La petite lumière dans les ténèbres

Comité de la Jupe
Veillée pascale 2011 Il fait nuit. Les baptisés se rassemblent autour du feu nouveau. Le prêtre y allume le nouveau cierge pascal : « Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit ». C’est une toute petite flamme fragile qui va passer de l’un à l’autre tandis qu’on entre en procession dans l’église plongée dans l’obscurité. Et soudain la voix du diacre s’élève pour chanter l’Exultet, ce chant liturgique qui remonte au moins au IVe siècle : Qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Église la joie de Dieu ! […] Voici la liberté pour tous les peuples, Le Christ ressuscité triomphe de la mort ! […] Victoire qui rassemble ciel et terre, Victoire où Dieu se donne un nouveau peuple, Victoire de l’Amour ; victoire de la Vie ! …
  • Mais c’est énorme de chanter ça ! Sans même parler des endeuillés, de ceux qui souffrent trop dans leur chair ou leur tête ou leur cœur pour pouvoir entendre parler de joie, si nous nous laissons atteindre par l’état de notre monde désenchanté, reconnaissons que notre foi est mise à l’épreuve. Petits arrangements et gros mensonges, crimes, guerres et catastrophes : quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, comment parler de victoire de l’Amour, de victoire de la Vie ?
  • Oui. Ceci dit, viens. Suivons Marie-Madeleine et l’autre Marie. Avec elles mettons-nous en marche, de nuit…
  • A la charnière de la mort et de la résurrection.
Nuit et nuit. Dans l’évangile de cette nuit tout part d’une nuit de l’esprit et du cœur à laquelle s’associe la nature tout entière. « Il y eut un grand tremblement de terre », réplique du tremblement de terre quand mourut Jésus ; la terre répercute la chamade des cœurs des deux femmes se rendant au tombeau. Elles l’aimaient. Elles avaient eu le cran, elles, d’assister à l’exécution, à quelque distance des soldats et des autorités religieuses qui l’avaient fait condamner ; leurs oreilles résonnent encore du grand cri qu’il avait poussé…  Elles avaient vu la pierre se refermer sur le corps serré dans le drap et là, le sabbat fini, elles se hâtent au tombeau. Elles savent qu’il y repose, mais elles ne peuvent pas ne pas le chercher, lui leur maître, leur ami… L’amour a ses raisons … Remarquons que c’est à cet amour fort comme la mort que s’accroche le message de l’ange : « Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié », commence-t-il par dire. « Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis vite allez dire à ses disciples… » Et elles d’y aller tout de go, « tremblantes et toutes joyeuses ». Or voici que dans leur course à la rencontre des autres « Jésus vint à leur rencontre ». L’amour et la foi. « La foi qui n’est plus dans l’esprit des hommes se réfugie souvent dans le cœur, c’est là qu’il faut s’adresser » a dit l’abbé Huvelin, ce prêtre admirable, très cultivé, très perspicace et très bon, ce précurseur qui avait saisi l’épaisseur de l’incroyance, y compris au cœur même des croyants. Il notait ses réflexions comme elles lui venaient : « On prouve le mouvement par le mouvement. Endoctriner ? Non ! J’ai trouvé un être qui était bon. Il y en a tant qui pèchent par omission. Je crois à Dieu en sentant quelque chose de la charité de l’être.» « J’ai trouvé un être qui était bon » : il a dû l’entendre plus d’une fois à son confessionnal ou chez lui, Charles de Foucauld le lui a écrit, lui qui vécut 12 ans « comme on peut vivre quand la dernière étincelle de foi est éteinte » et qui fut touché par « la bonté infinie de Dieu » en la personne de sa cousine et en ce prêtre qu’elle recevait chez elle, deux êtres intelligents et bons. « Rien de plus dangereux que de représenter la foi comme une lumière vive éclairant toutes les obscurités… La foi est une toute petite lumière, imperceptible d’abord et qui peu à peu s’éclaire » « Elle donne assez de lumière pour la pratique, pour se conduire selon elle ; mais elle n’éclaire pas tout ; elle n’entreprend point de jeter des flots de lumière sur tout, de nous donner des aperçus grandioses et lumineux sur l’univers. C’est une étoile pour nous conduire à travers l’obscurité environnante.» Une unique Pâque, un seul baptême Ce peuple qui se laisse guider par cette petite lumière de la foi, cette nuit de Pâques 2011 entend encore dans l’Exultet : Voici pour tous les temps l’unique Pâque, Voici pour Israël le grand passage, Voici la longue marche vers la terre de liberté ! Oui, qu’éclate la joie ! Joie du baptême ! Un seul baptême qu’on l’ait reçu adulte ou enfant, qu’on demeure laïc ou qu’on soit un jour ordonné au service de la Mission de toute l’Église. C’est la nuit où les catéchumènes sont baptisés, la nuit où tous les autres renouvellent leurs promesses. Le baptême nous fait fils et filles de Dieu, frères et sœurs de Jésus Ressuscité, en Lui frères et sœurs entre nous, et de tous les hommes en commençant par les derniers. En cette nuit unique, la plus sainte, la plus solennelle, prions tout spécialement pour ces frères et sœurs qui se voient écartés du baptême sacramentel pour des raisons qui blessent leur conscience et la nôtre. Que la petite lumière brille dans ces ténèbres ! Qu’un saint désir les tienne avec nous dans le Cœur de Jésus ! Il est ressuscité ! Il est heureux ! Que tous se réjouissent de son bonheur ! Thérèse Huvelin
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