La maîtrise du religieux

Comité de la Jupe

Une réflexion de Michelle Colmard Drouault

Dans les vœux pour l'année à venir, Anne se posait la question de savoir pourquoi les individus de sexe masculin avaient accaparé la gestion du religieux.
A mon avis, la gestion du religieux n’est qu’un avatar (le mot est à la mode !) de leur appétit de gestion du monde. Les hommes se sont pris pour Dieu, et ont voulu dominer le monde.

Manipuler la peur, croire mettre Dieu à son service

Et cela continue. Le premier auxiliaire de la domination est la peur. Et la peur de Dieu, dont les mâles prétendent être les interlocuteurs privilégiés, constitue l’arme suprême pour asservir. Mais au fur et à mesure que le savoir a progressé, que la philosophie s’est approfondie, les pouvoirs « de droit divin », les notions de blasphème ont été interrogés, puis attaqués.

La « liberté de conscience », la liberté de questionner, a officiellement triomphé.

Cependant, les dominateurs savent très bien que, lorsqu’on est à cours d’arguments pour justifier des mesures injustes, des abus ou des dictatures, l’axiome « Dieu veut » peut encore impressionner des peuples fragiles.

L'originalité du christianisme

Dominer le monde implique de s’approprier la reproduction du vivant. Et seules les femmes peuvent assurer cette production sans laquelle l’espèce humaine s’éteindrait.

Les hommes ont depuis toujours le fantasme de la reproduction mâle à l’identique, mais ce n’est qu’un fantasme, et ils sont bien obligés d’en passer par les femmes. J’ai la conviction profonde que le christianisme a justement alerté le genre masculin sur le danger d’un tel appétit narcissique. Nous sommes la seule religion où Dieu est « engendré et non pas créé ». Pour se faire homme, même Dieu a dû naître d’une femme. Cela sonne comme un avertissement et une brillante démonstration de la coopération indispensable des sexes.

Depuis que les femmes disposent de leur corps

Les hommes sont restés sourds et aveugles, animés par une volonté de puissance sans limites.

Face à cette évidence, ils ont détourné la dignité des femmes pour faire d’elles un simple « lieu de passage », une ressource dont ils disposeraient. Pour dominer le monde, il était essentiel de contrôler les femmes, de s’approprier leur force, de la contenir. Le magistral tour de passe-passe est d’avoir cantonné les femmes à cette fonction reproductrice en la dévalorisant.

Or, dés que les femmes sont devenues maîtresses de leur corps, elles ne pouvaient plus être considérées comme des instruments. L’hostilité des religieux à la contraception dans presque toutes les religions n’est qu’une panique devant cette perte de contrôle. L’accès  féminin à toutes les formes de savoir n’a fait que l’augmenter.

Se poser en caste de genre, seul lien avec Dieu qui ordonne aux femmes de se soumettre, c’est la formidable manœuvre de l’Homme qui veut prendre la place de Dieu.

Et nous devons la combattre, car, comme l’annoncent nos frères et sœurs Musulmans « Il n’y a de Dieu que Dieu »…

Michelle Colmard Drouault

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