La râleuse de bénitier

Comité de la Jupe

article de Claire Chartier, dans l'Express, publié le 08/10/2009 10:54

soupa

Anne Soupa organise une Marche des cathos citoyen(ne)s pour secouer une Eglise trop rétrograde à son goût. Portrait d'une théologienne peu orthodoxe.

Dans le monde feutré des catholiques, elle a déboulé, voilà quelques mois, à la surprise générale: Anne Soupa, 61 ans, quatre enfants au livret de famille et un mari dans la banque. La dame s'y entend comme personne pour lancer des pavés sur l'Eglise à dorures et prie-Dieu de Benoît XVI. Le 11 octobre prochain, elle prendra la tête du cortège de la 1re Marche des cathos citoyens(ne)s, organisée à Paris et en province le jour anniversaire de l'ouverture du concile réformateur de Vatican II (1962-1965).

A regarder cette sexagénaire bravache, on se dit que quelque chose ne doit vraiment pas tourner rond ces temps-ci dans l'Eglise de France, pour qu'une aussi respectable paroissienne en vienne à jouer la Marie-George Buffet des bénitiers. Veste crème, perles aux oreilles, un étonnant air de famille avec l'actrice britannique Helen Mirren dans le film The Queen, de Stefen Frears, Anne Soupa vit dans le VIIe arrondissement de Paris, aussi classique et chic que sa petite robe noire. Elle travaille au Cerf- un éditeur catholique de référence qui lui fiche une paix royale- où elle dirige la rédaction du mensuel Biblia, consacré à la lecture des Ecritures.

Issue d'une famille bretonne comptant son lot de curés et de cornettes, elle va à la messe le dimanche et en connaît un bout en matière de théologie, discipline dans laquelle elle a obtenu une maîtrise à l'âge où d'autres bichonnent leur carrière. Bref, on ne peut pas lui "raconter n'importe quoi", comme elle le fait gentiment remarquer. D'autant qu'avec un père compagnon de la Libération, la fille de la maison a très tôt compris qu'"il y a des moments dans la vie où il faut savoir dire non". Pour en finir avec les symboles, Anne Soupa est entrée à Sciences po Paris en 1965, année de la clôture du fameux Vatican II, et en est ressortie en 1968. Les pavés, déjà...

En novembre 2008, Mme Soupa commet son premier attentat, magistral. Interrogé par une radio catho sur la place des fidèles du sexe faible durant les offices, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale, lâche : "Le plus difficile, c'est d'avoir des femmes formées. Le tout n'est pas d'avoir une jupe, c'est d'avoir quelque chose dans la tête." La mère de famille théologienne blêmit, bondit et dégoupille sa grenade : un Comité de la jupe, monté en quelques mails avec d'autres croyantes "décérébrées" et fâchées. Non contente de briser la coutumière loi du silence, elle et ses camarades pétroleuses portent plainte auprès des tribunaux ecclésiastiques. "Lorsque l'on a un esprit évangélique, on peut bien supporter une plainte sans perdre la face, non ?" Le prélat s'excuse, la plainte est retirée.

Mais entre-temps, le comité, rejoint par des prêtres dominicains et jésuites, est devenu une petite association qui entend bien élargir son combat au-delà des revendications féministes telles que l'ordination des femmes. "Nous n'allons pas brandir des banderoles avec "Vingt-Trois, on veut ta peau !'' s'amuse Anne Soupa. Nous voulons ouvrir le débat pour créer une opinion publique catholique, faire parler ceux qui ne sont pas d'accord avec la ligne réactionnaire du Vatican, mais qui se taisent, résignés. A Rome, on vous fait des synodes pour dire que l'eucharistie est au centre de la vie des catholiques, alors que dans les églises il n'y a plus de prêtres pour l'assurer ! Les catholiques en ont assez qu'on leur impose ce genre de grand écart." Comme sa complice Christine Pedotti, 50 ans, autre grande gueule, elle entend parfois qu'elle "fait du mal à l'Eglise". L'attaque, classique, la laisse de marbre. A ses yeux, l'important, c'est d'aimer. Et de batailler, en jupe ou en soutane.

