au titre de « Mister Vatican » PS: Les Jeunes participants aux JMJ seront peut être intéressés par ce vote...

Je vais regarder de temps en temps les images sur le site indiqué par Michel Rocher... pour m'amuser...mais finalement ce n'est pas drôle du tout... A chaque fois je ne peux m'empêcher de penser aux reportages qu'on avait vus à la télé il y a déjà un certain temps (10 ans? 15 ans? 20 ans?) sur la secte du Mandarom avec un certain Bourdin qui ressemblait fort dans ses mimiques et accoutrements à ces cardinaux enrobés de pourpre... Il me vient à l'esprit également que, avec l'expérience d'avoir revêtu pour une journée une robe de mariée, un des inconvénients de ce genre de toilettes est un handicap lorsqu’on doit justement se rendre dans le dit-endroit pour une envie pressante... Pauvres cardinaux, comment font-ils quand les problèmes prostatiques fréquents à leur âge, les obligent à utiliser ces lieux ?

C'est malheureusement vrai. Comment justifier ce décorum ? http://www.icrsp.org/IMAGES-APOSTOLATS/IMAGES-2011/GRICIGLIANO/Ordinations-2011/Sacerdoce/page%20initiale.htm

Si un jour hommes d’Eglise reconnaissaient aux femmes compétence et pouvoir, les prélats enrobés choisiraient, j’imagine, de porter la culotte.

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