La Rupture, Christianisme et Modernité.

Comité de la Jupe

Voici un bon livre, encore récent (décembre 2010), dont on a trop peu parlé. L'auteur, Yves Ledure, (1) est philosophe et professeur honoraire à l’Université de Metz.

Il constate, comme beaucoup, le malaise actuel de l’Église, et il met cette crise dans une perspective historique, montrant que dès l’époque des Lumières, au XVIIIème siècle, la rupture a commencé à s’opérer entre l’Église et la société occidentale. L’Église a préféré se retrancher sur des positions anciennes, n’acceptant pas le désir d’autonomie qui commençait à se faire jour. Il considère que cette rupture est d’abord de nature philosophique et non théologique.

C’est ainsi que l’homme, surtout depuis les philosophes des Lumières, est perçu comme inséré dans l’histoire. Il se détermine et se comprend à partir de ce qu’il fera de sa vie. Ce n’est plus un être qui se comprend comme une « essence » invariable et immuable, comme c’était le cas dans la philosophie d’Aristote. Or l’auteur constate que le christianisme continue à s’appuyer, pour l’essentiel de sa théologie, sur cette philosophie. Ce décalage empêche l’Église de comprendre la pensée moderne, si attentive aux déterminismes causés par l’insertion d’une personne dans son histoire et à la place qu’elle peut consacrer à exercer sa liberté.

Au milieu de son livre, l’auteur réserve un chapitre à la relation entre les hommes et les femmes. Il montre que Paul, dans la lettre aux Ephésiens, a bâti une argumentation théologique qui met en parallèle le rapport entre le Christ et l’Église et la relation entre un mari et sa femme : «  Ainsi la dépendance de la femme au mari n’est plus seulement de type culturel et sociétal, elle devient théologique, ce qui  lui donne un caractère quasi absolu. On comprend donc mieux les embarras de l’Église pour toucher en quoi que ce soit à cette construction inacceptable pour une mentalité moderne contemporaine. » (p. 118). Il montre aussi que c’est la figure de l’homme masculin qui a été un référent significatif de tout ce qui est humain. Or l’importance accordée au corps, à partir du XVIIIème siècle, montre que le réel vécu est perçu soit par un homme, soit par une femme, et ne se vit que dans une histoire concrète : «  La bicéphalité homme-femme est appel à une relation bienfaisante de l’un à l’autre. Elle interdit à l’un ou l’autre composant de se poser référent de l’humain, comme l’a fait l’homme mâle tout au long de l’histoire… » (p. 127).

On ne saurait rendre compte en quelques lignes de la richesse de ce livre et des perspectives qu’il ouvre en mettant à jour les racines du malaise contemporain. C’est un texte dense, accessible cependant.

Sylvie de Chalus.

1) Yves Ledure, La Rupture, Christianisme et modernité, Lethielleux, 2010, 199 pages.

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