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Commentaires

Bravo. Enfin, nous ne sommes plus obligées de nous taire. Merci

Ni pétroleuse, ni grande gueule. Simplement femme, disciple de Jésus-Christ, qui souffre de voir son Eglise de plus en plus hors du monde. Nous ne devons pas être du monde, mais Jésus nous envoie dans le monde. Et nous devons le connaître, et le reconnaître, pour dialoguer avec lui. Et dans ce monde, il y a : * 50% de femmes * dans les pays où les hommes ont perdu le pouvoir d'empêcher les femmes d'accéder au savoir, des femmes compétentes, et n'en déplaise à la hiérarchie, formées. En cette année "du prêtre", je viens marcher pour dire que nous voulons des accompagnateurs, pas des potentats. Des serviteurs de Dieu qui nous aident à discerner notre vocation apostolique, sans censure liée au sexe, qui nous envoient et nous font confiance, qui nous soutiennent, et qui nous rencontrent régulièrement pour évaluer, et non juger, avec nous notre action apostolique. Ce n'est quand même pas faire mal à l'Eglise que d'avoir ce désir !

Dans la démarche proposée, je crois avoir bien compris, qu'il n'est pas question de faire du mal à l'Eglise, mais de faire prendre conscience que l'Eglise est faite de baptisé(e)s, où chacun a sa place et doit être reconnu et entendu dans le respect de sa vocation propre et de ses charismes particuliers , les femmes doivent donc être reconnues et entendues dans leur spécificité au sein de l'Eglise. Il ne s'agit pas de "bataille" les uns contres les autres mais de la constitution du Peuple de Dieu, peuple de témoins conduit par l'Esprit Saint qui permettra des échanges constructifs pour l'avenir de notre Eglise que l'on aime malgré tout !.

Des "râleuses de bénitier", il y en a des masses : j'en suis une, ...muette pour le moment; Merci de prendre la parole et de nous entrainer;

Merci pour dire haut et fort ce que nous pensons en notre âme et conscience

Je découvre votre site le lendemain de votre marche par les comptes rendus qu'en font quelques journaux. Dommage car j'aurais bien participé à votre action. RV l'an prochain. L'argent étant le nerf de la guerre, pouvez-vous publier les fondations ou oeuvres catholiques dirigées par une femme ? Nous sommes à l'époque des appels aux dons et j'ai décidé de ne donner pour le moment qu'aux oeuvres dirigées par les femmes... Problème : je ne trouve quasiment rien. Merci de me conseiller. (A ce propos, qui sont les gens qui gèrent le denier du culte ? Proportion de femmes ?)

Vous ne trouvez quasiment rien, Vincent ? C'est que vous ne me connaissiez pas encore... Je suis rédactrice en chef d'un mensuel diocésain géré par une association loi 1901 et nous tirons le diable par la queue ce qui est tout de même un comble pour ce type de publication ! Laissez-moi votre adresse, je vous en envoie un numéro et vous déciderez "sur pièce". Bien à vous.

Dimanche 11 octobre,il faisait un peu frais j'ai marché heureuse de partager ce moment avec des hommes et des femmes qui veulent continuer leur engagement pour faire vivre notre Eglise. Les trois séries de questions que nous avez préparé l'organisation nous ont fait partager nos idées notre foi... La clôture par l'envoi d'Anne Soupa nous a, à tous et toutes, apporté un souffle qui nous a permis de revenir gonflée d'espérance pour l'avenir! Passant près de Notre-Dame j'ai désiré rendre grâce. Dans ce magnifique édifice la nef était pleine car la messe du soir commençait.Des voix splendides entonnaient un Gloria . L'évèque adjoint fit une homélie sur le jeune homme riche qui ne m'apas paru remarquable. Les mêmes voix entonneèrent le Crédo . Je n'ai pas entendu de prière universelle -j'ai du certainement m'endormir!- Le Sanctus et le Pater furent aussi bien chantés . C'est là que je me suis aperçu que tous les chants étaient en latin et que les fidèles écoutaient! En participant avec eux à l'Eucharistie j'ai tout de même ressenti un manque de partage et un manque de joie exprimés ! Heureusement Dieu est dans nos coeurs et les moments de la marche y restent gravés!

Je vous ai croisé(es) vers le Bd St Germain le jour de votre marche et vous m'avez donné un papier avec vos coordonnées, je ne sais pourquoi je ne l'ai pas jeté. Je viens de le relire, et suis venue sur votre site. Je ne suis plus une catholique pratiquante depuis très longtemps, justement à cause du décalage entre notre église, le Vatican et les "Baptisé(es)" sans parler il est vrai de la misogynie ambiante, c'est pourquoi votre mouvement me paraît intéressant et je vous trouve très courageuses de vous attaquer à un tel monument : le Vatican.

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