... La peau d'un évêque...

Comité de la Jupe

9782259210706

Et oui, il a encore frappé, le mystérieux Pietro de Paoli... Pour notre plus grand bonheur !

En nous faisant entrer "dans la peau d'un évêque", son dernier ouvrage, cet auteur mystérieux continue de nous livrer son expérience ecclésiale. Car cette Eglise, notre Eglise, il la connait et l'aime profondément, sinon comment écrire de telle manière si sensible, si profondément incarnée ? Au point que c'est même notre propre expérience de l'Eglise que nous avons le sentiment de lire et qui nous fait vibrer...

Et toujours avec autant d'humour et de tendresse, qui ne l'empêche pas d'avoir des envolées passionnées, des coups de sang pour ne pas dire de véritables c

oups de gueule... Oui vraiment cet homme (ancien évêque ou vicaire général je suppose, pour écrire ainsi) aime profondément, passionnément, notre Église...

Alors quand ses propres questions rejoignent notre actualité de manière si ajustée, comment ne pas y trouver un soutien, une inspiration, un appel pour l'aventure dans laquelle s'engage de plus en plus le Comité ?

Au final peu importe même son identité véritable et sa fonction dans l'Église, son visage ne se compose-t-il pas mieux de nos visages, et nos histoires ainsi assemblés ?

En cette année "sacerdotale", je ne peux que vous partager cet extrait, avant que chacun ne se fasse lui-même sa propre opinion...

"Ah, les séminaristes, les vocations, notre obsession! Normal, le prêtre étant en quelque sorte une espèce en voie de disparition, la question de la reproduction est cruciale. Les évêques se retrouvent dans la situation des éleveurs de pandas des zoos chinois. Pour obtenir des conditions favorables, il faut localiser les familles susceptibles de "céder" un de leurs fils. Quelque uns de mes confrères mettent au point des "stratégies". Par exemple, on recrute de nouveau des enfants de chœur, afin de leur donner jeunes " le goût du culte et le sens du sacré". La méthode suppose bien sûr d'exclure les filles, qui ne servent à rien puisqu'elles ne seront pas prêtres, et risque de surcroît de "détourner" les garçons. Et puis on ne sait jamais, que ferait-on si "le goût du culte et le sens du sacré" leur venaient, à elle aussi...

Bon je plaisante tout seul parce que, ce soir, je suis d'une humeur gracieuse. Je sais bien qu'il faut appeler des garçons à être prêtre ! Mais pas dans n'importe quelles conditions. Il faut recruter des hommes, des hommes libres, pas des jeunes gens immatures et manipulables. Le vrai problème, c'est de savoir si on peut raisonnablement vouloir être prêtre, dans les conditions dans lesquelles le ministère est exercé aujourd'hui.

Je ne peux pas oublier les paroles de Jean, un prêtre guère plus jeune que moi, un garçon bardé de diplômes, doctorat de lettres, puis de théologie, curé d'une paroisse de presque trente clochers, qui un soir, ici, dans mon salon, parlant de sa vie, avait dit : "Ce n'est pas pour ça qu'on a voulu être prêtre. " Et après un long silence, où il avait laissé tourner longuement son cognac au fond de son verre, il avait ajouté : "On fait le boulot parce qu'on est bien gentil."

Cette phrase me reste sur le cœur !

Oui pour la plupart, ils font le boulot "parce qu'ils sont bien gentils", parce qu'ils aiment les gens, parce que, tant qu'à être là, autant faire ce qu'il y a à faire, mais ils savent bien qu'ils sont les derniers des Mohicans. Ils savent bien qu'après eux c'en sera fini de cette présence, de ce maillage de l'Église sur le territoire.

Comment inventer une nouvelle forme de présence, une présence qui ne serait pas seulement assumée par les prêtres, mais aussi par les chrétiens ?

Si l'on répondait à cette question, on saurait à quoi on appelle les candidats au sacerdoce. en conséquence, on saurait mieux comment et pour quoi les former. On serait aussi capables de discerner plus efficacement les compétences, les capacités, les charismes; Aujourd'hui, on considère que la mission d'enseigner, de gouverner et de sanctifier est confiée d'abord aux évêques et par eux à leurs collaborateurs, les prêtres. Dans une telle organisation, sans prêtres, rien ne marche. Mais au fond, cette mission est d'abord celle de tous les baptisés, prêtres, prophètes et rois. Ces fonctions ont été monopolisées par les clercs, et maintenant, si rien ne change, on court le risque de condamner la mission même de l'Église et de voir disparaître des territoires entiers, faute de prêtres.

Moi, je crois profondément que prêtres et laïcs répondent radicalement à la même unique vocation ; faire résonner l'Évangile, offrir Dieu au monde et le monde à Dieu et y faire advenir le Royaume de Dieu, déjà, ici et maintenant. Ils y répondent bien sûr chacun dans leur ordre.

La question de savoir s'il faut ordonner des hommes mariés ou des femmes est secondaire par rapport à la question centrale : comment rendre tous les baptisés responsables de l'unique mission de l'Eglise ?" (pages 202-204).

Pietro de Pauli, Dans la peau d'un évêque, Plon, 2009, 292 pages.

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